LUMIÈRES SUR OROT – ERETZ ISRAËL

L’ignorance des secrets de la Torah donne une compréhension floue et confuse de la qedoucha d’Eretz Israël. Lorsqu’on est coupé du secret divin, les segoulot les plus élevées de la vie divine profonde deviennent des aspects étrangers, secondaires qui n’entrent pas dans les profondeurs de l’âme et, en conséquence, la force la plus puissante de l’âme de l’individu et de la nation fera défaut, l’exil apparaîtra sous un jour plaisant.

ERETZ ISRAËL

 

LUMIÈRES SUR OROT

 

 

Les enseignements du Rav Avraham Yitzhaq HaCohen Kook

Commentaires

du Rav David Samson et de Tzvi Fishman

 

Éditeur :                                                     Traduit de l’américain: Claire Darmon

Torat Eretz Israël Publications

Jérusalem

copyright 2020 Tzvi Fishman

 

Tous droits réservés. Cette publication peut être traduite, reproduite, stockée dans une base de donnée ou transmise sous n’importe quelle forme et par n’importe quel moyen électronique, mécanique, photocopie, enregistrement ou autre, en vue de diffuser la Torah, sans autorisation écrite préalable des détenteurs des droits.

La collection « Lumières sur OROT » est dédiée à la mémoire du Rav Yéhouda Hazani ז”ל qui a consacré sa vie à la reconstruction de la nation en Israël. L’éducation qu’il a dispensée à une génération d’Israéliens pour qu’ils s’installent aux frontières de l’ensemble du pays demeure un monument vivant élevé à la gloire de la Torah d’Eretz Israël.

 

TABLE DES MATIÈRES

Lettre du Rav Avraham Elkanah Kahana Shapira, directeur de la yéchiva du Mercaz haRav à Jérusalem et ancien grand rabbin d’Israël

 

Préface

 

Introduction du Rav David Samson

 

 

Chapitre I

ERETZ ISRAËL

 

Chapitre II

LES SECRETS DE LA TORAH

 

Chapitre III

LA BÉNÉDICTION D’ABRAHAM

 

Chapitre IV

LE PAYS DE LA PROPHÉTIE

 

Chapitre V

IMAGINATION ET SAGESSE

 

Chapitre VI

LA NOSTALGIE DE LA SAINTETÉ

 

Chapitre VII

LETTRES DE SAINTETÉ

 

Chapitre VIII

LA FLAMME ÉTERNELLE

 

Glossaire

 

LETTRE DU RAV SHAPIRA….

 

PRÉFACE

« Lumières sur OROT » s’insère dans une série de commentaires sur l’ouvrage central du Rav Kook, OROT qui constitue le fondement des enseignements du Rav Kook sur la nation d’Israël et son rôle dans la délivrance du monde. Le Rav Kook a rédigé ces essais pendant plusieurs années et ce n’est qu’après sa mort qu’ils furent édités sous forme d’un livre par son fils, le Rav Tzvi Yehouda HaCohen Kook זצ”ל. À la yéchiva du Mercaz haRav fondée à Jérusalem par le Rav Kook, le livre OROT est étudié en profondeur parallèlement à d’autres traités majeurs sur la foi juive comme le Kouzari et les ouvrages du Maharal. Souvent, un seul chapitre d’OROT constitue la base de nombreuses heures d’étude, de cours et de discussions. Du fait des idées saisissantes qu’il présente, de son hébreu difficile et de son style parfois ésotérique, OROT est demeuré l’apanage chéri des élèves du Rav Kook et d’une génération de sages de la Torah qui ont eu le privilège d’étudier avec son fils, le Rav Tzvi Yéhouda. Afin de rendre le livre accessible à un lectorat plus large, nous avons conçu la collection « Lumières sur OROT » en commençant par des commentaires sur Eretz Israël et la Guerre, les deux premiers chapitres d’OROT.

 

La traduction en français qui accompagne l’original en hébreu ne constitue qu’un guide et non un texte définitif. Dans les commentaires, nous avons tenté de demeurer fidèles à l’étude en profondeur que nécessitent les écrits du Rav Kook, sans en expliquer chaque phrase ou chaque idée. Étant donné que de nombreux concepts ont leur source dans la littérature ésotérique de nos sages, on a tenté d’éclairer ces thèmes de façon détaillée. Si les thèmes des divers chapitres se chevauchent fréquemment, on espère que les redites contribueront à rendre plus nette la vision du Rav Kook.

 

À ce stade, nous voudrions exprimer notre reconnaissance envers les maîtres qui nous ont guidés dans la complexité d’OROT : En premier lieu, le Rav Tzvi Yéhouda HaCohen Kook זצ”ל, dont les cours sur cet ouvrage ont ouvert des horizons qui, sans lui, seraient demeurés obscurs même pour les lecteurs les plus diligents. Nous avons également pris la liberté d’insérer des idées glanées dans les cours du Rav Tzvi Tau, du Rav Shlomo Aviner, du Rav Yéhoshoua Zuckerman ; du Rav Haïm Sabato, du Rav Oded Volansky, du Rav Yaacov Filber, du Rav Dov Begun et d’autres auprès desquels nous avons eu le privilège d’étudier. En outre, les carnets du Rav Yéhouda Hazani זצ”ל, et son exemplaire personnel annoté d’OROT sont demeurés ouverts devant nous pendant que nous préparions la version définitive de notre manuscrit. Si des erreurs ou des méprises apparaissent dans les commentaires, la faute en incombe exclusivement aux auteurs. Enfin, nous adressons des remerciements à Rabbi Moshé Kaplan pour ses compétences en matière d’édition et son travail d’érudition sur les sources.

 

 

INTRODUCTION DU RAV DAVID SAMSON

Depuis plusieurs années, bon nombre de mes élèves me posent la même question : comment comprendre qu’alors que pendant près de deux mille ans, les Juifs ont si ardemment aspiré à recouvrer le Pays d’Israël, le gouvernement d’Israël a entrepris d’en céder des pans entiers ? Les villes bibliques qui, autrefois, suscitaient une crainte révérencielle dans le cœur des Juifs, sont souvent qualifiées de problèmes dont il faudrait se débarrasser pour sauver l’État d’aujourd’hui. Hébron, la ville d’Abraham et la capitale du roi David, est perçue par certains comme une ville arabe. La ville de Gaza qui, jadis, faisait partie du royaume de Salomon, a été livré à des terroristes. Jérusalem elle-même, la capitale d’Israël, est perçue par certains Juifs comme un obstacle à la paix.

 

Dans l’année qui suivit les terribles massacres de 1929 alors que le Rav Kook était grand-rabbin d’Eretz Israël, le mufti menaça de poursuivre les hostilités contre la communauté juive de Palestine à moins que les Juifs n’admettent que le Kotel était un bien islamique. Le gouvernement britannique souhaita alors parvenir à un compromis entre les revendications arabes et la position juive. Les dirigeants de la communauté juive supplièrent le Rav d’avoir pitié des Juifs et d’éviter d’autres violences en acceptant un compromis. Malgré l’insistance des appels des dirigeants du Vaad Haléoumi, le Rav Kook ne céda pas. Aucun avantage politique ne devait, ni ne pouvait être obtenu en niant le lien intrinsèque entre le peuple juif et Eretz Israël[1].

 

Étant donné que Dieu a promis de donner la terre d’Israël au peuple juif à titre de patrimoine perpétuel, le relâchement de notre lien à Eretz Israël doit être considéré autant comme une crise spirituelle que comme un dilemme politique. Notre volonté de céder précisément les parties d’Eretz Israël qui servent de toile de fond au récit biblique est symptomatique de ce malaise spirituel. Le Rav Kook, dans sa sagesse et sa perspicacité, avait prédit ce phénomène angoissant dès les débuts du mouvement sioniste. Voici ce qu’il écrivit dans son ouvrage OROT :

 

« Nous savons, par tradition, qu’une révolte spirituelle aura lieu en Eretz Israël, et en Israël, à l’époque des commencements de la restauration de la nation. L’aisance matérielle que connaîtra une partie de la nation, qui s’imaginera avoir déjà atteint en cela son objectif ultime, amoindrira sa capacité d’âme. Et arriveront des jours dont tu diras qu’ils ne sont point désirés. L’exigence spirituelle s’amoindrira jusqu’à ce qu’advienne une tempête, un bouleversement[2]. »

 

Les dernières années de notre histoire ont amené le peuple juif à un tournant décisif. Que constituera le peuple juif ? Une nation moderne prônant les valeurs et les idéaux de l’Occident, ou une nation moderne guidée par les principes et les enseignements de la Torah ? D’aucuns considèrent la prospérité comme le fondement d’un nouveau Moyen-Orient, au détriment de notre spécificité juive. À propos de cette crise d’identité, le Rav Kook écrit, toujours dans OROT :

 

« Notre histoire est longue et par conséquent, notre chemin également. Nous sommes grands et donc nos erreurs sont grandes, nos malheurs sont terribles et nos consolations immenses.

La remise en cause de notre singularité juive est une erreur fondamentale traduisant une crise de la compréhension de la phrase “Tu nous as choisis parmi toutes les nations“. … Lorsque nous aurons conscience de notre envergure, nous saurons qui nous sommes ; alors que si nous oublions notre grandeur, nous nous oublions nous-mêmes, et une nation qui s’oublie est, de toute évidence, petite et avilie[3]. »

 

Le Rav Kook prévoit un avenir plus noble lorsque le peuple d’Israël reviendra vers ses racines :

 

« Une révolution tumultueuse surviendra et les gens en arriveront à voir nettement que la puissance d’Israël réside dans son éternelle sainteté, dans la lumière de Dieu et de sa Torah, dans l’aspiration à la lumière spirituelle, l’ultime valeur triomphant de tous les mondes et de toutes les puissances…. telles sont les douleurs du Machia’h qui viennent affiner et épurer le monde entier à travers les souffrances qu’elles causent3. »

 

Le Rav Kook enseigne que le peuple d’Israël revient s’emparer de son patrimoine ancestral et retourne à sa vocation, précisément à travers les vicissitudes du Machia’h. Il nous garantit que nous émergerons encore plus forts des crises spirituelles qui semblent, à première vue, provoquer des échecs irréversibles :

 

« Israël se dressera sur ses pieds, s’élèvera avec vaillance dans sa terre chérie, exprimera les propos de sa prophétie depuis la source de vie de son âme ; il se réveillera pour revitaliser les germes de sa vie divine endormie dans le cœur de tout homme et de toute existence : “Que toute âme loue l’Éternel ! Louez l’Éternel[4] ! »

 

C’est par l’éducation que ce grand réveil peut se produire. Nous devons étudier l’identité véritable du peuple juif en creusant les trésors de notre passé. Nous devons renforcer notre lien à Eretz Israël en observant plus attentivement nos sources. À cet égard, les écrits du Rav Kook et notamment OROT, peuvent constituer une source d’inspiration et un guide.

 

ארץ ישראל איננה דבר חיצוני, קניין חיצוני לאומה, רק בתור אמצעי למטרה של ההתאגדות הכללית והחזקת קיומה החומרי או אפילו הרוחני.

ארץ-ישראל היא חטיבה עצמותית קשורה בקשר-חיים עם האומה חבוקה בסגולות פנימיות עם מציאותה. ומתוך כך אי-אפשר לעמוד על התוכן של סגולת קדושת ארץ-ישראל, ולהוציא לפועל את עמק חיבתה, בשום השכלה רציונלית אנושית כי-אם ברוח ד’ אשר על האמה בכללה, בהטבעה הטבעית אשר בנשמת ישראל, שהיא ששולחת את קוויה בצבעים טבעיים בכל הארחות של ההרגשה הבריאה, ומזרחת היא את זריחתה העליונה על פי אותה המידה של רוח הקדושה העליונה, הממלאת חיים ונועם עליון את לבב קדושי הרעיון ועמקי המחשבה הישראלית. המחשבה על דבר ארץ-ישראל, שהיא רק ערך חיצוני כדי העמדת אגודת האמה, אפילו כשהיא באה כדי לבצר על ידה את הרעיון היהדותי בגולה, כדי לשמר את צביונו ולאמץ את האמונה והיראה והחיזוק של המצוות המעשיות בצורה הגונה, אין לה הפרי הראוי לקיום, כי היסוד הזה הוא רעוע בערך איתן הקודש של א”י. האימוץ האמיתי של רעיון היהדות בגלות בא יבא מצד עמק שיקוע בארץ ישראל, ומתקוות ארץ ישראל יקבל תמיד את כל תכונותיו העצמיות. צפית ישועה כוח המעמיד של היהדות הגלותית, והיהדות של ארץ ישראל היא הישועה עצמה.

Chapitre I

ERETZ ISRAËL

[Traduction littérale]

 

Le livre Orot explore les significations les plus profondes de la nation d’Israël et du rôle d’Israël dans la délivrance du monde. En compilant les essais qui constituent cet ouvrage, le fils du Rav Kook, le Rav Tzvi Yéhouda  זצ”ל  a choisi de commencer par des extraits des écrits de son père sur Eretz Israël. Ce choix constitue en lui-même une grande innovation. Le Rav Kook explique qu’on ne peut véritablement comprendre le peuple d’Israël qu’en reconnaissant d’abord ce que signifie pour lui Eretz Israël[5]. Pour comprendre qui nous sommes en tant que nation et pour concrétiser notre rôle dans le monde, nous devons d’abord comprendre la relation particulière entre le peuple choisi par Dieu et la terre choisie par Dieu.

 

Le premier essai d’Orot n’est pas seulement une étude de notre relation au Pays d’Israël, il constitue également une introduction à la segoula de la nation, l’un des principaux thèmes des écrits du Rav Kook. Cette segoula, un attachement profond à Dieu, le génie propre au peuple juif, est la clé permettant de comprendre ce qui unit le peuple d’Israël, la Torah, le Pays d’Israël et Dieu[6].

 

Pour comprendre la profondeur des écrits du Rav Kook, nous devons d’abord reconnaître que le monde possède une dimension à la fois matérielle et spirituelle. L’optique unitaire englobant les mondes matériel et spirituel ne se dégage pas aisément ; elle nécessite un grand travail afin de  stimuler notre nature profonde et de cultiver notre puissance spirituelle. Il nous incombe, en tant que Juifs et en tant que nation sainte – d’établir un lien entre le monde matériel et le divin. Comme l’explique le Rav Kook, Eretz Israël, donné par Dieu est l’endroit idéal pour cette tâche.

 

Un examen superficiel pourrait laisser penser que notre attachement à Eretz Israël ne se fonde que sur une relation historique, ou sur la nécessité de disposer d’une patrie pour rassembler notre peuple dispersé et opprimé. Le Rav Kook rejette catégoriquement cette interprétation. Il nous exhorte à dépasser le niveau des explications immédiates pour une réflexion bien plus en profondeur. À l’instar du lien entre l’âme et le corps, notre lien au Pays d’Israël – un lien spirituel profond –  transcende les explications rationnelles. Le Rav Kook explique qu’Eretz Israël fait partie intégrante de la nation, est une racine intérieure profonde et non une simple branche.

 

Comment devons-nous le comprendre ? Dans son commentaire du Sidour, le Rav Kook précise que « le lien de sainteté entre le peuple d’Israël et sa terre de sainteté ne ressemble à aucun autre lien du monde naturel[7] ».

 

Notre lien à Eretz Israël par exemple ne dépend pas de l’histoire. Eretz Israël a été donné à Abraham sans antécédent historique. Le lien entre Abraham et le Pays ne se fonde sur aucune raison apparente. Le Brit entre Abraham et le Pays est d’ordre divin. Ce n’est que dans le pays de la sainteté que la vie nationale du peuple élu peut s’élever totalement vers Dieu. La prophétie propre au Pays d’Israël, les mitsvot concernant exclusivement cette terre ainsi que le Beit hamiqdach sont tous des manifestations de ce lien divin intelligiblement enraciné dans le roua’h haqodech et échappent à toute étude scientifique et à toute explication rationnelle. Ce premier essai d’OROT expose une vision plus élevée ainsi que la nécessité d’appréhender Am Israël et Eretz Israël sous un éclairage plus intense.

 

 

 

ארץ ישראל איננה דבר חיצוני.

 

« Eretz Israël n’est pas une réalité contingente. »

 

Dans cette première phrase importante, le mot hébreu  חיצוני  signifie extérieur, superficiel, périphérique, secondaire, quelque chose de peu d’importance, absolument pas vital. Avant d’expliquer ce qu’est le Pays d’Israël en des termes positifs, le Rav Kook précise ce qu’elle n’est pas. Il rejette d’abord l’interprétation erronée qui considère Eretz Israël comme un moyen et non comme un objectif en soi. Il réfute l’opinion conférant au Pays d’Israël une importance historique et même stratégique, sans lui accorder une importance vitale pour l’existence juive.

 

Quelques exemples fort simples permettent de comprendre la différence entre une donnée contingente et une donnée essentielle. En se levant, une personne entreprend des actes routiniers quotidiens, entre autres, elle s’habille. Les vêtements qu’elle choisit de porter sont une partie importante de sa journée mais ils ne sont pas la personne elle-même. Le dicton populaire français « l’habit ne fait pas le moine » recèle plus de vérité que son antithèse anglaise « le vêtement fait l’homme ». Une personne peut se sentir plus séduisante avec une chemise bleue plutôt qu’avec une noire, son choix vestimentaire ne représente pas son moi essentiel. Joseph Cohen demeure Joseph Cohen quels que soient les vêtements qu’il porte.

 

De même, une personne peut se sentir différente en conduisant une Cadillac ou une Chevrolet pour se rendre à son travail, mais la voiture reste un accessoire extérieur à elle. L’identité d’un homme est bien autre chose que sa profession, ses vêtements, sa voiture, son travail ou son lieu d’habitation. Ces derniers sont tous des éléments extérieurs qui influent sur sa vie mais ne constituent pas son moi profond.

 

Ces exemples se comprennent aisément. Dans le cas du peuple juif et du Pays d’Israël cependant, la relation n’est pas extérieure. Le lien entre le peuple juif et le Pays d’Israël ne peut être une réalité marginale. Au contraire, le peuple d’Israël et le  Pays d’Israël sont indissociables. Comme l’explique le Rav Kook, le Pays d’Israël est un fondement incontestable de la nation juive. Le peuple juif sans le Pays d’Israël n’est pas fondamentalement le peuple juif, mais seulement l’ombre de son potentiel intérieur[8].

 

L’idée qu’Eretz Israël est accessoire au judaïsme et non son pilier central illustre une grave déformation causée par l’exil du peuple juif du Pays d’Israël pendant près de deux mille ans. Après nos années d’errance dans des pays étrangers, dispersés parmi les nations et coupés de notre patrie, notre attitude envers le Pays d’Israël s’est faussée et brouillée. Au lieu de faire partie intégrante de notre vie quotidienne, Eretz Israël est devenu un rêve lointain. En exil, notre vie juive s’ordonnançait autour de l’étude de la Torah, la prière, le Chabatt, la cacheroute et les mitsvot que nous étions encore à même de respecter. Eretz Israël a revêtu une importance secondaire et est devenu le lieu de nos aspirations de retour dans le futur, mais non plus une partie intégrante de l’expérience juive.

 

Cette méprise résulte de notre incompréhension de la véritable sagesse du peuple juif. Notre sagesse ne se fonde pas seulement sur les fêtes et l’observance des commandements mais sur le fait que nous constituons un peuple qui apporte au monde la parole et la bénédiction de Dieu[9]. Comme nous le verrons, en tant que nation, notre attachement à Dieu ne peut se concrétiser qu’à travers le Pays d’Israël.

 

La centralité d’Eretz Israël pour le judaïsme et pour le peuple d’Israël est soulignée dans les enseignements de nos Sages qui évoquent les qualités spécifiques du Pays d’Israël.

 

Le Zohar qualifie le Pays d’Israël de cœur de tous les pays[10].

 

La parole divine ne se diffuse dans le monde qu’à partir du pays d’Israël, comme le dit le prophète : De Sion jaillira la Torah et de Jérusalem la parole de Dieu[11].

 

Le Midrash rapporte que les bienfaits que Dieu a accordés au peuple juif émanent de Sion : Toutes les bénédictions, toutes les consolations, tous les bienfaits que le Saint béni Il est confère au peuple juif, tous proviennent de Sion[12].

 

En outre, toutes les bénédictions que Dieu envoie au monde jaillissent d’Eretz Israël : Toute la vitalité de ce monde et toutes les bénédictions et l’influence divine sur tout proviennent à l’origine de Sion et de là, elles sont réparties à chacun sur terre[13].

 

Le troisième essai d’Orot, intitulé Eretz Israël, enseigne ensuite que cette bénédiction ne parvient au monde dans sa plénitude que lorsque le peuple juif réside dans sa patrie. Concurremment, au fur et à mesure que la souveraineté juive s’étend dans toutes les parties du Pays d’Israël, une bénédiction divine de plus en plus grande afflue dans le monde[14].

Dieu a divisé le monde entre les nations et a donné à chacune la terre qui lui est spécifique. Il a façonné le monde et constitué le Peuple d’Israël qu’il a placé au centre de Son projet universel, dans le pays particulièrement adapté à sa sainteté[15]. Eretz Israël bénéficie d’une relation particulière avec le Tout-Puissant. C’est le lieu de rencontre, le point d’intersection entre Dieu et le monde physique. Par exemple, lorsque Dieu désire une expression écrite dans le monde, il en résulte la Torah. Lorsque Hachem aspire à une expression nationale terrestre, le résultat est Am Israël. Ainsi, en termes géographiques également la manifestation de la qedoucha n’apparaît qu’en Eretz Israël. « Car l’Éternel a fait choix de Sion ; Il l’a voulue pour demeure : “Ce sera là mon lieu de repos à jamais, là je demeurerai, car je l’ai désiré[16]“. » Ces réceptacles de sainteté – la Torah, Am Israël et Eretz Israël – sont unis dans leur essence. « Dieu, Israël et la Torah ne font qu’un[17]. »

Une providence divine spéciale distingue Eretz Israël de tous les autres pays. Elle est le pays qui « est constamment sous l’œil du Seigneur, depuis le commencement jusqu’à la fin de l’année[18]. »

De toute évidence, Dieu règne sur le monde. Cependant, concernant le contenu du dévoilement divin, apparaissent différents degrés. Nos Sages enseigne que Dieu a placé les autres pays sous la tutelle de force angéliques. Ce n’est que dans le pays d’Israël que la Providence divine s’exerce directement sans l’intermédiaire des anges[19]. Ce n’est qu’en Israël que le culte de Dieu est affranchi de toute barrière et dénué d’impureté. Voici comment le Ramban explique l’étonnante affirmation de la Guemara selon laquelle « quiconque vit en Eretz Israël est comme quelqu’un qui a un Dieu et quiconque vit en dehors du pays d’Israël ressemble à quelqu’un qui n’a pas de Dieu[20]. » En ’houtz laAretz, le culte divin n’atteint que le niveau des anges célestes alors qu’en Eretz Israël, le service divin est en relation directe avec Dieu sans le moindre intermédiaire[21].

Ce lien de vie, unique en son genre, entre Dieu et le peuple juif en Israël s’accompagne d’avantages quantitatifs et qualitatifs très réels. Par exemple, Eretz Israël est le pays où apparaît la Chekhina[22] et où la prophétie est transmise au peuple juif[23]. Eretz Israël est le seul endroit au monde où la Torah peut être intégralement respectée[24]. Les commandements eux-mêmes n’ont été donnés que pour être accomplis en Israël[25]. Nos Sages enseignent qu’en diaspora, nous ne respectons les commandements que pour ne pas les oublier jusqu’à ce que nous puissions les respecter dans les règles en Israël[26]. Les mitsvot ne revêtent leur véritable valeur qu’en Eretz Israël. À l’extérieur du pays, elles n’ont qu’une valeur éducative, mais la Torah dit, à maintes reprises, qu’Eretz Israël est le lieu de leur accomplissement[27]. Nos Sages affirment donc que le fait d’habiter en Eretz Israël équivaut à tous les commandements de la Torah[28].

 

Dans le Pays d’Israël, nous sommes un peuple vivant. En diaspora, nous sommes comme des corps sans âme – une coquille extérieure d’un peuple sans vie intérieure[29].

 

Cela semble absurde. Après tout, le peuple juif a survécu en galout pendant près de deux mille ans. Nombre de nos plus grands Sages vivaient en galout. Des écrits talmudiques y ont été rédigés. Des communautés orthodoxes se sont développées dans le monde entier. Comment considérer de telles réalisations comme une coquille vide ?

 

Il faut d’abord préciser que le manque de vitalité et de spiritualité dont il est question ne concerne pas le niveau individuel mais notre vie nationale en tant que Clal Israël. Pour une compréhension globale de la Torah et des écrits du Rav Kook, il est essentiel de bien comprendre la signification de l’expression Clal Israël[30], du peuple juif dans son ensemble, tout comme on ne peut comprendre le lien de vie entre le peuple juif et le Pays d’Israël. Un Clal se définit ordinairement par un ensemble, un rassemblement d’individus en vue d’atteindre un objectif commun. Dans un partenariat, lorsque les objectifs ont été atteints, les associés peuvent se séparer et partir chacun de leur côté. Une société ou une coopérative ne possède pas de vie propre, elle n’existe que pour satisfaire les besoins de ses membres. Ce n’est pas le cas pour le peuple juif. Le Clal Israël n’est pas seulement le montant total du nombre de Juifs à un moment donné. Il est l’âme éternelle de la nation passée, présente et future. C’est une création divine transcendant le temps et l’espace, constituée avant que le monde n’existe[31]. L’âme du peuple juif, la Torah et Eretz Israël ne font qu’un[32]. Leurs racines existent en une unité transcendantale dans les domaines les plus élevés du divin.

 

Nous ne vivons véritablement qu’en tant que Clal et non comme un rassemblement d’individus juifs. En diaspora, notre statut de peuple est inexistant. Il nous manque l’âme divine qui emplit le Clal Israël lorsque la nation mène une vie pleinement souveraine en Israël. La vision du prophète Ézéchiel de la vallée des ossements desséchés est une image du peuple juif en galout[33]. En dehors du Pays d’Israël, nous sommes comme des corps sans âme. Ce n’est qu’avec le rassemblement des exilés en Israël que nos ossements reprennent vie :

 

« Ainsi parle le Seigneur : Voici que je rouvre vos tombeaux, et je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple ! et je vous ramènerai au pays d’Israël. Et vous reconnaîtrez que je suis l’Éternel, quand j’aurai ouvert vos tombeaux et quand je vous aurai fait remonter de vos tombeaux ô mon peuple. Je mettrai mon esprit en vous et vous serez vivifiés, et je vous assoirai sur votre sol…[34] »

 

Eretz Israël est le pays créé par Dieu pour le Clal Israël[35]. Par un décret divin, le peuple juif ne peut pas être une nation en Allemagne, en Ouganda, en Amérique ou ailleurs[36]. Ce n’est qu’en Eretz Israël que nous pouvons être un peuple souverain avec notre propre gouvernement, notre langue et notre armée. Partout ailleurs dans le monde, nous sommes citoyens de pays étrangers, coupés de notre véritable structure nationale et de notre pays. Ainsi, parce que la nation juive est un fondement de la Torah, le judaïsme le plus complet est celui qui est observé par le peuple juif souverain sur sa propre terre. Comme le dit le Rav Kook à la fin de cet essai, être véritablement juif, c’est être juif en Israël.

 

Cette introduction nous permet de mieux comprendre la première phrase du Rav Kook.

 

ארץ-ישראל איננה דבר חיצוני, קניין חיצוני לאומה, רק בתור אמצעי למטרה של ההתאגדות הכללית והחזקת קיומה החומרי או אפילו הרוחני.

 

« Eretz Israël n’est pas une donnée contingente, une acquisition extérieure au peuple ; ce n’est pas seulement un moyen de parvenir à l’objectif de l’union générale du peuple ou de la consolidation de son existence matérielle ou même spirituelle. »

 

On pense en général que si un peuple a besoin d’une terre, c’est pour assurer son existence physique et, effectivement, le territoire est le fondement de toute nation. Selon cette vision du monde, la terre ne fournirait qu’un abri. La culture de la nation se développerait à partir de la société créée par le peuple et non à partir de la terre qui ne revêtirait qu’une importance secondaire.

 

Le Rav Kook commence son essai sur Eretz Israël en rejetant cette conception. Il explique qu’Eretz Israël n’est pas seulement un moyen dépourvu de valeur propre et servant à atteindre un objectif. Un moyen est quelque chose sans lequel on peut vivre lorsqu’on dispose d’un substitut adéquat. C’est cette façon de voir qui conduisit Théodore Herzl à considérer l’Ouganda comme un endroit envisageable pour la reconstitution de la nation juive. La terre est alors considérée comme un moyen pour réaliser un objectif : créer une patrie nationale. Certes, le Pays d’Israël revêtait une signification historique mais l’Ouganda ou l’Argentine pouvaient tout aussi bien faire l’affaire. Herzl et d’autres sionistes politiques des débuts comprenaient également qu’une patrie juive était nécessaire pour des raisons culturelles : empêcher l’assimilation et mettre le peuple à l’abri des dangers des idéologies étrangères, mais le pays en lui-même, son emplacement, son climat, ses caractéristiques et son histoire ne constituaient pas des facteurs décisifs. L’objectif était de regrouper les membres épars de la nation, le pays n’étant qu’un instrument pour parvenir à cette fin.

 

Bien évidemment, le plan pour l’Ouganda ne se concrétisa jamais. « Nombreux sont les projets dans le cœur d’un homme, mais le dessein de l’Éternel qui l’emporte[37]. » Parmi les lois de l’univers créé par Dieu, il y a celle que le peuple juif appartient à la terre d’Israël. Les Juifs peuvent vivre en tant qu’individus dispersés à travers le monde, du Yémen à Brooklyn et à Paris, mais ils ne peuvent vivre en tant que PEUPLE souverain qu’en Israël[38].

 

Le Rav Kook écrit qu’Eretz Israël n’est pas seulement un lieu de refuge pour les Juifs opprimés ni même un lieu d’où on pourrait atteindre des hauteurs spirituelles ou accomplir des mitzvot supplémentaires. Comment devons-nous donc appréhender le Pays d’Israël ? Une fois débarrassés des conceptions erronées, nous pouvons découvrir une vision plus profonde, plus générale.

 

 

ארץ-ישראל היא חטיבה עצמותית קשורה בקשר-חיים עם האומה חבוקה בסגולות פנימיות עם מציאותה.

 

 

« Eretz Israël est une entité intrinsèque, liée par un lien de vie au peuple, liée aux segoulot intérieures, à l’existence de la nation. »

 

Que signifie cette phrase difficile ? En premier lieu, le Pays d’Israël n’est pas seulement un moyen mais une valeur et un but en soi. Il est lié par un lien de vie indéfectible avec la nation. L’un sans l’autre, le pays et le peuple ne peuvent atteindre une plénitude de vie et d’expression. Ils sont complémentaires, unis concrètement et spirituellement. Sans le peuple juif en Israël, le pays est condamné à demeurer en désolation[39], comme il l’a été pendant près de deux mille ans d’exil. De même, tout comme le pays est désolé lorsque les Juifs n’y résident pas, le peuple juif est abattu lorsqu’il ne se trouve pas dans son pays[40]. À l’extérieur du pays d’Israël, le peuple juif erre dans l’attente de la délivrance et de la renaissance. Certes, les Juifs peuvent enregistrer des succès et contribuer considérablement à la civilisation mondiale, mais seulement à un niveau individuel. Sans notre pays, nous existons en tant qu’individus privés de notre base nationale et de sa splendeur.

 

Le Rav Kook explique que la nature même du lien entre le pays et le peuple est une segoula intérieure, une sainteté spirituelle unique en son genre, accordée par Dieu que le pays et le peuple se partagent. Le concept de segoula est ordinairement traduit en français par « trésor particulier » [Le Rav Askénazi, Manitou, le traduisait par « génie », n.d.t.]. La Torah dit que le peuple juif doit être la segoula de Dieu parmi les nations. « Vous serez Ma propre segoula au sein des peuples[41] », « mon trésor entre tous les peuples » traduit le rabbinat. Cette segoula s’exprime dans le choix d’Israël par Dieu et se manifeste dans notre qedoucha, notre éternité et dans notre potentiel prophétique. Nous sommes les porteurs de la parole divine dans le monde[42].

 

La segoula intérieure du Clal Israël est également partagée par Eretz Israël. Une élection divine particulière les unit tous deux en un lien de sainteté indissoluble. Par exemple, dans nos prières quotidiennes du matin, dans la partie intitulée Pessouqé deZimra, nous disons : « Car l’Éternel a fait le choix de Sion, il l’a voulue pour demeure[43], » et, presque dans le même souffle, nous poursuivons : « car le Seigneur a fait choix de Jacob ; d’Israël sa segoula[44]. »  Tous deux, le pays et le peuple d’Israël sont choisi. « Car le Seigneur de délaisse pas son peuple, et son héritage, il ne l’abandonne pas[45] ». L’héritage de Dieu est le Pays d’Israël comme on l’apprend du verset : « Il l’a érigé en loi pour Jacob, en contrat immuable pour Israël. C’est à toi, disait-il, que je donnerai le pays de Canaan comme un lot héréditaire[46]. » Le peuple  et le pays sont entremêlées à tout jamais dans le plan divin de la création. Leurs noms même sont identiques. Israël désigne tout aussi bien le pays que le peuple.

 

Ainsi, Eretz Israël est bien davantage qu’un moyen. Il est la valeur suprême en soi. La qedoucha de la terre ne résulte pas des mitsvot qui y sont accomplies. Ce sont plutôt les mitsvot particulière du pays qui dérivent de la sainteté inhérente au pays, d’où l’expression qui les désignent : mitsvot qui dépendent de la terre ». La terre est en elle-même qodech[47].

 

Comment cette singularité propre au Pays d’Israël se manifeste-t-elle dans notre monde physique ? Dans la phrase suivante de l’essai, le Rav Kook précise que la segoula intérieure d’Israël est un concept spirituel échappant à toute compréhension rationnelle ou intellectuelle. Nous ne pouvons qu’en avoir l’intuition grâce à quelques-unes des caractéristiques particulières qui distinguent Eretz Israël de tout autre endroit de la terre.

 

Nous avons déjà mentionné que le Pays d’Israël est demeuré désertique pendant les près de deux mille ans où le peuple juif était en exil. Les conquérants, les uns après les autres tentèrent de cultiver ce sol jadis fertile mais tous échouèrent. La réticence de la terre à nourrir les dirigeants étrangers est un exemple du lien privilégié prévalant entre Eretz Israël et Am Israël. Même dans sa désolation et sa destruction, le pays demeure fidèle au peuple juif, comme l’écrit le Ramban :

 

« Et ce qui est stipulé ici Et vos ennemis occuperont un pays désolé, est une bénédiction qui garantit qu’à travers les âges, notre pays n’accueillera pas nos ennemis, ce qui est pour nous une promesse et un gage. Car, dans le monde entier, on ne trouve pas de pays qui soit bon et généreux, autrefois peuplé et aujourd’hui désertique autre qu’Israël. Car, depuis que nous l’avons quitté, il n’a accueilli aucune autre nation[48]. »

 

Ce n’est qu’avec le retour de ses enfants, à notre époque, que le pays d’Israël a repris vie. En un laps de temps miraculeusement court, ce pays désertique est devenu un gros exportateur mondial de fruits et de fleurs. Le Pays d’Israël comme le peuple d’Israël puisent vie et force de leur rencontre. La Shoah avait décimé la vie juive – cauchemar sans précédent dans l’histoire – et pourtant, à notre retour nous avons transformé Israël quasi magiquement en une puissance dynamique. Ce lien supra-naturel est annoncé dans le verset du prophète Isaïe : « Il donne la vie aux hommes qui l’habitent et le souffle à ceux qui la foulent[49]. » Avec notre retour à Jérusalem, dans la vallée du Jourdain, et sur les rives du lac de Tibériade, nos ossements desséchés reprendront vie.

 

Le Rav Kook explique que la spécificité de ce pays et de la nation transcende la compréhension générale, rationnelle, de l’homme. Par exemple, l’un des aspects les plus marquants de la segoula du pays est la prophétie. De même que le Peuple juif est le peuple de la prophétie[50], le pays d’Israël est le lieu de la prophétie sur terre.

 

Yéhouda Halévy , dans son ouvrage, le Kouzari, explique de quelle façon la prophétie distingue Israël de toutes les autres[51]. De même qu’un pays peut disposer de grandes réserves de pétrole et tel autre de gisements d’or, Eretz Israël détient le monopole de la prophétie. Celle-ci ne se produit que dans le Pays d’Israël ou ne se rapporte qu’à lui.

 

La prophétie est l’un des moyens par lequel le Pays d’Israël facilite l’accession à l’âge adulte et l’apogée du Peuple juif. Ce n’est qu’en vivant en Israël que le Peuple juif atteint son authenticité, peut exploiter son potentiel maximum et être un royaume de prophète comme à l’époque du roi Saul, lorsque les prophètes parcouraient le pays[52].

 

Inversement, si le Peuple juif se trouve dans un autre pays, notre voie prophétique est fermée – à moins que la prophétie n’ait déjà commencé dans le Pays d’Israël, comme dans le cas d’Ézéchiel[53], ou à moins qu’elle ne concerne spécifiquement  le Pays d’Israël, comme pour les appels prophétiques à l’aliyah[54]. Pour être révélée dans le monde, la vérité divine a besoin que le Peuple juif se trouve en Israël.

 

ומתוך כך אי-אפשר לעמוד על התוכן של סגולת קדושת ארץ-ישראל, ולהוציא לפועל את עמק חיבתה, בשום השכלה רציונלית אנושית כי-אם ברוח ד’ אשר על האמה בכללה, בהטבעה הטבעית אשר בנשמת ישראל, שהיא ששולחת את קוויה בצבעים טבעיים בכל הארחות של ההרגשה הבריאה, ומזרחת היא את זריחתה העליונה על פי אותה המידה של רוח הקדושה העליונה, הממלאת חיים ונועם עליון את לבב קדושי הרעיון ועמקי המחשבה הישראלית.

 

« En conséquence, il est impossible de saisir la nature de la segoula intérieure de la qedoucha d’Eretz Israël et de parvenir à l’aimer profondément par une quelconque forme de conceptualisation humaine mais seulement grâce à l’esprit divin qui agit sur la nation dans son ensemble. Ce roua’h Hachem sur la nation, la formation spirituelle naturelle de l’âme d’Israël, diffuse ses rayons dans ses couleurs naturelles dans les sentiers de la sensibilité. Il dirige ses rayons supérieurs exactement comme le roua’h haqodech supérieur qui remplit de vie et de joie supérieure les cœurs des sages et de ceux qui étudient en profondeur Israël. »

 

En conséquence de notre relation profonde à Eretz Israël, il est impossible d’appréhender totalement la nature supérieure du pays par des moyens intellectuels parce que cette segoula spirituelle interne est au-delà des capacités cognitives de l’homme. Par définition, le Peuple juif doit avoir un royaume en Israël. Comme les orbites des planètes dans les cieux, et le caractère vital de l’air sur la terre, la souveraineté juive sur Eretz Israël est une nécessité divine de la Création[55]. Lorsque cela se produit, le monde est en bonne santé. Son cœur est en place, acheminant une vie divine et la bénédiction à tout ce qui existe. Mais lorsque Israël est déraciné et dispersé sur la terre, le lien divin est brisé, et le monde s’estompe dans l’obscurité, le chaos, étranger à son Créateur[56].

 

Ainsi, le seul langage dont nous disposions pour exprimer le lien entre le Peuple juif et Eretz Israël passe par le roua’h haqodech, l’inspiration divine qui anime l’âme de la nation du Clal Israël. Sans le roua’h haqodech, le Pays d’Israël ressemblerait à n’importe quel pays. Alors, que devons-nous faire ? Comment pouvons-nous espérer saisir ce lien si difficile à cerner ? Comme comprendre ces secrets ? Par les rayons supérieurs de l’Inspiration divine que nous transmettent les sages d’Israël, les prestigieux rabbins qui creusent les interprétations de la Torah et sont les plus intensément en prise avec la vie du Clal. Ils sont nos intermédiaires pour recevoir cette teneur spirituelle qui nous échappe[57].

 

Si nous ne sommes plus prophètes, nos ancêtres l’étaient et nos descendants le seront. Il existe au sein du Peuple juif une inspiration divine générale qui s’attache à notre âme nationale[58].

 

Quant à moi, dit l’Éternel, voici quel est mon pacte avec eux : mon inspiration qui repose sur toi et les paroles que j’ai mises en ta bouche, elles ne doivent point s’écarter de ta bouche, ni de la bouche de tes enfants, ni de celle des enfants de tes enfants, soit à présent, soit dans les temps futurs[59].

 

Les profondes interprétations mentionnées par le Rav Kook sont les expressions les plus ésotériques du Am Israël. Le système logique qui peut exprimer la segoula spéciale d’Eretz Israël et son lien de vie avec la nation n’est pas une formule rationnelle ; il s’agit de la logique de la Qabbala. Le mot Qabbala signifie recevoir. C’est le projet spirituel profondément enraciné dans le Peuple juif de Là-haut. Ce n’est pas un système philosophique ou scientifique de notre cru mais une sagesse que Moïse et le Peuple juif ont reçu directement de Dieu sur le mont Sinaï. C’est pourquoi, lorsqu’une personne souhaite découvrir la profondeur du lien qui relie les Juifs et Eretz Israël, son investigation ne doit pas s’investir dans le domaine de la raison humaine. Elle doit s’immerger dans les profondeurs de la Qabbala et des  enseignements ésotériques d’Israël. C’est là, dans ce monde transcendantal que nous rencontrons l’identité essentielle du Clal Israël, la Torah, le Pays d’Israël et Dieu28.

 

Les profondes interprétations mises en lumière par le Rav Kook dans ses écrits traitent de l’influence de l’Esprit de Dieu sur le Clal Israël. À titre individuel, les Juifs ne sont pas toujours conscients de ces influences, de même que tout un chacun n’a pas toujours connaissance de son subconscient et des influences sous-jacentes affectant sa vie. De très bons psychologues discernent parfois que telle ou telle personne est motivée par des facteurs invisibles. Il en va de même pour la nation d’Israël. Par exemple, comme nous l’apprendrons dans le chapitre VIII, un mouvement national comme le sionisme qui peut sembler, par nature, entièrement laïc, est issu du réveil des profondes aspirations spirituelles dans le Clal Israël. C’est la vision accordée aux grands sages d’Israël. Ces maîtres des secrets de la Torah sont destinés à être nos guides, éclairant notre lien à Eretz Israël.

 

Le Rav Kook écrit qu’une attitude adéquate envers Eretz Israël affecte la santé psychologique et spirituelle de la nation et éclaire l’individu en fonction du niveau de roua’h haqodech qu’il a atteint[60]. Certes, le roua’h haqodech n’est guère aisé à acquérir. Il existe des livres, entre autres, Messilat Yecharim et Shaaré Qedoucha, qui présentent les grandes lignes des étapes complexes et astreignantes qui jalonnent la quête du roua’h haqodech. Seuls ceux qui l’ont atteint, qui se sont imprégnés des profondeurs des connaissances juives, de la pratique et de la qedoucha peuvent nous conduire vers l’édification que nous ne parviendrions certainement pas à atteindre par nous-mêmes.

 

המחשבה על דבר ארץ-ישראל, שהיא רק ערך חיצוני כדי העמדת אגודת האמה, אפילו כשהיא באה כדי לבצר על ידה את הרעיון היהדותי בגולה, כדי לשמר את צביונו ולאמץ את האמונה והיראה והחיזוק של המצוות המעשיות בצורה הגונה, אין לה הפרי הראוי לקיום, כי היסוד הזה הוא רעוע בערך איתן הקודש של א”י.

 

Envisager Eretz Israël comme une simple valeur secondaire facilitant la subsistance de la nation unifiée, quand bien même ce serait pour consolider le judaïsme en exil, pour préserver sa forme et assurer le respect des commandements dans les formes – cette façon d’appréhender Eretz Israël n’est pas digne de donner des fruits durables, car son fondement est chancelant compte tenu de l’immense qedoucha inébranlable d’Eretz Israël

 

Ici, le Rav Kook souligne à nouveau l’idée originale qu’il enseignait, à savoir que le Pays d’Israël n’est pas une donnée secondaire pour le judaïsme et la nation juive. Il évoque l’idée erronée que le Peuple juif pourrait vivre sans Eretz Israël. Selon ce point de vue, le judaïsme de la diaspora serait une fin en soi et la vie juive en galout, un objectif souhaitable. Pour le Rav Kook, cette philosophie est sans fondement comparée à l’ampleur de la qedoucha de l’existence juive en Eretz Israël. À l’instar de l’exil lui-même, cette weltanschauung de l’exil est dépourvue de valeur durable et incapable d’assurer la poursuite de son existence.

 

Nous avons mentionné que Herzl et d’autres sionistes laïcs considéraient Eretz Israël seulement comme un moyen de rassembler les Juifs apatrides, préservant ainsi l’existence même de la nation. Ils n’avaient pas compris le lien fondamental reliant le Peuple juif et Eretz Israël parce qu’ils ne réalisaient pas que la nation d’Israël est essentiellement différente des autres nations du monde. Ils n’avaient pas compris notre identité véritable et notre idéal national authentique qui culmine dans la construction du Beit HaMiqdash à Jérusalem et l’exportation de la bénédiction divine de Sion vers le reste du monde.

 

Le Rav Kook écrit que ce manque de perspicacité n’est pas l’apanage des sionistes laïcs mais peut aussi concerner des milieux religieux. Il prend parfois la forme d’un rejet total de la terre d’Israël. Les avocats de cette opinion affirment que les Juifs peuvent mener une vie entièrement juive – voire meilleure – dans la galout qu’en Eretz Israël. D’autres, moins extrêmes dans leur rejet d’Israël, reconnaissent qu’Eretz Israël est la patrie juive idéale, mais pour une date ultérieure, avec l’arrivée du Machia’h[61].

 

En règle générale, les dirigeants de la diaspora mettent l’accent sur le renforcement de leurs communautés d’exil au lieu de les faire venir en Eretz Israël. Cette conception de la diaspora en matière de judaïsme minimise la centralité de la nation juive afin de renforcer la vie juive en galout. Si Eretz Israël est considéré comme revêtant moins d’importance, l’édification de la Torah en exil devient l’objectif ultime. Par exemple, de nombreux livres ont été écrits sur le judaïsme ne mentionnant même pas Eretz Israël. Jusque très dernièrement, même les écrits du Rav Kook traduits en anglais négligeaient ceux qui portaient sur le Pays d’Israël. En se focalisant sur les « quatre coudées de la Halakha[62] » en galout et en minorant la valeur de la nation israélienne, l’existence en diaspora prend une importance accrue.

 

Selon cette philosophie, Eretz Israël n’est considéré que comme un moyen et non comme une fin[63]. La mission du judaïsme est de se développer dans la diaspora[64]. La Torah ne sort plus de Sion mais de Berlin et New York. Les Juifs, est-il affirmé, peuvent apporter aux nations une lumière plus puissante lorsqu’ils sont répartis parmi les gentils. Eretz Israël en est réduit à un idéal futur, lointain et abstrait. Le sentiment qui anime le cœur est plus important que la place occupée par la vénération de la Torah. Cette distorsion risque de transformer les communautés de la galout en bastions du judaïsme, à bien des égards à la façon dont certains Juifs de Babylonie crurent à tort avoir découvert une nouvelle Jérusalem à l’extérieur d’Eretz Israël[65].

 

En outre, les exigences matérielles concrètes d’une patrie sont considérées comme un danger pour la Torah, les mitsvot et le service divin[66]. Ce point de vue relègue le traité Ketoubot de la Guemara au rang de légende agadique. Selon la Guemara, Un Juif doit toujours vivre dans le Pays d’Israël, même dans une ville où la majorité des habitants sont idolâtres et ne pas vivre dans la diaspora, même dans une ville dont la majorité des habitants sont Juifs[67]. »

 

C’est aussi la décision halakhique adoptée par le Rambam[68] et le Choulkhan Aroukh à propos d’un homme marié qui souhaite s’installer en Eretz Israël bien que sa femme refuse[69]. La mitsva de vivre en Israël revêt une telle importance que l’homme est autorisé à divorcer sans avoir à verser la moindre pension à sa femme.

 

Placer la diaspora au centre de la vie juive, c’est nier la segoula intérieure d’Eretz Israël pour la nation. Eretz Israël est considéré comme quelque chose d’extérieur à la spiritualité de la Torah, sans le moindre contenu spirituel propre. Il ne reste que la Torah[70].

 

La Torah, cependant, est bien davantage qu’un idéal spirituel. Comme nous l’étudierons dans le troisième chapitre, le judaïsme est un plan divin pour élever le monde entier au service de Dieu, l’aspect matériel de la vie comme son aspect spirituel ; l’aspect national comme l’aspect individuel. Cet objectif supérieur ne peut être atteint que par l’exemple d’une nation – lorsque Israël mènera une vie de Torah en Eretz Israël. Nous devons être une lumière pour le monde, non seulement en tant qu’individus vertueux dispersés aux quatre coins du globe, mais en tant que nation sainte dotée avec une armée de sages de la Torah, une armée de tanks, un système de justice fondé sur la Torah, des lois agricoles ordonnées par Dieu et le Temple au centre de la vie nationale. Tel est l’appel du Sinaï que Moïse apporte à la nation dans son tout premier enseignement du livre de Devarim : « Assez longtemps vous avez demeuré dans cette montagne. Partez, poursuivez votre marche… allez prendre possession du pays[71]. »

 

La Torah n’a pas été donnée pour être vécue dans le désert du Sinaï, mais dans les collines et les vallées d’Eretz Israël. En désirant conserver uniquement l’aspect spirituel de la Torah et non sa composante terrestre sainte, les Explorateurs entraînèrent la mort de toute leur génération[72]. Le manque de foi qu’ils ont manifesté en révolte contre le commandement de s’installer dans la terre de la promesse se répercute à travers les annales de l’histoire juive[73].

 

Certes, si notre nation a été dispersée en exil à cause de ses fautes et que le retour dans notre pays est matériellement impossible, nous ne somme pas punis pour n’avoir pas accompli la mitsva de vivre en Israël. Le Rav Tsvi Yéhouda Kook comparait cela à une situation dans laquelle se trouvaient souvent les communautés russes lorsque les Juifs étaient dans l’incapacité de se procurer un étrog pour la fête de Souccot. Dans un tel cas, un Juif n’a aucun recours et ne peut accomplir la mitsva. Mais la mitsva de prendre un étrog pour Souccot n’en disparaît pas pour autant. Il en va de même pour la mitsva de vivre en Israël – dès lors qu’elle redevient possible, c’est pour nous une obligation religieuse de l’accomplir[74].

 

Le Rav Kook écrit également que si nous considérons Eretz Israël comme un à-côté du judaïsme, notre relation au judaïsme ne portera pas de fruit. Au cours des générations, le judaïsme ne survivra pas parce que ses fondements dans la diaspora sont faibles comparés à l’élévation de la qedoucha d’Eretz Israël. Il faut donc renoncer à reléguer Eretz Israël à un rôle secondaire dans la vie de la nation juive, même lorsqu’il s’agit apparemment de renforcer le judaïsme dans la galout. En fin de compte, toute conception juive qui sape notre relation à Eretz Israël est vouée à l’échec, parce que le judaïsme de galout est, par nature, temporaire[75], une punition et non une malédiction[76].

 

Le Pays d’Israël n’est donc pas quelque chose d’extérieur à la vie juive ; il est une exigence intérieure existentielle.

 

 

 

האימוץ האמיתי של ראיון היהודית בגלות בא יבוא רק מצד עמק שיקועו בארץ ישראל, ומתקוות ארץ-ישראל יקבל תמיד את כל תכונותיו העצמיות. צפית-ישועה היא כוח-המעמיד של היהדות הגלותית, והיהדות של ארץ-ישראל היא הישועה עצמה.

 

« Dans l’exil, le concept de judaïsme ne trouvera de force véritable que dans la profondeur de son engagement pour Eretz Israël. Ce n’est qu’en aspirant à Eretz Israël que le judaïsme de diaspora recevra en permanence ses caractéristiques propres. L’aspiration à la Délivrance donne au judaïsme de l’exil sa force intérieure ; alors que le judaïsme d’Eretz Israël est la Délivrance elle-même. »

 

Nous trouvons ici une idée véritablement éclairante. Si l’on souhaite véritablement renforcer le judaïsme en exil, la seule façon durable est de consolider sa relation avec Eretz Israël. Cela signifie que l’exil n’a aucune nature propre essentielle[77]. Il n’a de signification que dans son rapport à Israël. La galout est un phénomène transitoire. Une imperfection qui sera réparée. Une sanction destinée à prendre fin. Quels que soient les aspects plaisants que peuvent revêtir certains exils, la vie juive à l’extérieur d’Israël est une situation anormale, un judaïsme malsain[78], une destruction de notre dimension nationale et une malédiction[79]. En galout, nous souffrons d’une maladie persistante. Notre corps est brisé et spirituellement malade[80]. Nous continuons en partie à fonctionner, mais, comme l’expliquera le Rav Kook dans le troisième chapitre, notre existence en galout n’est pas notre idéal. Penser qu’il en est autrement, c’est nous mentir à nous-mêmes et bâtir un édifice voué à l’effondrement.

Ce n’est pas en minimisant la nécessité de vivre en Eretz Israël et en présentant la galout comme une option envisageable pour les Juifs qu’on parvient à une étude et une pratique intenses de la Torah en exil mais plutôt en reliant le judaïsme de la diaspora à la source de sainteté d’Eretz Israël.

 

En réalité, la diaspora n’est qu’un moyen et Eretz Israël est un objectif. L’exil n’est qu’une étape, un centre de détention, un arrêt transitoire avant de revenir à notre vie véritable en Israël[81]. C’est pour cette raison que la halakha interdit de construire des maisons en pierre dans la diaspora[82], la pierre étant un symbole de la permanence, alors que nous devons toujours aspirer à retourner à Sion.

 

Nous apprenons ainsi que c’est Eretz Israël et non la galout est le véritable objectif de la Torah. En réalité, c’est l’existence dans la diaspora qui est périphérique, extérieure, secondaire dans le judaïsme. On comprend alors le commentaire de Rachi sur le commandement des tefillins qui réapparaît dans le deuxième paragraphe du Chema. À propos du verset « Imprimez donc Mes paroles dans votre cœur[83] », Rachi

explique que le commandement des tefillins est réitéré après l’avertissement quant à l’exil pour nous enseigner que nous devons accomplir les mitsvot même après que nous ayons été exilés d’Eretz Israël afin qu’elles ne constituent pas des nouveautés pour nous lorsque nous reviendrons – car le lieu véritable du judaïsme et des mitsvot est le Pays d’Israël.

 

Un Juif instaure une relation authentique avec le judaïsme non pas lorsqu’il demande ce qu’Israël peut faire pour lui, mais lorsqu’il s’interroge sur ce qu’il peut faire pour Israël. Le judaïsme dans sa plénitude est le judaïsme d’Eretz Israël. C’est, enseigne le Rav Kook, la Délivrance elle-même :

 

« L’aspiration à la délivrance confère au judaïsme de la diaspora sa capacité de résistance ; alors que le judaïsme d’Eretz Israël est la Délivrance elle-même. »

 

En insistant sur l’aspiration à la Délivrance, le Rav Kook se réfère à la Guemara disant que, lorsqu’une personne meurt et parvient au tribunal céleste, plusieurs questions lui sont posées : « As-tu été honnête en affaires ? As-tu consacré régulièrement des moments à l’étude de la Torah ? As-tu aspiré à la Délivrance[84] ? »

 

Que signifie « aspirer à la Délivrance ? » Le Ran explique dans son commentaire qu’il s’agit d’aspirer à la réalisation des paroles des prophètes de son vivant[85]. Un Juif doit garder un œil sur le Tanakh et l’un sur les principaux titres de l’actualité pour voir comment se concrétisent, de son vivant, les prophéties sur la Délivrance. De nombreux grands sages, notamment le Ramban, Rabbi Yéhouda Halévi, le Gaon de Vilna et le Rav Kook lui-même interprètent cette aspiration comme un désir d’emballer ses livres pour partir vivre en Israël. La Délivrance, c’est le retour à notre vie nationale selon la Torah en Israël.

 

Qu’est-ce qui confère au peuple juif sa capacité de résistance tout au long de nos années d’exil ? L’aspiration à la Délivrance, c’est-à-dire la délivrance de la diaspora. Nos prières quotidiennes pour le rassemblement des exilés et la reconstruction d’Eretz Israël nous donnent la force morale de survivre[86]. Le psaume « Si je t’oublie Jérusalem[87] » est le lien qui nous maintient ensemble et donne au judaïsme de diaspora sa signification et sa condition.

 

Une diaspora peut se trouver à Paris, à Crown Heights ou dans une magnifique banlieue de Johannesburg. Elle peut être un exil très confortable, mais elle entame l’intégralité nationale à laquelle nous devons – c’est un commandement – néanmoins aspirer. Le livre Messilat Yécharim explique que les lamentations sur l’exil et l’aspiration à la Délivrance d’Israël constituent pour un Juif un des fondements essentiels du culte qu’il rend à Dieu :

 

« Tout sage d’Israël qui possède véritablement la Torah, qui soupire tous les jours sur la Gloire de Dieu et celle d’Israël, qui, toute sa vie, désire ardemment la gloire de Jérusalem et du Temple et espère en la délivrance et le rassemblement des exilés, l’esprit divin pénètrera alors ses paroles… Ce genre d’homme pieux (’hassid) ne se contente pas du service divin qui accompagne les commandements même dans la kavana la plus pure. Il doit aussi ressentir vraiment la souffrance de l’exil et de la destruction du Temple, parce que l’un et l’autre engendrent, si l’on peut dire, un amoindrissement de la Gloire de Dieu. Ainsi il aspirera à la Délivrance qui mettra en valeur Son honneur[88]. »

 

Le judaïsme d’Eretz Israël doit être notre objectif. Jérusalem doit être le centre de la Torah et de la vie juive. Telle est la Délivrance à laquelle chacun aspire. Nos sages enseignent que la guéoula se dévoile petit à petit, קמעא קמעא  comme l’éveil de l’aube[89]. Aujourd’hui au milieu du processus, nous sommes témoins de la cessation progressive inéluctable de la galout et de l’édification de la nation juive en Eretz Israël. Lentement, de plus en plus, l’aspiration à la Délivrance cède le pas à la Délivrance elle-même : le judaïsme en Eretz Israël.

 

 

 

Chapitre I

 

RÉCAPITULATIF

 

 

 

 

  1. Eretz Israël n’est pas seulement un moyen de parvenir à la consolidation matérielle ou spirituelle de la nation.
  2. Eretz Israël est inséparablement lié à Am Israël par une segoula
  3. Cette segoula intérieure ne peut s’exprimer en formules rationnelles ; elle peut seulement être perçue à travers l’Esprit divin qui réside dans notre âme nationale.
  4. La compréhension du lien intrinsèque entre Eretz Israël et le Peuple juif nous vient des rabbins qui creusent au plus profond les arcanes de la Torah.
  5. Toute approche superficielle du Pays d’Israël, quand bien même elle est utilisée de façon positive pour renforcer le judaïsme dans la galout, est erronée compte tenu de la véritable valeur d’Eretz Israël.
  6. Ce n’est pas en renforçant la vie juive en galout qu’on consolide le judaïsme de la diaspora, mais en resserrant ses liens avec Eretz Israël.
  7. La force intérieure et la cohésion du judaïsme de la diaspora est l’aspiration à la Délivrance.
  8. Le judaïsme d’Eretz Israël constitue la Délivrance elle-même.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

הרה אברהם יצחק הכהן קוק

 

 

ארץ ישראל

 

2

 

 

 

על-ידי התרחקות מהכרת הרזים באה ההכרה של קדושת ארץ ישראל בצורה מטשטשת. על-ידי ההתנכרות אל סוד ד’ נעשות הסגולות העליונות של עמק החיים האלוהיים לדברים טפלים שאינם נכנסים בעמק הנשמה, וממילא יחסר הכוח היותר אדיר בנשמת האמה והיחיד, והגלות מוצאת היא חן מצד עצמותה; למשיג רק את השטח הגלוי לא יחסר שום דבר יסודי בחסרון הארץ והממלכה וכל תכני האומה בבניינה.

יסוד צפית הישועה הוא אצלו כמו ענף צדדי שאיננו יכול להתקשר עם עמק הכרת היהדות, וזה בעצמו הוא הדבר המעיד על חסרון ההבנה שיש בשיטה מיעטת-הלשד כדאת. לא שוללים אנחנו כל מין ציור והבנה המיוסד על ישרות ורגשי דעה ויראת שמשים באיזו צורה שהיא, רק את אותו הצד ששטה כזאת תחפוץ לשלול את הרזים ואת השפעתם הגדולה על רוח האומה, כי זהו אסון שאנו חייבים ללחום אתו, בעצה והתבונה, בקדושה ובגבורה.

 

 

LE RAV AVRAHAM YITS’HAQ HACOHEN KOOK

 

 

ERETZ ISRAËL

 

Chapitre 2

[traduction littérale]

 

 

L’ignorance des secrets de la Torah donne une compréhension floue et confuse de la qedoucha d’Eretz Israël. Lorsqu’on est coupé du secret divin, les segoulot les plus élevées de la vie divine profonde deviennent des aspects étrangers, secondaires qui n’entrent pas dans les profondeurs de l’âme et, en conséquence, la force la plus puissante de l’âme de l’individu et de la nation fera défaut, l’exil apparaîtra sous un jour plaisant. À quelqu’un qui n’appréhende que le niveau superficiel, rien de fondamental ne manquera en l’absence du Pays d’Israël, du Royaume juif et de tous les aspects de la nation sous sa forme construite.

 

Pour cette personne, le fondement de l’aspiration à la Délivrance ressemble à un rameau latéral qui ne peut être associé à la profonde connaissance du judaïsme, ce qui témoigne de la pauvreté de cette perspective desséchée. Nous ne rejetons aucune forme de contemplation qui soit fondée sur l’honnêteté, sur la sensibilité de la pensée ou sur la crainte du Ciel, quelque forme qu’elle prenne ; nous ne rejetons que l’aspect spécifique de cette perspective qui cherche à nier les secrets de la Torah et leur grande influence sur l’esprit de la nation – car c’est une tragédie que nous avons l’obligation de combattre avec discernement et sagesse, avec sainteté et courage.

 

 

 

 

Chapitre 2

 

 

LES SECRETS DE LA TORAH

 

 

 

Dans le premier chapitre du livre OROT, nous avons appris qu’Eretz Israël n’est pas une donnée contingente secondaire, extérieure à la nation, mais plutôt un fondement essentiel, vivifiant du Clal Israël. Nous avons ensuite appris que le lien entre le Pays d’Israël et le peuple juif transcende la logique humaine. Il se fonde sur l’Esprit divin qui repose sur le pays et sur la nation. Cette compréhension nous est transmise par d’éminents rabbins qui sont, eux, reliés de façon privilégiée à la vie du Clal, grâce à leur profonde pénétration dans les profondeurs de la Torah. Enfin, le Rav Kook souligne que l’avenir du peuple juif dépend non de la consolidation de la diaspora, mais plutôt du renforcement de notre lien à Eretz Israël.

 

Dans ce deuxième chapitre, le Rav Kook explique en profondeur comment l’ignorance des secrets de la Torah provoque une déformation de notre compréhension du judaïsme et une crise de la vie juive.

 

“על-ידי התרחקות מהכרת הרזים באה ההכרה של קדושת ארץ ישראל בצורה מטשטשת”.

 

« L’ignorance des secrets de la Torah donne une compréhension floue et confuse de la qedoucha d’Eretz Israël. »

 

Nous avons précisé que les secrets de la Torah auxquels se réfère le Rav Kook sont les connaissances en profondeur de la Kabbale qui établissent le projet spirituel propre à la nation juive. Il ne s’agit pas ici de l’Arbre de la Kabbale qu’on trouve illustré dans les livres populaires sur le sujet. Alors que cette métaphore des sefirot, autrement dit des différents niveaux de la manifestation de Dieu dans le monde, est un aspect central de la Kabbale, un grand nombre d’autres secrets apparaissent dans la Aggadah et les midrashim de nos Sages. Des ouvrages de sagesse comme le Zohar sont les interprétations ésotériques de ces écrits. Le grand génie du Rav Kook consista à appliquer cette tradition du savoir à l’interprétation du développement du peuple juif à notre époque. Ses écrits éclairent les mécanismes intérieurs de l’âme nationale d’Israël au moment où elle s’éveille à la Délivrance et à l’expression physique de la reconstruction de la nation en Eretz Israël. L’ouvrage OROT est en effet une étude ésotérique extrêmement fouillée de ces thèmes.

 

Cette connaissance en profondeur est nécessaire pour appréhender l’importance vitale que revêt Eretz Israël pour le peuple juif. Cependant, lorsque nous parlons de la Kabbale, nous sommes d’emblée confrontés à un dilemme. De par sa nature même, un secret est au-delà de notre appréhension immédiate. Les caractéristiques profondes échappent à une inspection superficielle.  De toute évidence, une personne non éduquée à rechercher les niveaux les plus profonds, dans la Torah ou dans n’importe quel domaine, ne les trouvera pas ; non pas parce qu’ils lui échapperont, mais parce qu’elle n’aura même pas conscience de l’existence de cette dimension.

Dans la vie, on ne peut pas tout expliquer rationnellement. Par exemple, l’amour entre deux personnes est bien autre chose qu’un ensemble d’attirances mutuelles. Un conjoint ou un ami peut être gentil, intelligent, honnête, drôle, etc., mais l’attirance entre deux personnes se fonde aussi sur des raisons impalpables.

 

Grâce à tous les progrès scientifiques et techniques des temps modernes, le monde reconnaît l’existence de forces que l’œil humain ne peut détecter. Les microscopes, les lasers, les satellites et les télescopes ont révélé des mondes insoupçonnés. Les molécules, les atomes et les codes génétiques autrefois cachés à nos yeux sont désormais reconnus comme les véritables composantes du monde physique qui nous entoure. De même, les disciplines comme la psychologie et la sociologie nous ont permis de découvrir des modèles profonds aussi bien pour l’individu que pour l’humanité. Ce n’est qu’après une période d’intenses investigations que nous parvenons à découvrir les secrets enfouis qui régissent une grande partie de notre vie.

 

L’invisibilité est une donnée particulièrement évidente dans le domaine spirituel. Dieu, par exemple, est invisible à l’œil biologique et pourtant Il existe. Nous reconnaissons Sa présence que ce soit par une contemplation profonde de la majesté de la Création ; par la foi dans les traditions transmises par nos ancêtres ou par une expérience personnelle intense au cours de laquelle Dieu est intervenu dans notre vie. Et cependant, nous ne pouvons jamais décrire exactement Son essence car « Mes pensées ne sont pas vos pensées, Mes voies ne sont pas vos voies, dit l’Éternel. Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées[90]. »

 

La Torah comporte différents niveaux, depuis l’interprétation de premier abord appelée pchat, une réflexion plus profonde, le rémez, puis des explications, le drach pour parvenir aux secrets ésotériques, le sod. La mise en forme du niveau le plus profond est appelé Qabbala. Ce n’est que par sa connaissance que nous pouvons saisir l’éminente spécificité de la nation juive et comprendre la symbiose entre le peuple juif, la Torah et Eretz Israël. En fait, nos Sages nous enseignent que c’est précisément l’étude de cet aspect plus profond de la Torah qui prépare la voie à la Délivrance d’Israël[91].

 

Si cette branche de la connaissance est demeuré l’apanage d’un petit nombre de tsadiqim d’élite, c’est d’une part à cause du difficile chemin de l’étude et du perfectionnement du caractère que doit emprunter quiconque entend connaître les secrets de la Torah[92], mais également pour autre raison. À travers l’histoire de l’exil, l’étude de la Torah portait principalement sur son aspect pratique révélé. La Guemara et la halakha constituaient les premiers sujets d’étude. Avec notre exil d’Israël et la destruction de notre cadre national, la perspective nationale de la Torah et du Clal a été remplacée par une préoccupation pour le Juif en tant qu’individu et pour les mitsvot qu’il devait accomplir. Dans la diaspora, il ne nous restait que les préceptes rituels d’ordre individuel[93]. Le niveau philosophique plus profond de la Torah était en général ignoré. Certes, une lignée choisie de sages[94] continuèrent à étudier la Kabbale, mais leur savoir n’était pas partagé par les foules.

 

Le caractère unidimensionnel qui caractérise parfois l’étude dans le monde de la diaspora a conduit à une observance tronquée du judaïsme, une « orthopraxie » dénuée de fondations profondes. Les Juifs observaient consciencieusement les préceptes, mais souvent, les « profondeurs de la vie divine » faisaient défaut, prenant l’enveloppe extérieure de la Torah, sans le cœur. L’ouvrage Tikounei Zohar explique que ceux qui ne creusent pas les secrets de la Torah font de l’observance des mitsvot un judaïsme sec, routinier, se transmettant sans véritable perspective[95]. Lorsqu’on est privé de la profondeur de la Torah, on ne reconnaît que les réalités extérieures. On ne voit en effet que la partie supérieure de l’iceberg. La vie tourne alors autour d’un cercle privé et non autour de la vie du Clal. En conséquence, on ne peut reconnaître la qedoucha d’Eretz Israël ni comprendre sa valeur absolue et son importance pour la nation.

 

 

“על-ידי התרחקות מהכרת הרזים באה ההכרה של קדושת ארץ ישראל בצורה מטשטשת. על-ידי ההתנכרות אל סוד ד נעשות הסגולות העליונות של עמק החיים האלוהיים לדברים טפלים שאינם נכנסים בעמק הנשמה, וממילא יחסר הכוח היותר אדיר בנשמת האמה והיחיד, והגלות מוצאת היא חן מצד עצמותה; למשיג רק את השטח הגלוי לא יחסר שום דבר יסודי בחסרון הארץ והממלכה וכל תכני האומה בבניינה.”

 

 

« L’ignorance des secrets de la Torah donne une compréhension floue et confuse de la qedoucha d’Eretz Israël. Lorsqu’on est coupé des secrets divins, les segoulot les plus élevées de la vie divine profonde deviennent des aspects étrangers, secondaires qui n’entrent pas dans les profondeurs de l’âme et, en conséquence, la force la plus puissante de l’âme de l’individu et de la nation fera défaut, l’exil apparaîtra sous un jour plaisant. À quelqu’un qui n’appréhende que le niveau superficiel, rien de fondamental ne manquera en l’absence du Pays d’Israël, du royaume juif et de tous les aspects de la nation sous sa forme construite. »

 

Ignorer les secrets de la Torah, c’est ignorer les royaumes les plus élevés de l’existence divine ; c’est dresser une barrière empêchant la personne d’être en accord avec les forces les plus vibrantes de son âme et avec l’âme de la nation. Lorsque ces aspects de la Torah font défaut, on peut mener une vie agréable, une vie productive et intense, mais pas la vie du Clal, pas une vie imprégnée de l’esprit de Dieu qui inspire notre âme nationale. Cette vie divine supérieure n’est possible qu’en s’attachant étroitement aux secrets de la Torah et à Eretz Israël.

 

Il est important de préciser que même un grand sage de la Torah peut concevoir une approche déformée d’Eretz Israël s’il n’est pas imprégné des enseignements ésotériques de notre nation[96]. Dans la diaspora, l’accent étant mis sur l’individu, quelqu’un qui n’étudie que l’aspect révélé de la Torah peut ignorer les aspirations intimes et les objectifs de la nation. Un talmid ’hakham peut être versé en halakha, mais éloigné des aspects philosophiques profonds du judaïsme[97]. Les explorateurs dans le désert étaient les dirigeants spirituels des tribus, mais ils n’ont pas su reconnaître la nécessité de vivre en Israël[98]. Le Gaon de Vilna enseigne que cette même faute se retrouve dans le peuple juif à chaque génération[99]. Lorsqu’on privilégie l’individu par rapport à la vie du Clal, l’aspiration à une patrie nationale peut s’affadir et se brouiller. Cette tragédie survient lorsque la Torah n’est pas étudiée dans sa plénitude.

 

Il faut souligner que l’ignorance des secrets de la Torah ne provient pas de défaillances d’ordre intellectuel, mais plutôt d’une certain approche, d’un manque d’adhésion à ces concepts. Même un spécialiste de la Qabbala peut être détaché du royaume des segoulot profondes s’il aborde son étude dans une pure perspective intellectuelle. C’est en sublimant toute son existence au service des idéaux divins ésotériques qu’on peut nourrir un amour passionné et intègre pour cette branche de la connaissance.

 

Quelles sont les segoulot élevées auxquelles se réfèrent le Rav Kook ? Nous avons mentionné dans le premier chapitre que le concept de segoula ne peut être défini par une terminologie rationnelle. La traduction habituelle par « trésor » évoque quelque chose de spécial, d’une grande valeur et de caché. Dans cette perspective, la segoula d’Israël peut être comprise comme la spécificité la plus éminente du peuple juif, son originalité profonde, le génie propre au peuple juif que seule possède la nation d’Israël. De fait, l’élection d’Israël par Dieu est propre au peuple juif. Israël, et lui seul, est la nation choisie par Dieu pour révéler Sa royauté dans le monde[100].

 

En outre, nous sommes destinés à constituer un Clal divin et non un simple amalgame de Juifs[101]. Nous sommes une NATION sainte et pas seulement un regroupement de tsadiqim. C’est là un concept cardinal. Parmi les Gentils, des individus peuvent atteindre des niveaux de sainteté en fonction de leurs actions[102]. Mais dans le Am Israël, LA NATION TOUT ENTIÈRE EST SAINTE, animée par une âme nationale divine[103].

 

Lorsque nous comprenons notre segoula d’être une nation sainte, nous saisissons aisément la nécessité de disposer d’un pays saint. Mais, s’ils ignorent les profondeurs de la Qabbalah qui expriment les mécanismes et les fondements de la vie juive, l’homme juif et le peuple juif dans son ensemble seront coupés de cette compréhension et des aspects les plus élevés et les plus précieux de Dieu dans la vie de la nation. Ces segoulot éminentes s’expriment par notre relation au Am Israël, à Eretz Israël, à la Torah dans toute sa profondeur, au royaume d’Israël et à l’aspiration à la Délivrance, au Temple, au Sanhédrin, à la prophétie et à « tous les aspects de la nation sous sa forme reconstruite ». C’est notre attachement à ces fondements nationaux qui insuffle à l’âme juive sa force et son expression la plus puissante. Les héros les plus remarquables du judaïsme sont précisément ces tsadiqim qui éprouvent le plus grand amour pour le Clal Israël et qui aspirent le plus ardemment à Jérusalem et à l’édification de la nation[104].

 

Par contre, quelqu’un qui ne comprend que le niveau superficiel du judaïsme ne ressentira aucun manque s’il vit loin du Pays d’Israël, dans un pays étranger, un pays de Gentils sous un gouvernement de Gentils. Il est coupé des niveaux plus profonds du judaïsme et des aspirations plus nobles du Clal. Il se satisfait des obligations individuelles qu’il peut remplir aussi bien en ’houtz laAretz, et l’exil trouve donc  grâce à ses yeux. Il ne ressent pas le besoin de disposer de son propre pays, d’un gouvernement juif, ni d’une armée juive, ni de tout autre fondement de la vie nationale israélienne. Il se concentre sur le Chabatt, la cacherout et les tefillins. Pour les observer, il n’a pas besoin d’Eretz Israël. Il peut se rendre chaque matin à la synagogue et étudier chaque jour une page de Guemara sans regretter de ne pas vivre en Israël. Au contraire, il apprécie la galout. Il aime son travail, sa communauté, l’éducation qu’il donne à ses enfants et l’occasion qui lui est donnée de connaître le meilleur des deux mondes – son judaïsme et le monde des Gentils qui l’entoure. S’il existe une nécessité secrète de vivre en Israël, il ne la ressent pas. Dans son mode de pensée, le concept de nation n’a rien à voir avec le judaïsme ou le fait d’être « frum ».

 

De grands dirigeants spirituels peuvent eux-mêmes s’accommoder de ce compromis avec la galout, comme en témoigne la descente de Jacob en Mitsraïm. Au début, il ne se rendit en Égypte que pour y séjourner et non pour s’y installer. « Et il descendit en Mitsraïm et y vécut en étranger[105]. » Le Sifré explique que Jacob n’avait pas l’intention de s’y enraciner, mais bien d’y vivre temporairement en attendant que prennent fin les années de famine en Canaan[106]. Avec le temps, sa famille envisagea le pays d’Égypte différemment, comme il est dit : Israël s’établit donc dans le pays d’Égypte, dans la province de Gochen ; ils en demeurèrent possesseurs, y crûrent et y multiplièrent prodigieusement[107]. »

 

On trouve dans le Kli Yakar le commentaire suivant : « Ce verset est une condamnation des enfants d’Israël, car Hachem avait décrété à Abraham que ses descendants seraient étrangers dans un pays étranger, qu’ils désireraient s’y installer et devenir propriétaires terriens dans un pays qui n’était pas le leur. Et ils s’installèrent de façon si durable qu’ils ne voulurent plus quitter l’Égypte avant que Hachem ne soit contraint de les faire sortir d’un bras puissant ; quant à ceux qui ne voulurent pas partir, ils moururent durant les trois jours de ténèbres[108]. »

 

Précision intéressante : le mot ויאחזו dans le verset « ils en demeurèrent possesseurs » est à la forme passive signifiant « ils furent possédés par lui ». Le Midrach explique que le pays prit possession d’eux[109]. Alors que Jacob avait seulement l’intention de passer quelque temps en Égypte, ses descendants se laissèrent prendre par le pays. Jacob lui-même avait prévu ce danger et avait fait jurer à son fils Joseph de l’enterrer dans le Pays d’Israël, afin de supprimer toute ambiguïté : c’était Eretz Israël et non l’Égypte qui était leur seule et unique patrie[110].

 

De même, aujourd’hui, après des générations passées dans la diaspora, de nombreux Juifs s’attachent à l’endroit où ils vivent, que ce soit en Angleterre, en France ou au Brésil. Israël est souvent considéré comme un rêve lointain, un lieu agréable à visiter, mais pas un endroit vital pour la vie quotidienne d’un Juif.

 

Le Rav Kook explique que, lorsque nous ne sommes pas immergés dans les profondeurs intérieures de la Torah, nous devenons vulnérables aux influences environnantes. Après des années d’exil, les cultures impures des Gentils commencent à s’infiltrer dans notre psyché nationale[111]. Notre pensée juive perd de sa pureté et se pollue. Lentement, nous nous égarons loin de nos propres sources et de nos propres forces. Nous devenons étrangers à nos propres segoulot, au Clal Israël, à notre sensibilité au divin qui nous distinguent des Gentils, au point de nous assimiler dans la culture d’un autre pays étranger.

 

Lorsque nous nous laissons détacher de nos racines les plus profondes, nous n’aspirons plus à cet attachement à Dieu qui ne peut se réaliser qu’à travers notre attachement à Sa nation. Sans cette relations profonde, l’aspiration à la Délivrance de la galout devient une question accessoire, étrangère, un chant sur le Machia’h qui ne pénètre pas dans les profondeurs de notre âme.

 

 

“יסוד צפית הישועה הוא אצלו כמו ענף צדדי שאיננו יכול להתקשר עם עמק הכרת היהדות, וזה בעצמו הוא הדבר המעיד על חסרון ההבנה שיש בשיטה מיעטת-הלשד כדאת.”

 

« Pour cette personne, le fondement de l’aspiration à la Délivrance ressemble à un rameau latéral qui ne peut être associé à la profonde connaissance du judaïsme, ce qui témoigne de la pauvreté de cette perspective. »

 

Nous avons mentionné dans le premier chapitre que l’une des questions posées à quiconque parvient à son repos éternel est : « As-tu aspiré à la Délivrance[112] ? » Si un Juif n’aspire plus à la Délivrance, c’est-à-dire la Délivrance de la galout, c’est le signe que quelque chose ne va pas. S’il est heureux dans la diaspora, c’est que son judaïsme est flou et que les aspirations les plus profondes de son âme lui sont inaccessibles. Comme l’exprime de façon poignante le Kouzari, ses prières pour Jérusalem et pour Sion ressemblent à des babillages de rossignol, mélodieux mais vides de sens[113]. Parce qu’il ne ressent pas les désirs les plus profonds de son âme, il ne ressent pas le besoin d’être délivré. De quoi ? De qui ? Trois fois par jour, il récite les paroles de son livre de prières « nous espérons et aspirons à ton salut chaque jour[114], » mais sa prière terminée, il oublie. Les prières parlent de quelqu’un d’autre, d’un autre temps, d’une autre galout. Les objectifs les plus nobles du judaïsme ne figurant pas dans ses préoccupations, il peut même ne pas du tout ressentir qu’il se trouve en exil.

 

Dans un autre passage d’OROT, le Rav Kook écrit : « Un homme d’Israël qui souhaite mériter la véritable lumière de la vie doit vouloir s’immerger dans Knesset Israël, de tout son cœur, de toute sa raison et de toutes ses facultés physiques et spirituelles. Il doit avoir pour objectif dans sa vie, l’acquisition, autant que le lui permettent ses capacités, des attributs propres à Israël et des connaissances propres au peuple juif, dont la principale est la Torah sous tous ses aspects ainsi que tout ce qui a trait à la profonde sagesse d’Israël…[115] »

 

Comment parvenir à cette immersion dans la vie du Clal Israël ? Le Rav Kook poursuit : « Plus une personne intensifie son étude de la Torah et sa pratique des mitsvot, plus elle est relié à Knesset Israël, et plus elle ressent intérieurement l’âme du Clal dans son essence la plus élevée ; plus elle ressent dans tout son être la douleur de la disgrâce de Knesset Israël et plus elle prend plaisir à la joie d’ordre cosmique qui l’attend à l’avenir[116]. »

 

Le Rav Kook appelle à une approche plus holistique de la Torah, à une étude englobant l’ensemble de la Torah, cachée et révélée, au lieu de la diviser en éléments apparemment séparés. Son fils, le Rav Tzvi Yéhouda, insistera sans relâche sur ce point. À propos du verset des Psaumes, « La Torah de Hachem est parfaite ; elle restaure l’âme[117] », le Rav Tzvi Yéhouda expliquait que la Torah n’est complète que lorsqu’elle est étudiée dans toute sa plénitude[118].

 

On peut établir la comparaison avec un médecin. S’il n’étudie que les maladies sans acquérir une connaissance plus profonde de l’anatomie humaine dans son ensemble, il ne peut que prescrire des remèdes temporaires, susceptibles de soulager une irritation superficielle, mais ignorant la cause interne. Ce n’est que s’il comprend la chaîne complexe des réactions qui se produisent dans le corps qu’il pourra guérir effectivement la pathologie interne.

 

Plus on creuse une question en profondeur, plus on s’unit à la chose elle-même. Plus on connaît un être cher, plus on s’y attache.

 

De même, lorsqu’un scientifique creuse les mystères de la vie, au lieu de trouver un monde de forces, de substances et d’espèces séparées, il découvre un monde d’unité composé des mêmes molécules, atomes, matériels et codes génétiques fondamentaux. Au lieu d’une particularisation, il découvre une harmonie.

 

Ainsi également, plus une personne creuse dans les arcanes intimes de son être, plus elle se rattache à l’unicité unificatrice, à l’aspect universel de la Création, parce que l’âme profonde de toute la Création partage la même étincelle divine.

 

Inversement, plus une personne se tourne vers l’extériorité des choses, plus elle accorde de l’importance au monde matériel environnant : ses vêtements, sa voiture, son statut auprès de ses collègues et de ses pairs. Au lieu de vivre dans un monde d’unité, elle est immergée dans un monde de division et de compétition.

 

Le Zohar enseigne que la nation d’Israël et la Torah ne font qu’un[119]. Lorsqu’un Juif est relié aux secrets de la Torah, il est en relation avec son être profond et, au plus profond, avec l’âme de l’ensemble de la nation. Alors, dans les domaines les plus élevés des segoulot divines de la nation, il s’unit à l’âme profonde d’Eretz Israël qui est intrinsèquement liée à la vie et à l’âme du Clal. Il aspire à une vie nationale saine sous tous ses aspects. Il en arrive à comprendre que le culte le plus élevé et la sanctification du Nom se réalise par la vie de la nation d’Israël et non par les actions de l’individu juif[120]. Au lieu de mener une vie privée, il s’élève au niveau de la vie éternelle du Clal.

 

Cet attachement profond à la Torah, au Clal Israël et à l’aspiration à une vie nationale pleine et entière en Israël constitue l’idéal de la Torah. Telle est la Torah d’Eretz Israël, la Torah complète ; comme l’ont dit nos Sages : « Il n’est pas de Torah semblable à la Torah d’Eretz Israël[121]. »

 

Ainsi, lorsqu’une personne se coupe des secrets de la Torah, elle ne ressent aucun manque en vivant dans un pays étranger. Elle ne voit aucune différence entre les montagnes et vallées d’Israël et les montagnes et vallées d’Italie ou du Vermont. Son radar spirituel est brisé. Elle a perdu la faculté de reconnaître la qedoucha. Elle est incapable de ressentir de l’angoisse pour l’exil de la nation parce qu’elle ne se sent pas liée à l’ensemble de la nation.

 

Le sionisme, qu’il soit religieux ou laïc, n’est pas pour elle. Elle est satisfaite de l’endroit où elle se trouve.

 

Cet éloignement des aspirations les plus profondes de la nation est le « témoignage de la pauvreté de cette perspective desséchée » qui ne distingue que l’aspect révélé de la Torah. Un judaïsme qui nie les arcanes ésotériques de la Torah est un judaïsme desséché, sans vie, coupé de l’Esprit divin qui repose sur la nation. C’est le judaïsme qui mène aux ossements desséchés de la prophétie d’Ézéchiel. C’est un judaïsme satisfait de la galout, coupé de l’aspiration constante de la nation à la Délivrance.

 

Une grande tragédie survient lorsque nous faisons de la vie juive en exil l’objectif de notre existence. Dans l’introduction au Sidour Beit Yaacov, Rabbi Yaacov Emden écrit : « Lorsque, dans notre actuelle existence paisible hors du pays d’Israël, il nous semble avoir trouvé un autre Eretz Israël et une autre Jérusalem, c’est pour moi la cause principale, la plus profonde, la plus évidente et la plus directe de toutes les destructions terrifiantes, monstrueuses et inimaginables que nous avons connues dans la diaspora[122]. » Que la destruction se produise par des pogromes, la Shoah ou l’assimilation quotidienne, la tragédie est la même.

 

 

“לא שוללים אנחנו כל מין ציור והבנה המיוסד על ישרות ורגשי דעה ויראת שמשים באיזו צורה שהיא, רק את אותו הצד ששטה כזאת תחפוץ לשלול את הרזים ואת השפעתם הגדולה על רוח האומה, כי זהו אסון שאנו חייבים ללחום אתו, בעצה והתבונה, בקדושה ובגבורה.”

 

« Nous ne rejetons aucune forme de contemplation qui soit fondée sur l’honnêteté, sur la sensibilité de la pensée ou sur la crainte du Ciel, quelque forme qu’elle prenne ; nous ne rejetons que l’aspect spécifique de cette perspective qui cherche à nier les secrets de la Torah et leur grande influence sur l’esprit de la nation – car c’est une tragédie que nous avons l’obligation de combattre avec conseil et sagesse, avec sainteté et courage. »

 

Lorsqu’un Juif n’aspire pas à la Délivrance, un fondement de la Torah est perdu. Une telle attitude résulte d’une perspective superficielle du judaïsme rejetée par le Rav Kook. Il prend soin d’ajouter que tous les autres points de vue juifs se fondant sur un authentique service divin ont leur place légitime. Lorsqu’elles découlent d’une pure crainte du Ciel, toutes les disciplines de la Torah – le moussar, la philosophie, la ’hassidout, le pilpoul, la littérature, la prière, etc. – contribuent toutes de façon positive à l’ensemble. Ce n’est que la perspective particulière qui nie les secrets de la Torah et leur influence sur notre vie qu’il condamne. Un culte simple, rendu à Dieu peut être authentique, mais ce n’est pas tout. La Torah comprend non seulement des connaissances révélées, mais également des connaissances secrètes[123]. Une philosophie qui nie les enseignements ésotériques de la Torah et considère ceux qui les étudient comme s’ils ne possédaient pas du tout la Torah, constitue une déformation du judaïsme et doit être combattue. Il faut la combattre avec discernement, avec sagesse, avec qedoucha et avec courage. Le Rav Kook brandit l’étendard de la Délivrance en lançant un appel à un éclairage plus profond et plus courageux de la Torah qui vaincra les ténèbres de l’exil en ajoutant une lumière plus sainte.

 

 

 

Chapitre 2

 

 

RÉCAPITULATIF

 

 

 

 

  1. Une juste compréhension du lien entre le peuple juif et Eretz Israël provient de la connaissance des dimensions intérieures profondes de la Torah.
  2. Une personne qui ignore les secrets de la Torah demeurera coupée des niveaux les plus élevés de la Révélation divine.
  3. Quiconque ne comprend que le niveau superficiel de la Torah ne ressentira aucun manque en l’absence d’une patrie nationale juive, d’un royaume juif et de toutes les autres facettes de l’édification de la nation.
  4. En conséquence, l’aspiration à la Délivrance devient un aspect secondaire de sa vie et il est heureux en galout.
  5. Une perspective qui nie les secrets de la Torah et leur influence sur la nation constitue une déformation du judaïsme et une tragédie pour la nation ; elle doit être combattue avec sagesse, sainteté et courage.
  6. Ce n’est qu’en étudiant la Torah dans toutes ses dimensions et dans toute sa profondeur qu’un Juif peut découvrir sa nature véritable, son lien à Israël et à la vie supérieure du Clal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

הרב אברהם יצחק הכהן קוק

 

 

ארץ ישראל

 

ג*

 

 

יצירת עצמית ישראלית, במחשבה ובתקף החיים והמפעיל, אי אפשר לישראל אלא בארץ ישראל. לעומת זה, כל הנעשה מישראל  בארץ ישראל מתבטלת הצורה הכללית שבו לגבי הצורה העצמית המיוחדה של ישראל, וזהו אושר גדול לישראל ולעולם. החטאים שגורמים גלות הם הם שמדליחים את המעין העצמי והמקור מזיל הזלות טמאות, “את משכן ד’ טמא”. וכשהמקור העצמי המיוחד נשחת, מתעלה המקריות היסודית לאותו החלק העליון התמציתי, שיש לישראל בסגולת האדם, וזה נשאב דווקא בגלות, והארץ מתחרבת ומשתוממת וחרבנה מכפר עליה. המעין פוסק מלהזיל והוא מסתנן קמעא קמעא, והופעות של החיים והמחשבה יוצאות דרך הצינור הכללי, שהוא פזור בכל העולם כולו “כארבע רוחות השמיים פרשתי אתכם”, עד אשר ההזלות הטמאות הפרטיות מתפסקות וחוזר כוח המקום לטהרתו. ואז נמאסת הגלות לגמרי והרי היא מיותרת, והאורה הכללית חוזרת היא להיות נובעת מהמעין העצמי הפרטי בכל חילו, ואורו של משיח המקבץ נידחים מתחיל להופיע, וכל בכי תמרורים של רחל המבכה על בניה מתמתק על ידי שפעת תנחומים, של מנעי קולך מבכי ועיניך מדמעה, כי יש שכר לפעולתך, נאום ה’, ושבו מארץ אויב, ויש תקווה לאחריתך, נאום ה’, ושבו בנים לגבולם.” ויצירת החיים המיוחדים לכל מאורם וחטיביותם המיוחדת, רוויה בטל העשר הכללי של האדם הגדול בענקים, ברכת אברהם, חוזרת היא דווקא ע”י שיבה זו להתגלות. “והיה ברכה – בך חותמים”.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* Avis au lecteur : Le présent chapitre comportant des difficultés particulières, sa lecture peut être reportée à la fin de l’ouvrage.

LE RAV AVRAHAM YITZHAK HAKOHEN KOOK

 

ERETZ ISRAËL

Chapitre 3

[Traduction littérale]

 

 

Une création proprement israélienne, dans le domaine de la pensée et dans toute la force de la vie et de l’action, est impossible pour le peuple juif ailleurs qu’en Eretz Israël. En outre, tout ce qui est accompli par le peuple d’Israël en Eretz Israël, sa forme universelle se subordonne à sa forme spécifiquement israélienne[124], ce qui induit un grand bienfait pour Israël et pour le monde.

 

Les fautes qui sont à l’origine de l’exil sont précisément les fautes qui provoquent la pollution de notre source intérieure. En conséquence, cette source commence à produire des impuretés, « il souille la résidence de l’Éternel[125] ». Et, lorsque cette source spéciale, propre à Israël, est détruite, la spécificité fondamentale s’élève vers la partie réduite que le peuple juif a en partage avec les segoulot générales de toute l’humanité. Et c’est particulièrement établi en exil.

 

Le pays est désolé et détruit et sa destruction est son expiation. La source cesse de produire et s’épure lentement, lentement. Et la révélation de pensée et de la vie émanent de la voie générale répartie dans le monde entier « comme aux quatre vents du ciel je vous ai dispersés[126] » jusqu’à ce que cessent les écoulements profanés d’ordre individuel, et la source recouvre sa pureté dans toute sa force.

 

L’exil est alors l’objet d’une détestation absolue, parce qu’il est totalement superflu. Et la lumière générale recommence à émaner de la source autonome particularisée dans toute sa force. La lumière du Machia’h qui rassemble les proscrits, commence à apparaître. La voix de Rachel qui pleure amèrement, qui pleure pour ses enfants, est adoucie par un flot de consolation : « que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une compensation à tes efforts, dit l’Éternel, ils reviendront du pays de l’ennemi. Oui, il y a de l’espoir pour ton avenir, dit le Seigneur : tes enfants rentreront dans leur domaine[127]. »

 

Et la création de la vie particulière (d’Israël), avec toutes ses lumières et ses composantes uniques, est imprégnée de la riche rosée générale de « l’homme qui est le plus grand des géants[128]. » La bénédiction d’Abraham[129] réapparaît précisément par suite de ce retour à la source. « Et tu seras une bénédiction … avec toi, ils seront scellés[130]. »

 

 

 

 

 

 

Chapitre 3

 

LA BÉNÉDICTION D’ABRAHAM

 

 

 

Dans le premier chapitre du livre OROT du Rav Kook, nous avons appris qu’Eretz Israël est indissolublement relié à la nation d’Israël. La compréhension de cette unité profonde échappe à toute explication superficielle. Ce n’est que par le roua’h haqodech qui repose sur la nation et qui nous parvient grâce aux rabbins imprégnés des secrets de la Torah que nous pouvons appréhender ce lien intrinsèque profond.

 

Dans le deuxième chapitre, nous avons appris que l’ignorance des secrets de la Torah conduit à un détachement de la qedoucha d’Eretz Israël et de l’éminente vie divine du Clal. Un Juif qui ignore les profondeurs intérieures de la Torah ne ressentira aucun manque dans son existence dans la diaspora et il considèrera l’exil favorablement. L’aspiration à la Délivrance, un fondement de la foi juive, constituera pour lui une question extérieure, marginale, ne faisant pas partie de sa vie.

 

Dans le troisième chapitre, le Rav Kook présente une profonde explication ésotérique de l’exil. Contrairement aux perspectives qui mettent l’accent sur la construction d’une vie juive en galout, ce chapitre explique que l’exil n’est pas un objectif premier du peuple juif, mais plutôt la cessation de la bénédiction unique qu’Israël apporte au monde et seulement une phase dans le rétablissement de la nation en Israël – sous sa forme internationale idéale.

 

L’interprétation du Rav Kook se fonde sur une vue d’ensemble historique du développement du peuple juif, depuis notre première nation en Israël jusqu’au retour de la souveraineté nationale en Eretz Israël, en passant par notre longue galout. À nouveau, le Rav Kook explique les erreurs et les déformations qui surgissent lorsqu’on nie la dimension ésotérique de la Torah. Ceux qui adoptent ces points de vue présentent l’exil d’Israël sous un jour favorable, soutenant que c’est précisément en exil qu’Israël est une lumière pour le monde du fait de la propagation de ses valeurs morales et spirituels au sein des nations[131].

 

Une exploration en profondeur révèle que l’exil n’a pas pour finalité première de permettre au peuple juif d’exercer une influence sur le monde lorsqu’il est dispersé parmi les nations, mais de lui permettre d’entreprendre la transformation dont il a besoin pour reconstruire sa vie en Israël. La valeur de l’exil ne se trouve pas dans l’exil, mais dans ce que nous retirons de l’expérience de l’exil pour enrichir et raviver notre vie lorsque nous retournerons dans notre patrie nationale.

 

Certes, pendant notre exil de notre pays, nous contribuons grandement à la culture et à l’histoire du monde, mais notre influence la plus authentique, la plus instructive s’exerce sur le monde non pas lorsque nous sommes dispersés dans la galout et privés de souveraineté, mais lorsque nous recouvrons notre statut national conféré par Dieu en Israël – « Car c’est de Sion que sort la Torah et de Jérusalem la parole de Hachem[132]. » On peut se demander en quoi le peuple juif peut apporter davantage de contributions que toutes celles qu’il a déjà apportées dans tous les domaines. Mais, lorsque la nation d’Israël reconstruite atteint son zénith avec le Machi’ah, le renouveau de la prophétie et le Beit haMiqdach réédifié sur le Har haBayit, le monde entier entre dans une nouvelle phase d’existence – un monde d’harmonie et de paix internationales, d’abondance matérielle et de sainteté qui se propagent dans tous les aspects de la vie[133].

 

Les nombreux thèmes ésotériques de ce chapitre nécessitent des explications. Une lecture superficielle ne permettra pas de révéler la profondeur de la pensée du Rav Kook. Les concepts nouveaux et difficiles qu’il exprime souvent dans un style abstrait et poétique, peuvent heurter le nouvel arrivant dans le monde du Rav Kook. Afin de frayer une voie menant à la compréhension, nous présenterons tout d’abord une brève vue d’ensemble du chapitre, avant d’en creuser les thèmes.

 

Le Rav Kook écrit que la créativité unique en son genre d’Israël – la capacité à insuffler de la qedoucha dans tous les aspects de la vie[134] – n’est possible qu’en Eretz Israël. Cependant, lorsque les fautes de la nation nous conduisent en galout, la source de la créativité d’Israël devient souillée. La source d’inspiration de notre sainteté nationale se tarit, pour être remplacée, lors de notre descente dans la galout par l’inspiration divine plus générale qui influence le monde entier. Durant toutes les générations de l’exil, le Pays d’Israël demeure à l’abandon et sa destruction est son expiation. Entre temps, le peuple juif dispersé assimile les meilleurs éléments de la culture mondiale. Lorsque le cycle d’expiation est achevé, la source d’Israël, unique, est purifiée. L’exil n’a plus de raison d’être et la nation bannie peut revenir à ses dons propres, désormais dotée d’un aspect plus international qui facilite sa tâche : constituer une lumière pour toutes les nations du monde[135].

 

Le Rav Kook commence par affirmer que les dons et la culture d’Israël ne peuvent s’exprimer qu’en Eretz Israël.

 

 

“יצירת עצמית ישראלית, במחשבה ובתקף החיים והמפעיל, אי אפשר לישראל אלא בארץ ישראל.”

 

« Une création proprement israélienne, dans le domaine de la pensée et dans toute la force de la vie et de l’action, est impossible pour le peuple juif si ce n’est en Eretz Israël. »

 

Du fait du lien intrinsèque existant entre l’âme de la nation d’Israël et l’âme du Pays d’Israël, une création proprement israélienne dans le domaine de la pensée et de l’action n’est possible qu’en Eretz Israël. Ce qui signifie que seul le Pays d’Israël peut offrir l’environnement adéquat pour le développement de la culture israélienne. Le terme « israélien » est pris ici au sens de Clal Israël comme un tout. Le Rav Kook explique qu’un Juif ne peut mener la véritable vie du Clal Israël qu’en Eretz Israël.

 

Qu’est donc cette culture israélienne unique ? Une vie qui unit la pensée à l’action dans toute sa puissance. Une vie qui unit le spirituel (la pensée) et le matériel (l’action) en une parfaite harmonie terrestre. Cette combinaison de la sainteté spirituelle et matérielle dans la vie de la nation est une création exclusivement propre à Israël[136]. Nous sommes la seule nation sainte de la terre[137]. La Chekhina ne réside qu’en Israël[138]. L’unification de l’Idéal divin et de l’existence terrestre est une création spécifiquement israélienne. Notre qedoucha n’est pas une philosophie abstraite, ni la sainteté individuelle de tel ou tel saint. Notre qedoucha est une qedoucha nationale, une sainteté nationale qui sanctifie chaque aspect de la vie, qu’il s’agisse de la sagesse de nos textes saints, de nos lois agricoles ou du pilotage d’un avion de l’armée de l’air israélienne. Au lieu de reléguer Dieu au niveau d’un être céleste abstrait, nous révélons Sa Loi divine sur la terre. « En effet, quel est le peuple assez grand pour avoir des divinités accessibles, comme l’Éternel, notre Dieu, l’est pour nous toutes les fois que nous l’invoquons[139] ? »

 

Ailleurs dans OROT, le Rav Kook écrit : « La révélation de l’unité entre le monde éthique, spirituel et intellectuel d’une part et le monde matériel, pratique, technologique et sociologique s’exprime dans le monde par la nation d’Israël. Et la segoula d’Eretz Israël est ce qui entraîne cette unité dans le monde[140]… »

 

La création d’Israël, unique en son genre, la sanctification de toute l’existence terrestre, est une leçon qui ne vient que du Pays d’Israël. Nous avons vu que certaines perspectives soutiennent précisément le contraire. Elles attirent l’attention sur les célèbres communautés et ghettos d’Europe où les Juifs menaient une vie juive hermétiquement étanche et produisaient une culture juive florissante. Comme ces perspectives ne tiennent pas compte des profondeurs intimes de la Torah, elles prennent l’existence en galout pour une authentique vie israélienne. Elles prennent un judaïsme centré sur l’individu pour la contribution bien plus vaste et la bénédiction du Clal. Elles prennent les journaux juifs et les boulangeries juives pour une authentique culture d’Israël laquelle se déploie non pas dans un ghetto, mais dans un paysage saint de montagnes, de vallées, de déserts et de lacs. Lorsque nous vivons dans le lieu qui est le nôtre, c’est l’hébreu qui est parlé et non l’anglais, le français ou même le yiddish. Et Jérusalem, la cité de Dieu, est au centre de la culture israélienne. Le gouvernement est juif, le calendrier est juif, les soldats sont juifs, eux aussi. La psychologie nationale elle-même est totalement différente. En Israël, un Juif peut se sentir fier. Il peut se sentir fort. Si un ennemi menace, il dispose de moyens de défense. En Israël, le Juif stéréotypé de galout s’est transformé en un pionnier construisant la Terre de la Promesse.

 

 

 

 

“לעומת זה כל הנעשה מישראל  בארץ ישראל מתבטלת הצורה הכללית שבו לגבי הצורה העצמית המיוחדה של ישראל, וזהו אושר גדול לישראל ולעולם”.

 

« En outre, tout ce qui est fait par le peuple d’Israël en Eretz Israël, sa forme universelle se subordonne à sa forme spécifiquement israélienne, ce qui induit un grand bienfait pour Israël et pour le monde. »

 

Le Rav Kook nous donne un aperçu des arcanes du peuple juif qui est à la fois difficile à pénétrer et à expliquer. Le peuple juif partage avec le reste du monde une forme générale, universelle d’humanité. L’humanité tout entière est « à l’image de Dieu », tselem elokim[141]. Dans le Pays d’Israël, cependant, l’aspect universel que nous partageons avec les Gentils est subordonné à notre nature et à notre forme israélienne spécifique. En Israël, nous sommes plus authentiquement nous-mêmes : les Enfants d’Israël, les Bné Israël.

 

Il y a donc deux aspects dans la nation juive : l’aspect Am Israël, notre élection, notre qedoucha, notre segoula divine qui est exclusivement israélienne et nous distingue du reste du monde ; et un aspect plus général, une dimension universelle qui est le lot de toute l’humanité.

 

En Eretz Israël, notre forme humaine générale revêt le caractère national saint d’Israël[142]. Nous sommes « un royaume de Cohanim et une nation sainte[143] ». Toute la vie de la nation, aussi bien matérielle que spirituelle, est imprégnée de sainteté divine. Par l’exemple national que nous donnons en Israël, le monde apprend que la sainteté doit inspirer l’existence sous tous ses aspects. Même aujourd’hui, au début de notre Délivrance, alors que notre vie matérielle en Israël semble pour une grande part essentiellement laïque, en son cœur, on trouva la mitsvah d’habiter dans le pays qui équivaut à tous les commandements de la Torah[144]. En outre, notre retour miraculeux à un statut étatique en Israël, en accomplissement de la prophétie biblique est une sanctification sans pareil du Nom[145], qui témoigne de Son règne dans les mondes aussi bien spirituels que matériels.

 

Coupés d’Eretz Israël, le Juif perd son lien de sainteté avec le monde matériel. Un matérialisme grossier prend la place de notre qedoucha naturelle. Le judaïsme devient une force spirituelle abstraite sans composante terrestre. L’unité entre le spirituel et le matériel est perdue. La Chekhina est coupée du monde. Le Dieu que nous sommes censés révéler se cache en exil.

 

Avec la perte de notre statut de nation, le judaïsme se réduit à une religion[146], et n’est plus une structure nationale sainte et un mode de vie nationale. Et, comme notre structure nationale sainte fait défaut, et que notre inspiration israélienne particulière est perdue, les Juifs doivent soit chercher refuge dans un monde purement spirituel, soit se mettre en quête effrénée du matériel, sans aucun lien salubre entre les deux. Ainsi, dans la galout, nous devenons soit le stéréotype du Juif religieux, soit le surdoué laïc qui s’évertue à imiter les Gentils dans leur style et leurs manières. Le Juif de diaspora vit immergé dans une culture des Gentils, environné par des valeurs et des modes de vies étrangers – dans les livres qu’il lit, la télévision qu’il regarde, les vedettes du sport qu’il acclame et les candidats pour lesquels il vote. S’il est religieux, le Chabatt et la cacherout établissent un mur de séparation, mais dès la fin du Chabatt, le bombardement culturel continue.

 

On peut s’interroger : si ce lien entre le peuple juif et Eretz Israël est si magique et si saint, pourquoi chaque Juif en Israël n’est-il pas un tsadiq ? Pourquoi le centre Dizengoff s’acharne-t-il à imiter Beverly Hills ? Pourquoi assiste-t-on à une telle yérida ?

 

En revenant en Israël au terme de près de 2 000 ans d’absence, nous devons récupérer après le traumatisme spirituel et physique que nous avons subi dans la galout. Les influences malsaines des cultures des Gentils qui nous environnaient dans les pays étrangers ont terni notre pureté. Cette pollution s’est infiltrée dans chaque facette de notre existence dans la diaspora, y compris dans les communautés de Torah les plus exemplaires[147]. Alors que les nations du monde peuvent apporter une contribution culturelle, scientifique et technique non négligeable à l’humanité, leurs mondes spirituels sont faux et impurs, viciés par un culte idolâtre et des doctrines immorales[148]. S’il y a beaucoup de bien dans l’image universelle de l’homme, il y a aussi beaucoup de mal. Ni les murs du ghetto, ni la stricte adhésion à la Torah ne purent protéger contre cette pollution omniprésente. Le rétablissement après la galout est un processus de réhabilitation, un processus de purification spirituelle en profondeur qui peut prendre plusieurs générations. Ce n’est qu’à la fin de la guérison que notre corps et notre âme sont prêts à revenir à notre vie idéale saine. C’est la lente purification spirituelle que décrit le prophète Ézéchiel :

 

« Et Je vous retirerai d’entre les nations, je vous rassemblerai de tous les pays et vous ramènerai sur votre sol. Et J’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs ; de toutes vos souillures et de toutes vos abominations, Je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau et Je vous inspirerai un esprit nouveau ; J’enlèverai le cœur de pierre de votre sein et Je vous donnerai un cœur de chair[149]… »

 

Ce n’est qu’après cette longue récupération spirituelle que nous serons prêts à reprendre notre vie sainte unique, conformément à la suite de la prophétie :

 

« Je mettrai en vous mon esprit et je ferai en sorte que vous suiviez mes statuts et que vous observiez et pratiquiez mes lois. Vous demeurerez dans le pays que J’ai donné à vos pères, vous serez pour Moi un peuple et Moi, Je serai pour vous un Dieu[150]. »

 

Aujourd’hui, en Israël, bien que nous n’ayons pas encore reconnu notre véritable vocation nationale, le processus d’éducation et de guérison a commencé. Le temps viendra où les champions de notre construction profane et matérielle entendront un appel plus spirituel ; et simultanément, tous les religieux viendront voir la grande qedoucha de l’édification matérielle de la nation. Par cette union sainte, une grande bénédiction et une guérison viendront sur le monde.

 

 

“החטאים שגורמים גלות הם הם שמדליחים את המעין העצמי, והמקור מזיל הזלות טמאות, “את משכן ד טמא”.”

 

« Les fautes qui sont à l’origine de l’exil sont précisément les fautes qui provoquent la pollution de notre source intérieure. En conséquence, cette source commence à produire des impuretés, “il souille la résidence de l’Éternel”. »

 

Le Rav Kook commence alors à décrire le mécanisme secret qui conduit la nation d’Israël en exil puis vers la Délivrance. Il décrit de façon métaphorique ce qui arrive lorsque le peuple juif commet des fautes qui ne peuvent être expiées que par la galout. La Guemara rapporte que le premier Temple fut détruit à cause de trois fautes : l’idolâtrie, le meurtre et l’adultère. Le deuxième Temple fut détruit par le lachon hara et la haine gratuite entre les Juifs[151]. Lorsque ces fautes polluent notre source intérieure d’inspiration divine et de sainteté, cette source commence à émettre des émanations impures.

 

Le livre des Lamentations compare cette profanation à l’impureté de nidah[152]. Ce n’est que lorsque le flux menstruel d’une femme cesse que le processus commence à la rétablir dans sa pureté naturelle. Ce cycle est commun à la source propre à Israël de l’essai du Rav Kook. Cette source est la fontaine de la pure création israélienne, dans la pensée, dans la vie et dans l’action. Lorsque le peuple juif succombe et commet des fautes méritant l’exil, l’Esprit de sainteté continue à affluer, mais au lieu d’inspirer le peuple juif par la sainteté qui diffuse la qedoucha dans chaque aspect de notre vie, il commence à nous influencer de façon négative qui nous rend capables de profaner même notre trésor le plus saint, le Sanctuaire de Dieu.

 

“וכשהמקור העצמי המיוחד נשחת, מתעלה המקריות היסודית לאותו החלק העליון התמציתי, שיש לישראל בסגולת האדם, וזה נשאב דווקא בגלות”

 

« Et, lorsque cette source spéciale, propre à Israël, est détruite, la spécificité  fondamentale s’élève vers la partie contractée que le peuple juif a en partage avec les segoulot générales de toute l’humanité. Et c’est particulièrement établi en exil. »

 

La source de l’inspiration israélienne possède sa propre valve de sécurité. Lorsque les émanations polluées atteignent un niveau susceptible d’être mortel et que la source israélienne est détruite, la valve coupe automatiquement son flot. Lorsque cette crise se produit et que la nation est exilée de son pays, la spécificité israélienne du Clal Israël qui nous distingue du reste du monde s’estompe. L’inspiration divine qui caractérisait la nation s’élève désormais et diffuse son courant à la sphère universelle qui influence l’humanité tout entière. Israël perd sa créativité propre et participe à l’inspiration générale qui anime le monde entier. Nous verrons dans le chapitre 6 que le roua’h haqodech apparaît encore[153], même en galout, chez les tsadiqim passionnément attachés à Eretz Israël, le roua’h haqodech général qui englobe la nation en Israël étant perdu. En galout, l’unité entre la pensée et l’action caractéristique de la sainteté, entre le monde spirituel et le monde matériel a volé en éclats et nous rejoignons « l’image de Dieu » générale de toute l’humanité. Notre identité en tant que Clal divin est oubliée dans l’obsession du genre humain pour l’individu.

 

En perdant Eretz Israël, nous perdons notre relation à la terre. Notre nation sainte n’existe plus. La Torah devient un simple code religieux prescrit au peuple juif. Certes, elle contient toujours des vérités morales universelles, mais son contenu devient une abstraction coupée d’une base terrestre, à l’instar d’autres philosophies éthiques. L’Idée divine dans le monde devient quelque chose de spirituel, coupée de l’expression matérielle concrète que procure notre nation en Israël. C’est comme si Dieu et la Chekhina étaient montés au ciel, abandonnant l’humanité[154], et permettant à de fausses religions corrompues par le culte des idoles de prendre la place d’Israël sur la scène de l’histoire mondiale.

 

Que se passe-t-il en fait lorsque la fontaine d’inspiration s’élève depuis la source israélienne vers « la partie contractée au-dessus » ? En exil, la créativité unique du Clal Israël est subordonnée aux forces générales motivationnelles du genre humain tout entier. Au lieu de la connaissance divine que l’humanité reçoit lorsque Am Israël se trouve en Israël, elle reçoit l’inspiration éclectique de plusieurs directions aléatoires. L’inspiration n’a plus le caractère israélien unique de la sanctification de la vie tant spirituelle que matérielle. À la place, une impulsion générale originale apparaît dans le monde à différentes époques et en différents lieux dans l’histoire. Elle peut tomber sur la terre de France et produire un tableau de Picasso, ou en Russie et produire un roman de Tolstoï. En Angleterre, elle peut inspirer un Shakespeare et en Amérique, un vol sur la lune. L’inspiration destinée, dans l’idéal, à révéler la connaissance de Dieu dans le monde est déconnectée de son transmetteur saint et dérivée vers d’autres voies. Si elle atteint George Washington, la constitution américaine voit le jour. S’il elle touche Karl Marx, le communisme s’empare de la Russie. Les inspirations originales, les mouvements politiques et les soulèvements sociaux dans l’histoire mondiale dérivent de l’écoulement déplacé de la source israélienne lorsque le Clal Israël est en exil.

 

Ce déplacement d’inspiration de la voie prophétique vers des longueurs d’onde dépourvues de sainteté a également d’importantes implications spirituelles. Lorsque le Am Israël est en galout, Dieu Se cache, et Sa lumière cesse d’apparaître dans toute son intensité. La Chekhina qui brille sur Jérusalem se retire du monde et part en exil. Israël et le judaïsme sont disgraciés[155]. D’autres religions se dressent pour s’emparer de la gloire d’Israël[156]. Les fausses doctrines qu’elles répandent emprisonnent la vraie lumière d’Israël dans l’obscurité. Le prophète Ézéchiel décrit le terrible ’Hiloul Hachem qui en résulte :

 

« Mais, arrivés chez les nations où ils devaient venir, ils ont déconsidéré mon saint Nom par ce fait qu’on disait d’eux : “Ces gens sont le peuple de l’Éternel, et c’est de Son pays qu’ils sont sortis[157]” ! »

 

Lorsque les Juifs sont en exil, le judaïsme et la Torah sont méprisés. Le « Peuple élu » devient une victime persécutée, humiliée, méprisée par toutes les nations. Le Nom divin est profané. Aux yeux des Gentils, le Dieu d’Israël autrefois puissant n’a plus eu la force de sauvegarder Son peuple sur Sa terre[158].

 

La grande lumière de Dieu qui jaillit de Sion lorsque le royaume d’Israël est souverain sur sa terre, menant une vie remplie de Torah, est temporairement éteinte durant l’exil de la nation. Les mitsvot qui confèrent une vie divine à la nation en Israël, n’ont plus désormais qu’une valeur éducative – la forme extérieure sans le contenu intérieur[159]. La grande lumière de la Torah s’estompe, subordonnée au code moral des Gentils. Au lieu d’accepter la Torah comme la vérité divine une, le monde considère le judaïsme comme un code archaïque primitif, limité aux humbles Juifs et à leur anti-culture subversive.

 

Lorsque les fautes contaminent notre source nationale, la nation doit être démantelée et nous sommes rejetés de notre pays jusqu’à ce que la source puisse être purifiée. Durant ce processus de 2 000 ans, la véritable création d’Israël cesse ; la prophétie et la Parole de Dieu demeurent silencieuses, reléguées dans l’histoire et enfouies dans les livres. Nous rencontrons la segoula universelle de l’homme et nous nous mêlons aux nations, recueillant les éléments les plus positifs, les étincelles de l’Inspiration divine dispersées dans le monde entier[160]. Les meilleures de ces inspirations, qu’elles suscitent l’excellence en littérature, médecine, science, politique, affaires ou guerre, sont « élevées »  et incorporées à notre trésor national. Nous les rangeons dans notre mémoire socio-politico-culturelle jusqu’à ce que nous puissions nous échapper de la galout pour reconstruire notre propre nation dans notre pays.

 

Entre temps, Eretz Israël demeure dans la ruine, en expiation des fautes qui ont pollué le pays. Du fait de l’accord intrinsèque entre le pays d’Israël et le peuple juif, lorsque le pays parvient à son expiation, la source israélienne est lentement purifiée. Cette purification facilite le retour de l’Inspiration divine de sa retraite dans les nations dans son lieu légitime avec le peuple juif en Eretz Israël.

 

 

 

 

“והארץ מתחרבת ומשתוממת וחרבנה מכפר עליה. המעין פוסק מלהזיל והוא מסתנן קמעא קמעא, והופעות של החיים והמחשבה יוצאות דרך הצינור הכללי, שהוא פזור בכל העולם כולו “כארבע רוחות השמיים פרשתי אתכם”, עד אשר ההזלות הטמאות הפרטיות מתפסקות וחוזר כוח המקום לטהרתו.”

 

 

« Le pays est désolé et détruit et sa destruction est son expiation. La source cesse de produire et s’épure lentement, lentement. Et la révélation de pensée et de la vie émanent de la voie générale répartie dans le monde entier “comme aux quatre vents du ciel je vous ai dispersés[161]” jusqu’à ce que cessent les écoulements profanés d’ordre individuel, et la source recouvre sa pureté dans toute sa force. »

 

 

Avant que le peuple juif puisse revenir en Israël, le pays doit être purifié des fautes qui ont causé l’exil. Il demeure désolé et en friche. Les nations conquérantes vont et viennent, mais personne ne parvient à cultiver ce sol autrefois fertile. Aucune autre nation n’est capable de vivre ici. La terre demeure stérile, s’opposant à toute mise en valeur, refusant de révéler sa munificence à des étrangers. Enfouie dans la malédiction qui pèse sur la terre, se cache une bénédiction pour ses enfants. Elle conserve ses trésors pour l’avenir, lorsque ses bien-aimés reviendront[162]. Enfin, après une hibernation de près de 2 000 ans, les déserts et les marécages s’éveillent à la vie et fleurissent avec l’aliyah des Juifs.

 

Le Rav Kook décrit le long processus d’expiation exactement dans les mêmes termes que le Talmud de Jérusalem utilise pour décrire la Délivrance d’Israël, קמעא קמעא, lentement, lentement, comme le début de l’aube[163]. L’exil n’est pas une fin en soi, mais un long processus correctif destiné à faciliter une reconstruction intérieure. Une fois la source d’Israël purifiée, l’exil n’a plus de raison d’être. Lentement, tandis que la nostalgie d’Israël s’intensifie, l’Inspiration divine revient au peuple juif. Il suffit de lire la lettre qu’écrivit le Gaon de Vilna à sa famille au moment de son départ pour la Terre sainte pour ressentir l’intensité de son amour pour Eretz Israël.

 

« Je vous supplie de ne pas vous attrister et de ne pas vous inquiéter, car voici qu’il y a des gens qui voyagent pendant de nombreuses années pour gagner leur vie, laissant leurs femmes derrière eux, et ils errent sans but et sans moyens, alors que moi, Dieu en soit loué, je me rends dans la Terre de la sainteté que chacun aspire à voir, la joie de tout Israël et la joie de Hachem, puisse-t-Il être loué… et je pars en paix, bien que vous sachiez que je laisse derrière moi mes enfants chéris et mes livres bien-aimés[164]… »

 

Lorsqu’un tsadiq aussi éminent que le Gaon, le « fondement du monde[165] », envoie ses élèves s’installer dans la Terre de la Promesse, la diaspora tout entière en est affectée. Les rabbins Guttmacher et Mohilever suivent, et leur mouvement sioniste religieux, les ’Hovévei Tsion, prônent une cause que les sionistes laïques devaient ultérieurement adopter. Des sentiments sains comme le nationalisme s’éveillant dans la nation, la galout devient l’objet de mépris. Une patrie nous attend. L’exil n’est plus nécessaire.

 

“ואז נמאסת הגלות לגמרי והרי היא מיותרת, והאורה הכללית חוזרת היא להיות נובעת מהמעין העצמי הפרטי בכל חילו, ואורו של משיח המקבץ נידחים מתחיל להופיע, וכל בכי תמרורים של רחל המבכה על בניה מתמתק על ידי שפעת תנחומים, של מנעי קולך מבכי ועיניך מדמעה, כי יש שכר לפעולתך, נאום ה, ושבו מארץ אויב, ויש תקווה לאחריתך, נאום ה, ושבו בנים לגבולם.”

 

« L’exil est alors l’objet d’une détestation absolue, parce qu’il est totalement superflu. Et la lumière générale recommence à émaner de la source autonome particularisée dans toute sa force. Et la lumière du Machia’h qui rassemble les proscrits, commence à apparaître. Et la voix de Rachel qui pleure amèrement, qui pleure pour ses enfants, est adoucie par un flot de consolation : “que ta voix cesse de gémir et tes yeux de pleurer, car il y aura une compensation à tes efforts, dit l’Éternel, ils reviendront du pays de l’ennemi. Oui, il y a de l’espoir pour ton avenir, dit le Seigneur : tes enfants rentreront dans leur domaine”. »

 

Le processus de la Délivrance de la galout et le retour des exilés dispersés dans le monde en Eretz Israël se réalise en même temps que l’expiation du pays. Il se déroule lentement, de façon naturelle, historique, englobant à la fois le monde spirituel et le monde matériel afin que l’humanité reconnaisse à nouveau que Dieu est l’agent moteur premier de l’histoire, le Maître des cieux et de la terre. Une Délivrance qui évolue sans miracles manifestes, de façon progressive, pas à pas, dans un contexte de guerres, de révolutions, de dépressions économiques, de Shoah, de mouvements politiques, de bravoure et d’abnégation des soldats israéliens, tout cela enseigne que le Dieu d’Israël règne non seulement sur le monde spirituel, mais également sur le monde matériel.

 

Naturellement, nous ne nous sentons pas prêts d’emblée à rentrer chez nous. Les âmes s’éveillent peu à peu à cette nostalgie, mais, tandis que notre source polluée recouvre la santé, notre inspiration exilée commence en même temps à rentrer à la maison. Progressivement, les Juifs en galout recherche un judaïsme plus grand. Comme un aimant, un Clal Israël qui s’éveille commence à faire participer ses âmes errantes. Les Juifs commencent à aspirer à une vie nationale au-delà des murailles du ghetto. Certains s’assimilent au sein des nations, mais d’autres, entendant une profonde nostalgie, aspirent ardemment à un pays juif bien à eux. Le sionisme, qui s’est d’abord éveillé dans les cœurs de prestigieux rabbins, commence à se répandre dans la nation. Le fait que le peuple juif soit à nouveau capable de penser à Israël, de s’y installer et de comprendre la nécessité intrinsèque d’un État juif, montre que la dynamique d’inspiration n’émane plus de façon informe au sein des nations. Le peuple juif s’est éveillé. Il en est arrivé à connaître un puissant besoin de rechercher sa propre voie. Telle est la motivation profonde du mouvement sioniste qui fondamentalement est une intense aspiration spirituelle à notre source israélienne propre, au Clal Israël, à une relation au Dieu d’Israël, à un retour total à notre Source[166]. Les rabbins initiés aux secrets de la Torah sont conscients des véritables origines de cette aspiration. Le sionisme, par-delà sa surface, repose sur des bases éminemment spirituelles, que les sionistes laïcs en soient conscients ou non. Bien qu’ils se tournent vers Israël pour des raisons en apparence extérieures, ce sont les profondes aspirations spirituelles prenant vie dans l’âme collective de la nation qui motivent également leurs actions.

 

Lentement, le peuple juif commence à ressentir l’exil comme quelque chose d’étranger et de périmé. Au cours de notre errance, nous avons recueilli tout ce dont nous avions besoin. De vaillantes âmes juives, inspirées par la ferveur nationale, proclament que nous pouvons vivre en tant que nation indépendante. Un esprit de courage et d’abnégation pour la nation se développe. Nous réclamons notre propre pays que nous commençons à peupler. Nous devenons des combattants. Lentement, nous nous débarrassons de cette passivité impuissante qui paralysait notre vie dans la galout. Miraculeusement, au bout de 2000 ans de destruction, le pays commence à produire ses fruits. Le moment de la Délivrance est arrivé.  « Et la lumière du Machia’h qui rassemble les bannis commence à apparaître[167]. »

 

On trouve dans la Guemara[168] une discussion sur la Délivrance d’Israël. Le signe le plus certain que le moment est arrivé est mentionné dans un verset du livre d’Ézéchiel : « Et vous, montagnes d’Israël, vous donnerez votre frondaison et vous porterez votre fruit pour mon peuple d’Israël, car ils sont près de revenir[169]. »

 

Rachi explique : « Lorsque Eretz Israël donne ses fruits, la fin de l’exil est proche et il n’est pas de signe plus sûr de l’ultime fin [de l’exil] que celui-ci[170]. »

 

La renaissance du pays et le rassemblement des exilés décrits par la Guemara sont deux phénomènes dont nous avons été témoins à notre époque. Ces signes de la Délivrance annoncent le temps du Machia’h qui est un processus progressif. Le repeuplement d’Israël à notre époque fait partie intégrante de cette époque messianique qui commence avant même son arrivée[171]. Le Rav Kook qualifie cette étape de « lumière du Machia’h. » Elle indique non seulement le temps de la Délivrance mais également la fin de la galout.

 

La fin de l’exil est mentionnée dans la prophétie de Jérémie concernant les pleurs de Rachel : « ils reviendront du pays de l’ennemi. Oui, il y a de l’espoir pour ton avenir, dit le Seigneur : tes enfants rentreront dans leur domaine[172]. »

 

Les patriarches et les matriarches du peuple juif sont tous enterrés à Hébron à l’exception de Rachel. La Torah décrit sa mort au moment du retour de Jacob en Eretz Israël et son inhumation sur la route d’Efrat, à Bethléem[173]. Rachi explique que, sur ordre divin, Jacob l’enterra en bordure de la route de Hébron[174]. Là, Rachel put venir en aide à ses enfants lorsque Nébuzaradan, le général en chef de Nabuchodonosor, emmena les Juifs en captivité. À leur passage devant sa tombe, Rachel pleura, implorant la pitié de Dieu. Durant tout l’exil, Rachel continua à prier Dieu qu’Il ramène les Juifs dans leurs frontières.

 

 

“ויצירת החיים המיוחדים לכל מאורם וחטיביותם המיוחדת, רוויה בטל העשר הכללי של האדם הגדול בענקים, ברכת אברהם, חוזרת היא דווקא ע”י שיבה זו להתגלות. “והיה ברכה בך חותמים”.”

 

« Et la création de la vie particulière (d’Israël), avec toutes ses lumières et ses composantes uniques, est imprégnée de la riche rosée générale de “l’homme qui est le plus grand des géants.” La bénédiction d’Abraham réapparaît précisément par suite de ce retour à la source. “Et tu seras une bénédiction … avec toi, ils seront scellés”. »

 

 

À propos de « l’homme qui est le plus grand des géants », le Rav Kook se réfère à un verset du livre de Josué mentionnant Abraham[175]. Abraham, le premier des patriarches, représente l’aspect international du judaïsme. Il se rendit d’Our Casdim à Haran, puis en Israël et en Égypte avant de revenir dans le Pays d’Israël, proclamant la royauté de Dieu. Son nom d’origine, Avram, fut changé en Avraham qui signifie « père d’une multitude de nations[176] », conformément à son rôle international. Lorsqu’un Gentil souhaite se convertir au judaïsme, Abraham devient son parrain[177]. De tous les patriarches, il est le plus universel, représentant un judaïsme qui répand sa lumière dans le monde entier.

 

Par l’expression « la rosée d’Abraham », le Rav Kook évoque métaphoriquement le caractère international de notre retour en Israël. C’est la rosée, les étincelles réunies, la qedoucha exilée que nous avons recueillies au contact du monde. Lorsque nous revenons en Israël, notre inspiration nationale israélienne propre comprend désormais les meilleurs éléments de l’inspiration du monde. Dotés de nouveaux pouvoirs, nous sommes maintenant prêt à tout sanctifier sur la terre en révélant que Hachem est le maître suprême. L’esprit d’Abraham, le père du Clal Israël, « le plus grand des géants45 », revient pour faire d’Israël une lumière dans le monde.

 

Ayant recueilli l’Inspiration divine dispersée à travers le monde, nous revenons à notre source purifiée avec un autre trésor, très semblable aux richesses que les Enfants d’Israël avaient pris aux Égyptiens, la veille de leur exode de Mitsraïm[178]. Quels sont ces trésors ? Quel est ce nouvel aspect international ? Nous revenons en Israël avec une encyclopédie de connaissances. La diaspora a été une longue université, une école de coups durs ; cependant tout en prenant des coups, nous arrivons chez nous avec des diplômes dans toutes les disciplines du monde. Nous sommes écrivains, artistes, médecins, avocats, scientifiques et ingénieurs. Nous sommes socialistes et communistes, capitalistes et démocrates. Certains d’entre nous ont appris à constituer des gouvernements, d’autres à les faire tomber. Nous avons été des conseillers des présidents et des rois. Nous sommes des experts de la banque et des échanges financiers internationaux. Des armées étrangères nous ont appris à faire la guerre et nous sommes les inventeurs des bombes atomiques. Notre connaissance de chaque langue et de chaque culture nous prépare à être le véritable centre international du monde. Nous revenons en Israël plus complets, prêts à transformer notre minuscule pays en une source d’inspiration pour toute l’humanité. Notre bénédiction divine est maintenant magnifiée, illuminant tous les aspects de notre vie.

 

Il se produira également un grand changement de notre nature spirituelle. La Torah ne se réduit plus, comme dans la galout, aux « quatre coudées de la halakha[179] ». En revenant en Israël, nous apportons à toute chose une nouvelle lumière divine : à l’agriculture, à l’économie, à la science, au gouvernement, aux relations internationales et à la guerre. La nation d’Israël revient dans son pays et « une nouvelle lumière rayonne sur Sion[180] »

 

D’aucuns pensent que, pour protéger sa sainteté, Israël devrait mener une existence séparée, isolée des autres nations. Ils citent le verset de la Torah : « ce peuple, il vit solitaire, il ne se confondra point avec les nations[181]. » Cela ne signifie pas qu’Israël doive vivre coupé de la communauté des nations. Au contraire, le Kouzari enseigne qu’Israël est le cœur des nations[182]. Si notre culture juive unique doit être préservée de la pollution étrangère, notre vocation est, par nature, internationale[183]. À l’instar du cœur dans l’homme, nous avons notre place, distincte certes, mais non coupée des autres organes du corps. L’énergie divine circule dans le monde entier par notre intermédiaire. « Et toutes les nations du monde seront bénies par toi »[184]. Lorsque nous sommes en Israël, menant notre vie de prophétie purement israélienne, et lorsque le Beit Hamiqdach émet des rayons de bénédiction divine de Jérusalem vers l’ensemble de la terre, la Parole de Dieu est proclamée depuis Sion et l’univers en arrive à reconnaître son Roi.

 

Mais lorsque notre structure nationale est brisée et que nous sommes dispersés dans la galout, le flux divin émanant d’Israël cesse et le monde fonctionne dans une lumière bien plus faible. La Parole de Dieu cesse. Le puits de la bénédiction vivifiante est tari. La connaissance de Dieu et de son Unicité est remplacé par un défilé historique de faux prophètes et de fausses religions, de toume’a culturelle, de tyrannie et de puissance matérielle. Ce n’est que lorsque le cœur est en bonne santé et fonctionne à sa place que le corps reçoit son flot vivifiant idéal. Ce n’est qu’en Israël, à une échelle nationale que le peuple juif peut constituer une véritable lumière pour les nations, projetant un faisceau lumineux divin dans le monde entier. Lorsque le peuple juif revient à son lieu authentique en Israël, les petites bougies isolées de Varsovie, Moscou, Barcelone et Brooklyn se rassemblent à Sion pour resplendir comme un soleil depuis Jérusalem.

 

Le cycle de la galout est ainsi terminé. Nos fautes ont provoqué la destruction de notre royaume et notre exil. Notre source d’inspiration, de qedoucha, de prophétie, de Chekhina et de Torah nationale, est perdue. Nous errons à travers le monde, récupérant les étincelles divines où nous les trouvons dans la réserve d’inspiration universelle que partage l’humanité tout entière. Puis, lorsque l’expiation de notre pays est réalisée et que notre source se purifie, nous revenons dans notre pays avec un trésor de matérialisme afin que notre lumière pour les nations soit totale.

 

Cette nouvelle lumière ne brille pas immédiatement. Nous devons d’abord reconstruire les fondements, le réceptacle matériel qui abritera notre grand phare. En premier lieu, nous devons redevenir une nation ordinaire, avec un gouvernement, une Bourse, une police et une armée, comme dans le reste du monde. Après 2 000 ans d’errance et de confusion, notre véritable identité ne peut apparaître du jour au lendemain. L’expression populaire en témoigne : « Il est plus facile de faire sortir les Juifs de la galout que de faire sortir la galout des Juifs. » Tout d’abord, comme un enfant jouant avec tous ses nouveaux jouets, nous devons essayer nos nouvelles acquisitions. Ce n’est qu’après un long processus de tamisage que nous réalisons que nous ne sommes pas seulement des socialistes en Israël, ni des communistes, ni des kibboutzniks, ni des hommes de droite ou de gauches, des démocrates ou des anarchistes, ni des séparatistes. Nous devons être ce qu’il y a de meilleur en eux tous – une nation sainte, éclairée, vivant en harmonie avec sa vocation d’origine : être une bénédiction pour le monde entier.

 

En revenant en Israël, nous retournons à la bénédiction d’Abraham : « Et par toi seront bénies toutes les familles de la terre[185]. »

 

Le Rav Kook clôture son essai par un enseignement du Talmud concernant la première bénédiction de la prière de la Amida. Au début de la bénédiction , nous invoquons « le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob », et nous terminons la bénédiction en disant seulement « le Dieu d’Abraham[186]. » Le sceau de la bénédiction, sa signature et son cachet appartient à Abraham, l’aspect international de la nation. L’histoire de la quête de Hachem par l’humanité commence avec Abraham et trouve son achèvement avec la Délivrance de la nation qui débute avec lui. Il représente à la fois le début de la bénédiction du monde et son ultime sceau. Progressivement, nous, les Enfants d’Abraham revenons tous au « Lekh lekha », le commandement fondateur de notre nation[187].

 

 

 

 

 

Chapitre 3

 

RÉCAPITULATIF

 

 

  1. La créativité unique en son genre de la nation d’Israël, dans la pensée et dans l’action, n’est possible que dans le Pays d’Israël. Ce n’est qu’en Eretz Israël que le peuple juif peut insuffler de la qedoucha à tous les aspects de l’existence tant matérielle que spirituelle.
  2. Les fautes qui provoquent l’exil polluent notre propre source intérieure et notre inspiration israélienne essentielle vole en éclat.
  3. Dans la galout, le peuple juif partage l’inspiration générale qui circule dans le monde. Nous recueillons le meilleur de cette inspiration jusqu’à ce que notre propre source soit purifiée, rendant l’exil inutile.
  4. Durant la galout, le pays demeure désolé et sa destruction amène son expiation.
  5. Lorsque l’expiation est achevée et que le pays reprend vie, la fin de l’exil est arrivée.
  6. Avec le rassemblement des exilés en Israël, la lumière du Machia’h Le processus de Délivrance se déroule lentement avec la reconstruction progressive de la nation.
  7. Nous revenons en Eretz Israël dotés d’une dimension plus internationale et mieux armés pour sanctifier l’existence tout entière, pour unifier les mondes spirituel et matériel et les élever tous deux au service de Dieu. Telle est la bénédiction d’Abraham qui coule sur le monde lorsque le peuple juif revient à sa source.
  8. L’exil n’a pas de finalité en lui-même ; il est plutôt un processus correcteur destiné à faciliter la reconstruction intérieure de la nation, dont la lumière brille sur le monde, non durant l’exil, mais lors de notre retour dans la patrie de nos ancêtres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

הרב אברהם יצחק הכהן קוק

 

 

ארץ ישראל

 

ד

 

 

 

 

 

אי-אפשר לאדם מישראל שיהיה מסור ונאמן למחשבותיו, רעיונותיו ודמיונותיו, בחוץ לארץ, כתכונת הנאמנות הזאת בארץ-ישראל. הופעות הקודש, ביזו מדרגה שהן, נקיות הן בארץ-ישראל לפי הערך ובחוץ לארץ, מערבות הם בסיגים וקליפות מרבים. אמנם, לפי גודל התשוקה והקשור של האדם לארץ-ישראל, הרי רעיונותיו מזדככים מיסוד אוירה דא”י החופף על כל מי שמצפה לראותה. “שמחו את ירושלים וגילו בה כל אוהביה”.

 

 

 

 

 

 

LE RAV AVRAHAM YITZHAK HAKOHEN KOOK

 

ERETZ ISRAËL

Chapitre 4

[Traduction littérale]

 

 

Il est impossible pour un Juif d’être fidèle à ses réflexions, à sa logique, à ses conceptions et à son imagination lorsqu’il se trouve hors du Pays d’Israël, comme il peut l’être en toute fidélité en Eretz Israël.

 

Les révélations de sainteté, à quelque niveau que ce soit, sont nettes en Eretz Israël conformes à leur valeur ; alors qu’à l’étranger, elles sont mêlées de nombreuses scories et klipot. Cependant, plus une personne aspire intensément à se relier à Eretz Israël, plus ses réflexions deviennent limpides grâce au fond de « l’air d’Eretz Israël » qui flotte au-dessus de quiconque désire le voir[188]. « Réjouissez-vous avec Jérusalem et soyez dans l’allégresse à cause d’elle, vous tous qui l’aimez[189] ! »

 

 

 

 

Chapitre 4

 

LE PAYS DE LA PROPHÉTIE

 

 

 

Dans le troisième chapitre d’OROT, le Rav Kook a traité de la créativité et de la culture propre à la nation d’Israël dans son ensemble et de la façon dont elle trouve sa véritable expression uniquement dans le pays d’Israël. Dans ce quatrième chapitre, il examine la créativité juive telle qu’elle se manifeste chez l’individu juif. Il explique tout d’abord, qu’à l’extérieur du pays d’Israël, un Juif ne peut être fidèle à ses pensées, à sa logique, à ses idées et à son imagination. Lorsque nous en comprenons les raisons, nous saisissons plus aisément pourquoi Eretz Israël est indispensable à la santé et à l’intégrité de chaque Juif.

 

On connaît l’histoire célèbre du Gaon de Vilna rapportée par son élève Rabbi Haïm de Volozhin[190]. Des maguidim, ou messagers célestes, rendaient régulièrement visite au Gaon, mais il refusa à maintes reprises de les écouter. Il ne jetait même pas un regard sur leur forme céleste. Lorsque l’un des messagers vint révéler des secrets de la Torah à Rabbi Chlomo Zalman, le frère de Rabbi Haïm, le Gaon de Vilna ordonna au sage de ne pas le recevoir et de ne pas même regarder son éclat céleste. Rabbi Zalman s’enquit de la raison d’un tel comportement : après tout, le Beit Yossef, Rabbi Joseph Caro, auteur du Choulkhan Aroukh, avait un maguid qui l’informait des secrets du Ciel[191]. Le Gaon de Vilna répondit qu’en premier lieu, le Beit Yossef vivait plusieurs centaines d’années auparavant et en second lieu qu’il se trouvait en Eretz Israël. Le Gaon précisa qu’à l’extérieur du pays d’Israël, il était impossible de recevoir des messagers célestes sans interférences polluées et sans les klipot de ’houtz laAretz. L’information céleste ne pouvait être reçue dans toute sa pureté qu’en Eretz Israël. C’est la raison pour laquelle, lorsqu’un maguid apparut pour la première fois à Rabbi Yossef Caro en ’houtz laAretz, il lui enjoignit de se rendre en Eretz Israël2.

 

De même, lorsque Hachem apparut pour la première fois à Abraham, Il lui dit de partir pour le pays qu’Il lui montrera[192] – le pays créé spécialement pour faciliter une relation privilégiée avec Dieu[193]. Ce n’est qu’en Eretz Israël qu’Avram peut devenir Avraham afin de donner toute sa mesure et mener l’humanité vers la connaissance de Dieu. Ce n’est qu’en Eretz Israël qu’il peut donner naissance au descendant[194] qui deviendra le fondement d’une nation sainte destinée à apporter la parole de Dieu au monde.

 

Hachem a créé le peuple juif et le pays d’Israël l’un pour l’autre. Il a doté Eretz Israël des propriétés spirituelles et matérielles spécifiquement adaptées à Sa nation sainte[195]. À Paris, un Esquimau ne semble pas à sa place. Transplanté d’Eretz Israël en Égypte, en Babylonie, à Rome, en Espagne, en Allemagne, en Russie ou à Brooklyn – quels que soient ses efforts pour s’intégrer, un Juif n’est tout simplement pas à sa place.

 

Dans notre commentaire du premier chapitre, nous avons mentionné comment le Ramban décrit les véritables différences entre l’environnement spirituel d’Eretz Israël et celui de ’houtz laAretz[196]. En dehors du pays d’Israël, des forces célestes atténuées règnent sur les nations. Le culte idolâtre et les cultures hédonistes qu’elles développent contaminent l’environnement. Cette pollution spirituelle envahit l’air lui-même. La préoccupation du monde autour du sexe, de la violence, de l’argent, de l’adultère, du vol, de l’homosexualité et du meurtre, tout cela résulte de la toume’a  spirituelle présente dans les pays des Gentils. En ’houtz laAretz, le monde matériel règne en maître, coupé de l’esprit. La quête de la jouissance matérielle, de la célébrité, des honneurs et de la fortune vient remplir le vide créé par l’éloignement de Dieu.

 

Le Rav Kook montre donc qu’il est impossible pour un Juif d’être fidèle à sa véritable vie créative, intellectuelle et imaginative lorsqu’il se trouve en dehors du pays d’Israël. La pollution spirituelle et culturelle pénètre dans son psychisme et déforme son monde et ses perceptions. Cette introduction permet de mieux comprendre la première phrase du Rav Kook :

 

“אי-אפשר לאדם מישראל שיהיה מסור ונאמן למחשבותיו, רעיונותיו ודמיונותיו, בחוץ לארץ, כתכונת הנאמנות הזאת בארץ-ישראל.”

 

« Il est impossible pour un Juif d’être fidèle à ses réflexions, à sa logique, à ses conceptions et à son imagination lorsqu’il se trouve hors du Pays d’Israël, comme il peut l’être en toute fidélité en Eretz Israël. »

 

 

Si, comme l’affirme le Rav Kook, un Juif ne peut être fidèle à ses idées, à son intellect et à son imagination en dehors du pays d’Israël, comment expliquer l’importance de la créativité et des réalisations juives dans la diaspora ? Les Juifs ont excellé dans tous les domaines : littérature, chant, comédie, théâtre, cinéma, journalisme, philosophie, droit, science, médecine, politique, banque, etc. la liste est longue. En fait, cette remarquable créativité ne représente pas la créativité propre à Israël, mais, comme nous l’avons vu dans le troisième chapitre, la partie de l’inspiration générale du monde que nous partageons avec toute l’humanité.

 

Ce qui relève de l’authentique créativité d’Israël dans la réflexion et la pensée, c’est la emouna, la prophétie et la capacité à sanctifier les mondes tant matériel que spirituel. C’est la raison pour laquelle Abraham dut se rendre en Eretz Israël. Pour accomplir entièrement sa vénération pour Dieu, il doit habiter dans le pays de la prophétie et de la emouna[197].

 

Pour un Juif, une santé parfaite et un état de plénitude ne peuvent être obtenus qu’en Eretz Israël. À propos du verset « Et Jacob arriva à Salem, ville de Sichem[198] », le Gaon de Vilna explique le mot Salem (Shalem) dans son sens d’intégrité et ajoute que Jacob n’était pas un être achevé avant d’arriver en Eretz Israël[199].

 

Rabbi Abraham Azoulay était le rabbin de Hébron il y a environ 400 ans. Dans son livre ’Hessed leAvraham[200], il écrit que tout Juif qui arrive dans le pays d’Israël reçoit une âme nouvelle. L’âme de la galout le quitte et il subit une greffe spirituelle. L’âme égocentrique qui caractérisait sa vie individuelle dans le monde fracturé de la galout est échangée contre l’âme élevée du Clal Israël. Son aliyah en Israël est une aliyah des âmes. Il s’attache à l’âme divine et à la vie de la nation. Dans la terminologie de Rabbi Azoulay, Jacob ne parvient à l’intégrité que lorsqu’il reçoit sa nouvelle âme de Clal Israël à son retour dans le pays d’Israël. C’est par son attachement au Clal qu’il mérite son nouveau nom : Israël.

 

Ailleurs dans OROT, le Rav Kook écrit : « L’âme générale de Knesset Israël ne se trouve pas dans l’individu, sauf en Eretz Israël ;  au moment où une personne arrive dans ce pays, son âme particulière est neutralisée devant la grande lumière de l’âme générale qui pénètre en lui ; et son contenu d’une grande élévation exerce son influence qu’il souhaite et reconnaisse cet impact ou qu’il ne le souhaite pas ou ne soit pas conscient de sa valeur[201]. »

 

Par le simple fait de vivre en Israël, un Juif se rattache à la vie plus élevée du Clal. Plus il reconnaît son nouveau statut spirituel et plus il s’efforce de s’unir au Clal, plus il s’élèvera. Comme l’écrit le Rav Kook dans ’Hazone haGuéoula : « Quiconque nourrit un grand amour pour le pays d’Israël et œuvre ardemment au peuplement de la Terre sainte, est béni et s’approche de la perfection[202]. »

 

Certes, un Juif peut être intelligent et imaginatif en ’houtz laAretz, mais seulement à un niveau personnel. Si doué soit-il, sa créativité est limitée à ses talents personnels. En Israël, lorsqu’il se rattache à la nation, ses facultés intellectuelles et imaginatives sont élevées jusqu’au domaine le plus élevé du Clal où la source pure de l’inspiration israélienne coule librement. Il a désormais accès au talent propre du Clal Israël qui associe la réflexion, le raisonnement logique, les idées et l’imagination. C’est la prophétie, la segoula créative spéciale du peuple juif que nous avons abordée dans le premier chapitre. C’est la créativité israélienne propre qui unit les mondes spirituel et matériel en amenant la parole de Dieu sur la terre. Ce n’est qu’en Eretz Israël que le peuple d’Israël peut être imprégné du roua’h haqodech qui repose sur l’ensemble de la nation. Comme l’explique Yéhouda Halévy dans le Kouzari, Eretz Israël est l’unique pays de la prophétie et Am Israël est la nation des prophètes[203].

 

Ainsi, lorsque le Rav Kook évoque le potentiel créatif d’Israël, il ne s’agit pas seulement de l’art, de la poésie, de la musique ou de la littérature. Il est question de la puissance créative propre au Clal Israël qui trouve sa plus haute expression dans la prophétie. C’est le patrimoine du Juif en tant que membre du Clal Israël. Outre les fondements génétiques de nos corps, nous possédons des gènes spirituels. Nous sommes les enfants des prophètes. Les lettres hébraïques qui abondent dans nos âmes sont nos hélices doubles de la prophétie[204]. Par cette relation avec le Clal Israël, tout Juif a la capacité de connaître Dieu à un niveau spirituel élevé – à défaut de celui de prophète, au niveau du roua’h haqodech qu’il est capable d’atteindre. À la différence des cultures occidentales qui exaltent l’ego individuel et le règne débridé du ça, un Juif doit trouver le sens le plus profond de sa vie en se liant à la vie éternelle de la nation[205]. Par son attachement à la vie supérieure de son peuple, il atteint sa propre vocation individuelle. Le rou’ah haqodech qui repose sur le Clal ouvre ses perspectives vers les horizons de l’expression transcendantale.

 

 

“הופעות הקודש, ביזו מדרגה שהן, נקיות הן בארץ-ישראל לפי הערך ובחוץ לארץ, מערבות הם בסיגים וקליפות מרבים.”

 

 

« Les révélations de sainteté, à quelque niveau que ce soit, sont nettes en Eretz Israël conformes à leur valeur ; alors qu’à l’étranger, elles sont mêlées de nombreuses scories et klipot. »

 

Nous avons vu dans le troisième chapitre qu’il existe, à l’extérieur du Pays d’Israël, une qedoucha générale, universelle qui soutient le monde entier. Mais l’environnement y est spirituellement pollué et impur au sens halakhique du terme[206]. Lorsque la qedoucha descend dans le monde en ’houtz laAretz, elle est immédiatement attaquée par les klipot impures et les forces du mal qui y règnent. Le mot hébreu  סיגים utilisé par le Rav Kook désigne l’impureté ou les scories qui apparaissent à la surface du métal fondu. Les klipot correspondent à un concept cabalistique traduit par enveloppes ou écorces. Il s’agit des coquilles de toume’a et de mal qui entourent et emprisonnent les étincelles de la sainteté exilée. Les nations du monde sont les klipot du Am Israël, tout comme ’houtz laAretz est la klipah d’Eretz Israël. Les êtres célestes inférieurs que Hachem a créé pour diriger les nations font obstacle à la sainteté. Libre cours est donné aux forces du mal qui créent des cultures, des religions et des gouvernements impurs dominant l’histoire mondiale.

 

Qu’est donc le monde culturel de l’Amérique ? Mickey, George Washington, Billy Graham, le base-ball, les arbres de Noël, les poupées Barbie, les bandes dessinées, le scandale du Watergate, Hollywood, Wall Street, les hippies, les drogués et la marijuana. Où est la qedoucha ? Où trouve-t-on quelque chose de juif ?

 

À l’extérieur du Pays d’Israël, la qedoucha est mêlée à des forces polluées. Il en résulte des mariages mixtes et une approche désorientée de la Torah. La Guemara dit qu’en ’houtz laAretz, parce qu’un sage de la Torah vit dans un lieu d’obscurité, il prononce des paroles obscures, confuses[207]. Dans la diaspora, on ne peut pas être sûr de l’authenticité de l’inspiration. C’est pour cette raison que le Gaon de Vilna refusa de recevoir les messagers célestes venus lui rendre visite. Hors du Pays d’Israël, les émanations divines sont polluées, non pas parce qu’elles descendent ainsi du ciel, mais parce qu’elles sont contaminées au contact des scories et des klipot dans l’air. Et, même si elles étaient pures, les facultés de réflexion et d’imagination d’un Juif en ’houtz laAretz ne sont pas assez pures pour les recevoir. Il est ainsi ordonné à Abraham de quitter Haran pour se rendre en Eretz Israël[208] ; à Moïse de faire sortir les Hébreux d’Égypte pour les emmener dans le Pays de la Promesse[209]. Et le Maguid enjoint au Beit Yossef de se rendre en Terre sainte avant que leur conversation divine puisse continuer.

 

“אמנם, לפי גודל התשוקה והקשור של האדם לארץ-ישראל, הרי רעיונותיו מזדככים מיסוד אוירה דא”י החופף על כל מי שמצפה לראותה.”

 

 

« Cependant, plus une personne aspire intensément à se relier à Eretz Israël, plus ses réflexions deviennent limpides grâce au fond de “l’air d’Eretz Israël” qui flotte au-dessus de quiconque désire le voir. »

 

Ce « fond de “l’air d’Eretz Israël” qui flotte au-dessus de quiconque désire le voir » est un concept que le Rav Kook approfondit le sixième chapitre d’OROT. L’air particulier d’Eretz Israël fait allusion à une Guemara stipulant que « l’air d’Eretz Israël rend sage[210]. » Non seulement le Pays d’Israël est saint, mais également l’air qu’on y respire. L’atmosphère d’Israël est pure de toutes les klipot polluées de la galout. En Eretz Israël, le lien entre l’individu juif et Hachem est direct. « L’œil du Seigneur est sur lui depuis le commencement de l’année jusqu’à la fin[211]. » La pureté de ce lien direct rend sage. Et le début de la sagesse consiste à comprendre que la vie à l’extérieur du Pays d’Israël est préjudiciable à la santé spirituelle du Juif.

 

Puisque l’air d’Israël rend sage, pourquoi tous les Israéliens ne sont-ils pas imprégnés de Torah ? Comme on l’a mentionné, la Délivrance du peuple juif de ses entraves politiques, culturelles, intellectuelles et spirituelles de la galout est un processus lent, progressif requérant un travail patient et assidu[212]. Rappelons qu’à l’époque d’Ezra, le retour des Juifs en Israël souffrit des mariages mixtes et du déclin spirituel[213]. Ce n’est que progressivement que les exilés de retour constituèrent une florissante société de Torah. Comme le montre la prophétie de la Délivrance dans le livre d’Ézéchiel[214], l’élimination des impuretés de la galout est un processus de techouva qui peut prendre plusieurs générations. Il ne faut cependant pas sous-estimer la sagesse de la population d’Israël, même aujourd’hui. Non seulement Israël est le centre mondial de la Torah, mais le moindre citoyen comprend que le peuple juif a besoin de sa propre nation souveraine. Cette prise de conscience est un grand acquis. C’est une sagesse qui élève un homme au-dessus de sa vie privée et lui permet de reconnaître qu’il est bien davantage qu’une éphémère existence individuelle. C’est ce qui détermine le peuple d’Israël à servir dans l’armée et à mettre sa vie en danger pour la nation.

 

La sagesse conférée par l’air d’Israël ne concerne pas seulement les Juifs qui vivent dans le pays, mais, comme le précise le Rav Kook, « elle flotte au-dessus de quiconque aspire à la voir ». Il n’est pas nécessaire de se trouver en Israël pour être doté de cette sagesse. Tout Juif qui souhaite ardemment y vivre reçoit une part de ses trésors secrets[215]. En aspirant à retrouver sa terre, un Juif s’attache à l’âme du Clal Israël et s’élève dans son intense lumière. Par son attachement au pays, il est débarrassé de toutes les klipot et des forces célestes inférieures. Son âme cesse d’être un âme diasporique individuelle et se transforme en âme transcendante, divine, de la nation.

 

Ressentir véritablement de la nostalgie pour Eretz Israël, c’est vouloir y vivre. Si un Juif prie le matin pour le rassemblement des exilés et ne pense plus à Israël jusqu’à ce qu’il ouvre à nouveau son livre de prières, il y a de fortes chances pour que sa nostalgie soit pas vraiment authentique[216]. Si, par contre, il désire vivre en Israël et œuvre passionnément en ce sens pour réaliser son rêve dès qu’il le pourra, il mérite de bénéficier des bénédictions particulières du pays.

 

Le Rav Kook explique que la capacité de partager la sagesse d’Eretz Israël « flotte » sur quiconque aspire à la voir. Le mot « flotte » évoque l’idée de provisoire, d’évanescent, quelque chose qui va et vient. Il existe en galout un lien vital à Eretz Israël, mais il n’est ni aussi permanent ni aussi durable que lorsqu’on se trouve dans le pays. On demanda un jour au Rav Kook s’il aimait étudier dans la célèbre yéchiva de Volozhin sous la tutelle du Natsiv, l’auteur du Emek haDavar. « C’est comme si on était en Eretz Israël », répondit-il[217]. C’est « comme si » on était en Eretz Israël du fait de l’ardent amour du Roch yéchiva pour le Pays d’Israël, mais ce n’est pas la chose elle-même.

 

“שמחו את ירושלים וגילו בה כל אוהביה”.

 

Le Rav Kook termine ce chapitre par un verset du prophète Isaïe : « Réjouissez- vous avec Jérusalem et soyez dans l’allégresse à cause d’elle, vous tous qui l’aimez[218] ! » Jérusalem est le point de rencontre entre les Cieux et la terre. C’est le lieu de la Chekhina ainsi que la capitale éternelle du Clal Israël. Non seulement ceux qui habitent à Jérusalem sont à même de connaître sa joie, mais également tous ceux qui l’aiment et œuvrent de tout leur cœur en sa faveur. Le Juif qui pleure la destruction de Jérusalem et l’exil de la nation pourra participer à sa grande joie lors du retour de ses enfants bannis[219].

 

Ainsi, si un Juif aspire à être plus près de Dieu ; s’il entend être en conformité avec ses idées, ses talents, sa créativité et réaliser pleinement son potentiel spirituel, il doit vivre dans le Pays d’Israël, chez lui, près de Jérusalem, en participant à la vie divine supérieure de la nation.

 

 

 

Chapitre 4

 

RÉCAPITULATIF

 

 

 

 

  1. Ce n’est qu’en Eretz Israël qu’un Juif peut épanouir ses véritables facultés créatives et intellectuelles.
  2. Dans la diaspora, la pensée et la créativité juives subissent l’influence polluée des valeurs, des cultures et des idées spirituelles des Gentils.
  3. Une remarquable créativité dans les domaines littéraire, artistique, scientifique ou autre, ne doit pas être confondue avec la créativité particulière d’Israël inspirée par la emounah et la prophétie – la capacité à unir le monde physique et le divin.
  4. L’air d’Eretz Israël rend sage.
  5. La vie en ’houtz laAretz se focalise sur le Juif en tant qu’individu. La vie en Eretz Israël se focalise sur la vie de la nation.
  6. Un Juif qui aspire véritablement à Eretz Israël partage les bénédictions propres au pays et se rattache lui-même à la vie supérieure du Clal.
  7. Quiconque pleure la destruction de Jérusalem méritera de partager sa joie.

 

 

 

 

 

 

 

הרב אברהם יצחק הכהן קוק

 

 

ארץ ישראל

 

ה

 

הדמיון של ארץ ישראל הוא צלול וברור, נקי וטהור ומסוגל להופעת האמת האלוהית, להלבשת החפץ המרומם והנשגב של המגמה האידיאלית אשר בעליונות הקדש, מוכן להסברת נבואה ואורותיה, להבהקת רוח הקודש וזהריו. והדמיון אשר בארץ העמים עכור הוא, מעורב במחשכים, בצלילי טמאה וזיהום, לא יוכל להתנשא למרומי קודש ולא יוכל להיות בסיס לשפעת האורה האלוהית המתעלה מכל שפלות העולמים ומצריהם. מתוך שהשכל והדמיון אחוזים זה בזה ופועלים ונפעלים זה על זה וזה מזה, לכן לא יוכל גם השכל שבחו”ל להיות מאיר באורו שבארץ ישראל. “אוירא דארץ ישראל מחכים”.

 

 

 

 

 

LE RAV AVRAHAM YITZHAK HAKOHEN KOOK

 

ERETZ ISRAËL

Chapitre 5

[Traduction littérale]

 

 

 

Dans le Pays d’Israël, l’imagination est lucide et nette, propre et pure, apte à la révélation de la vérité divine et à la concrétisation de l’éminente volonté de la tendance idéaliste qui se trouve dans les échelons supérieurs de la sainteté. Elle est prête pour l’explication de la prophétie et de ses lumières, pour l’éclaircissement du roua’h haqodech et son illumination.

 

L’imagination qui se trouve dans le pays des nations est trouble, assombrie dans l’obscurité, dans les ombres de la toume’a et de la pollution. Elle ne peut s’élever aux hauteurs de la qedoucha et elle ne peut offrir une base à l’afflux de lumière divine qui s’élève au-dessus de la bassesse des mondes et de leur étroitesse.

 

Comme l’intellect et l’imagination sont liés l’un à l’autre et exercent l’un sur l’autre une action réciproque, l’intellect qui se trouve hors du Pays d’Israël est également incapable d’être éclairé par la lumière du Pays d’Israël. « L’air du Pays d’Israël rend sage[220]. »

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 5

                                                     

IMAGINATION ET SAGESSE

 

 

 

Ce chapitre développe le thème traité dans le chapitre précédent notamment la façon dont Eretz Israël exerce une influence bénéfique, saine, non seulement sur l’imagination, mais également sur l’intellect.

 

L’âme humaine comprend plusieurs facultés qui constituent la nature humaine. À l’instar des autres créatures, l’homme mange, se déplace, sent et respire, mais il est doté de bien d’autres capacités. Dans l’étude de la personnalité humaine à laquelle il se livre dans son Introduction aux Pirqé Avot, le Rambam décrit deux facultés qui distinguent l’homme : son imagination et son intellect[221].

 

Les facultés d’imagination et d’intelligence sont interdépendantes et agissent l’une sur l’autre. L’intelligence est une connaissance pure, alors que l’imagination consiste en la façon de l’appliquer. Par exemple, par notre intellect, nous connaissons l’existence des ondes sonores. C’est notre imagination qui nous permet de transformer ce savoir en radars et en radios. L’imagination confère à notre intelligence une utilisation pratique. Comme elles sont toutes deux enracinées dans l’âme de l’homme, elles s’influencent l’une l’autre. Ainsi, pour que l’intellect soit sain, l’imagination doit l’être également.

 

Aujourd’hui, l’imagination est le plus souvent associée aux artistes et au talent qui produit des romans, de la musique, des tableaux, des bandes dessinées et des films. À l’origine, cependant, dans toute sa pureté, l’imagination est la faculté de l’homme qui facilite la réception de la prophétie[222]. L’imagination d’une personne est le sens qui lui permet d’être plus directement liée à Dieu.

 

L’imagination prophétique est la voie qui permet à l’homme de transformer des messages spirituels élevés en une forme matérielle intelligible, que ce soit par des visions, des symboles, des rêves, l’ouïe ou la parole. Seul Moïse, le plus humble des hommes, fut capable de recevoir la prophétie directement de Dieu sans le moindre langage allégorique. La communication entre Dieu et tous les autres prophètes était formulée dans des visions ou des rêves[223].

 

Si l’imagination peut être un outil particulièrement efficace dans le développement spirituel d’une personne, elle peut aussi s’avérer des plus dangereuses. Notre imagination peut aisément nous leurrer et nous induire en erreur. Du fait de sa sensibilité à la pollution des sources environnantes, l’imagination peut être déformée et faussée. En conséquence, quelque chose d’essentiellement mauvais peut être imaginé comme bon[224].

 

L’imagination emprunte plusieurs formes. Elle peut être saine ou malade, névrotique, paranoïde ou grandiose. Elle peut susciter illusions, visions, hallucinations, rêves et inspirations. Elle culmine avec la prophétie. Comme l’imagination est libre et illimitée, elle offre la voie dont la prophétie a besoin. Cependant, sa démesure constitue aussi un danger, puisqu’elle risque de lui faire franchir les barrières de la morale et les limites de la salubrité. L’orientation que prend l’imagination d’une personne, saine ou malade, dépend de l’environnement et de ses tendances. Une personne dotée d’une sensibilité raffinée, éthique et de traits de caractère positifs aura une imagination raffinée. Une personne d’une grande élévation spirituelle et imprégnée de Torah disposera de voies imaginatives capables de roua’h haqodech. Inversement, une personne au sens moral impur aura une imagination polluée, encline aux pensées basses, impures.

 

L’ouvrage Messilat Yécharim décrit la voie rigoureuse menant au roua’h haqodech. Ce n’est qu’après un long processus d’étude de la Torah et d’affinement du caractère qu’une personne peut espérer recevoir une inspiration divine. En fin de compte, son succès ne dépend pas seulement de ses efforts, mais également de son environnement. Une personne peut recevoir un doctorat en formation prophétique ; elle peut étudier Messilat Yécharim une centaine de fois, mais si elle ne se trouve pas en Eretz Israël, la prophétie ne lui parviendra pas[225].

 

Nous avons vu comment la pollution culturelle et spirituelle de la diaspora entrave la véritable créativité et réflexion israéliennes. À l’extérieur du Pays d’Israël, la laideur du climat spirituel ne permet pas l’acheminement prophétique pur. Même si un Juif était imprégné de Torah et doté des meilleurs traits de caractère, la toume’a de ’houts laAretz obture son canal prophétique. Et même si une prophétie devait se produire, la personne ne pourrait pas la recevoir du fait de son incapacité à être fidèle à son imagination et à son intellect en vivant dans un pays étranger. C’est la raison pour laquelle le Gaon de Vilna refusa de recevoir les maguidim venus lui rendre visite à Vilna.

 

Le lecteur peut s’interroger sur la pertinence d’une telle préoccupation pour la prophétie. Qu’a-t-elle à voir avec le peuple juif aujourd’hui ? La question est parfaitement compréhensible. Depuis plus de 2 300 ans, le peuple juif est privé de l’expérience de la prophétie[226]. Pendant plusieurs siècles, l’acheminement divin dans le monde est demeuré silencieux. Nous avons oublié la prophétie comme si elle n’existait plus. Les écrits du Rav Kook nous rappellent qui nous sommes véritablement. Nous sommes le peuple de la prophétie. Nous excellons non pas dans la banque, la médecine ou le cinéma, mais dans la prophétie. Aujourd’hui, nous ne sommes qu’une ombre de ce que nous pourrions être. L’État d’Israël lui-même, avec son exceptionnelle renaissance, est encore dans les langes, encore en train d’apprendre à marcher, bien loin d’être arrivé à maturité en tant que futur royaume d’Israël avec un Temple reconstruit, le Sanhédrin, le Machia’h et d’innombrables prophètes. À l’avenir, la parole de Dieu sera émise de Jérusalem par la voie prophétique qu’aura recouvrée notre nation[227]. Tel est l’objectif de notre histoire.

 

Lorsqu’on éduque un enfant, on doit lui enseigner qui il est. Il doit connaître sa famille, son pays, son histoire. Pour réussir, l’éducation doit guider l’enfant le long des chemins intérieurs qui lui sont propres[228]. Pour l’aider à réaliser son potentiel, un enseignant doit aider l’enfant à découvrir son identité et à comprendre ce qu’il a devant lui. En rééduquant la nation juive ressuscitée après 2 000 ans d’exil, le Rav Kook nous aide à nous comprendre nous-mêmes. Nombre de nos bases ont été oubliées et doivent être rétablies. À notre intention, le Créateur du monde a conçu un plan que nous ne pouvons pas ignorer et auquel nous ne pouvons échapper. Avant de créer le monde, Hachem a décrété ce qu’il serait. Notre identité était implantée dans nos âmes dès le début : « Cette NATION, je l’ai formée pour moi, pour qu’ils publient ma gloire[229]. » En premier lieu, nous devons nous souvenir que nous sommes une nation et non un agrégat dispersé d’individus juifs. Nous devons redécouvrir notre patrie, le berceau de notre nation, le lieu où nous sommes chez nous. Et nous devons nous rappeler que nous sommes la nation des prophètes à laquelle incombe la tâche de transmettre au monde la parole divine.

 

Comme toute vie individuelle, chaque nation a son propre projet. Chaque peuple et chaque pays joue le rôle international qui lui est propre et apporte sa contribution au monde[230]. La Russie donne au monde Tolstoï, le communisme et la vodka. La France apporte Sartre, les parfums et le champagne. L’Angleterre, Shakespeare, Churchill et les Beatles. Le Japon exporte sa technologie des transistors. La Suisse produit des montres et du chocolat. L’Amérique encourage la démocratie et les rêves d’Hollywood. Et la nation d’Israël apporte au monde la connaissance de Dieu. Grâce à la nation d’Israël, toutes les contributions des nations sont rehaussées à la place qui leur revient dans l’harmonie divine.

 

Dans ce contexte, nous pouvons relire les propos du Rav Kook et découvrir de nouvelles idées dans son style poétique, souvent complexe.

 

 “הדמיון של ארץ ישראל הוא צלול וברור, נקי וטהור ומסוגל להופעת האמת האלוהית, להלבשת החפץ המרומם והנשגב של המגמה האידיאלית אשר בעליונות הקדש, מוכן להסברת נבואה ואורותיה, להבהקת רוח הקודש וזהריו.

 

« Dans le Pays d’Israël, l’imagination est lucide et nette, propre et pure, prête pour la révélation de la vérité divine et apte à la concrétisation de la volonté élevée de la tendance idéaliste qui se trouve dans les échelons supérieurs de la sainteté. Elle est prête pour l’explication de la prophétie et de ses lumières, pour l’éclaircissement du roua’h haqodech et son illumination. »

 

Que dit le Rav Kook ? Simplement que, dans le Pays d’Israël, la faculté imaginative est pure. Elle peut donc acheminer la prophétie et transmettre au monde la parole divine. Elle a la capacité de révéler des vérités divines et d’incarner les valeurs idéales que Dieu désire conférer à l’ensemble de l’humanité.

 

 

והדמיון אשר בארץ העמים עכור הוא, מעורב במחשכים, בצלילי טמאה וזיהום, לא יוכל להתנשא למרומי קודש ולא יוכל להיות בסיס לשפעת האורה האלוהית המתעלה מכל שפלות העולמים ומצריהם.”

 

« L’imagination qui se trouve dans le pays des nations est trouble, assombrie dans l’obscurité, dans les ombres de la toume’a et de la pollution. Elle ne peut s’élever aux hauteurs de la qedoucha et elle ne peut offrir une base à l’afflux de lumière divine qui s’élève au-dessus de la bassesse des mondes et de leur étroitesse. » 

 

Contrairement à ce qui se passe en Eretz Israël, la faculté imaginative à l’extérieur du pays est encrassée par la pollution et incapable de fournir un canal pour acheminer la prophétie, la qedoucha et la lumière divine.

 

Nous avons cité la Guemara[231] qui établit qu’un Juif doit toujours vivre en Eretz Israël, « car un Juif qui vit en Eretz Israël est comme quelqu’un qui a un Dieu alors qu’un Juif qui vit en dehors du pays d’Israël ressemble à quelqu’un qui n’a pas de Dieu, comme l’indique le verset de la Torah : “pour vous donner le pays de Canaan, pour devenir votre Dieu[232]“. » En Israël, nous avons un Dieu. À l’extérieur du pays, les obstacles et la pollution spirituelle se mettent en travers du chemin. La Guemara demande également avec étonnement : se peut-il vraiment qu’un Juif qui ne vit pas en Israël n’ait vraiment pas de Dieu ? Et elle répond : « C’est plutôt pour t’enseigner qu’un Juif qui vit en ’houtz laAretz est comme quelqu’un qui rend un culte à des idoles. » On ne trouve pas Dieu en ’houtz laAretz. Certes, Dieu est partout, mais il existe des niveaux de Sa présence. Pour le trouver dans la diaspora, il faut se frayer une voie à travers d’innombrables couches d’obscurité.

 

En Eretz Israël, notre faculté imaginative est à même de servir de vecteur à l’inspiration divine qui révèle la volonté de Dieu dans le monde. Une personne à l’écoute de ce niveau de qedoucha peut recevoir le roua’h haqodech qui arrive sur le monde grâce à Israël. En galout, si elle recherche le contact avec le divin, elle risque de capter les parasites pollués des mantras, Yijing, champignons hallucinogènes, swarmis, zen, Hari Krishna, faux messies et vaches brahmanes. Dans l’ombre et l’obscurité de cette existence polluée, ces déformations et ces mensonges apparaissent vraies. On croit servir Dieu, alors qu’on est victime d’une illusion. On ne rend un culte qu’à son imagination.

 

La fine frontière entre l’illusion et la vérité peut également s’insinuer dans le judaïsme. C’est l’illusion qui peut conduire un Juif à appeler Berlin la « nouvelle Jérusalem », ou l’Amérique, la « Terre promise[233] ».

 

Ce concept de pollution géographique n’est pas un simple phénomène métaphysique, il comporte également des conséquences halakhiques. Comme on l’a vu, s’aventurer au-delà des frontières d’Eretz Israël équivaut à partir adorer des idoles. Halakhiquement, un Juif n’est pas autorisé à quitter Eretz Israël sauf pour quelques raisons spécifiques établies par la loi juive[234]. Lorsqu’un Juif quitte Israël pour ’houtz laAretz, il descend vers un monde inférieur. Il mène une vie restreinte ou, dans le langage du Rav Kook, un monde d’enfermement spirituel oppressif. Cet état de privation ne peut être le fondement de l’éminente lumière du Divin. Les Enfants d’Israël ne peuvent recevoir la Torah en Mitsraïm, là où ils sont spirituellement et physiquement opprimés. La racine du mot Mitsraïm signifie étroitesse, le mot qu’emploie le Rav Kook pour décrire la galout. La lumière de Hachem ne peut être contractée, diminuée pour s’adapter à ce monde étroit. Les tentatives pour la limiter aboutissent à des vérités partielles et dénaturées, à la déification des fleuves, des pharaons, des crocodiles et des statues. L’idéal voulu par Dieu pour le monde – la bénédiction, l’excellence et le savoir libres – ne peuvent apparaître lorsque la nation juive est dispersée sur le globe. Le Royaume de Dieu qu’annonce l’existence d’Israël ne peut être instauré lorsque le peuple juif est asservi à d’autres royaumes qu’il s’agisse d’un État démocratique ou totalitaire. Pour que la Souveraineté divine se manifeste sur terre, il faut d’abord que la souveraineté d’Israël soit établie sur sa terre[235]. Et, pour que la Souveraineté divine soit complète – dans le monde, dans les esprits et les cœurs de l’humanité tout entière – toute la nation d’Israël doit vivre en Israël, dominant l’ensemble de son pays[236].

 

Après avoir mis en évidence les différences profondes entre les facultés d’imagination dans le Pays d’Israël et dans le reste du monde, le Rav Kook explique pourquoi l’air d’Eretz Israël peut mener à une plus grande sagesse que la sagesse accessible en dehors du pays.

 

“מתוך שהשכל והדמיון אחוזים זה בזה ופועלים ונפעלים זה על זה וזה מזה, לכן לא יוכל גם השכל שבחו”ל להיות מאיר באורו שבארץ ישראל. “אוירא דארץ ישראל מחכים”.”

 

« Comme l’intellect et l’imagination sont liées l’un à l’autre et exercent l’un sur l’autre une action réciproque, l’intellect qui se trouve hors du Pays d’Israël est également incapable d’être éclairé par la lumière du Pays d’Israël. « L’air du Pays d’Israël rend sage[237]»

 

Les facultés d’intelligence et d’imagination sont inextricablement liées. En Eretz Israël où l’imagination est limpide, l’intellect peut également être clair. Par contre, hors du pays, où l’imagination est trouble, l’intellect lui aussi sera nébuleux. Dans un domaine purement technique comme les mathématiques ou les sciences, la différence n’apparaîtra pas. Mais dans les échelons les plus fins, les plus élevés de la qedoucha, des contradictions se font jour. La pureté de l’interaction entre les deux facultés de l’esprit, l’imagination et l’intellect, est à l’origine de la sagesse supérieure d’Eretz Israël. Pour cette même raison, la Torah d’Eretz Israël est une Torah supérieure[238], une Torah plus pure, plus générale, la Torah du Clal Israël. Transcendant largement « les quatre coudées de la halakha[239] » de la galout, Torat Eretz Israël est la Torah complète, la Torah nationale du Royaume d’Israël qui envoie bénédiction et lumière à toute l’humanité. C’est la Torah du Machia’h qui apporte au monde la parole divine.

 

Cette interprétation n’est pas une invention du Rav Kook. Elle se fonde sur les enseignements de nos Sages, transmis de génération en génération. Nous n’en citerons que quelques-uns.

 

« Il n’est pas de Torah comme la Torah d’Eretz Israël, et pas de sagesse comme la sagesse d’Eretz Israël18. »

 

« Si tu souhaites voir la Chekhina dans le monde, étudie la Torah en Eretz Israël[240]. »

 

« Parmi les goyim, il n’est pas de Torah. D’où nous apprenons que la Torah est en Eretz Israël[241]. »

 

« “Il m’a installé dans des endroits obscurs, comme ceux qui sont morts depuis longtemps”. Rav Yirmiyah dit : il s’agit du Talmud de Babylone[242]. »

 

« Il n’est pas de plus grand bitoul Torah que l’exil d’Israël de son endroit[243]. »

 

« Ceux qui vivent en Eretz Israël ont un grand avantage sur ceux de Babel, en ce qu’ils sont plus directement liés à la vérité car l’air, en Eretz Israël est débarrassé de toute impureté et n’ajoute pas de faussetés et d’idées erronées, ce qui n’est pas le cas en Babylonie[244]. »

 

Dans le traité Chabbat de la Guemara, les élèves du Rav Yo’hanan demandent pourquoi les sages de la Torah en ’houtz laAretz s’habillent de façon distinguée, soignée. Ils répondent que c’est parce qu’ils ne sont pas des Bnei Torah, ils doivent donc se mettre en valeur par leur présentation distinguée. Mais immédiatement, Rabbi Yo’hanan proteste : « Comment pouvez-vous dire qu’ils ne sont pas des Bnei Torah ? » Il faut plutôt dire qu’ils ne sont pas des Bnei mekomam, ils n’habitent pas chez eux[245].

 

La Guemara enseigne que ’houtz laAretz n’est pas l’endroit naturel pour les sages de la Torah. Certes, ils possèdent de vastes connaissances en Torah, mais ils ne vivent pas dans le Pays d’Israël où ils sont chez eux. Les grands sages du Talmud babylonien ont atteint leur grande sagesse, même dans l’obscurité de la galout, parce qu’ils savaient que leur place était en Israël et qu’ils aspiraient à y revenir. Leur nostalgie pour Jérusalem les maintenait attachés au Clal, et à la Chekhina qui rayonne sur la Torah d’Eretz Israël. Ce qui nous amène au thème du chapitre suivant du Rav Kook, l’apparition du roua’h haqodech, même en galout, grâce à une profonde nostalgie pour le Pays d’Israël.

 

 

 

 

 

Chapitre 5

 

RÉCAPITULATIF

 

 

 

  1. L’imagination en Eretz Israël est nette et pure, apte à recevoir la prophétie et l’illumination divine.
  2. Hors du Pays d’Israël, l’imagination est polluée. Elle ne peut constituer une base pour la prophétie ou pour la Révélation divine.
  3. Du fait de l’interdépendance des facultés intellectuelles et imaginatives en l’homme, si l’imagination est polluée, l’intellect le sera également. Ainsi, hors du Pays d’Israël, comme l’imagination est insalubre, l’intellect ne pourra être illuminé par la grande lumière présente en Eretz Israël.
  4. L’air d’Eretz Israël rend sage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

הרב אברהם יצחק הכהן קוק

 

 

ארץ ישראל

 

 

ו

 

פעולת רוח הקדושה הנקלטת בארץ-ישראל פועלת היא תדיר, גם אם נזדמן הדבר ויצא האדם חוצה לארץ על-ידי טעות או על-ידי סיבה מוכרחת. הרי גם הנבואה כשחלה כבר בארץ-ישראל אינה פוסקת גם בחוץ-לארץ. “היה היה דבר ה’ אל יחזקאל בארץ כשדים – היה, מפני שהיה כבר”. שפעת הקודש, שהותחלה בארץ-ישראל, מלקטת היא כל ברורי הקודש הנמצאים בחוץ-לארץ בכל המעמקים, ומקרבתם בכוחה המושך אליה. כל מה שקשה יותר לסבול את אויר חוץ-לארץ, כל מה שמרגישים יותר את רוח-הטומאה של אדמה טמאה, זה הוא סימן לקליטה יותר פנימית של קדושת ארץ-ישראל, לחסד עליון, אשר לא יעזב ממנו מי שזכה להסתופף בצלצח של ארץ חיים, גם בהתרחקו ונודו, גם בגלותו וארץ נדידתו, הזרות שמרגישים בחוץ-לארץ הרי היא מקשרת יותר את כל חשק הרוח הפנימי לארץ ישראל וקדושתה, הצפייה לראותה מתגברת וציור חקיקת תבנית הקודש של ארץ אשר עיני ה’ בה תמיד, מראשית השנה עד אחרית שנה, מתעמקת יותר ויותר, ועומק תשוקת הקודש של חיבת ציון, של זכירת הארץ, שכל חמודות בה קשורות, כשהיא מתגברת בנשמה, אפילו יחידית, הרי היא עושה פעולת נביעה מעינית לכל הכלל, לרבבות נשמות הקשורות עמה, וקול שופר של קיבוץ נידחים מתעורר ורחמים רבים מתגברים, ותקוות חיים לישראל מתנוצצת, וצמח ד’ הולך ופורח, ואור ישועה וגאולה מתפצל ומתפשט, כשחר פרוש על ההרים.

 

 

 

 

 

 

 

LE RAV AVRAHAM YITZHAK HAKOHEN KOOK

 

ERETZ ISRAËL

Chapitre 6

[Traduction littérale]

 

 

Le roua’h haqodech qui parvient dans le Pays d’Israël agit en permanence – même si une personne a dû partir pour ’houtz laAretz, que ce soit par erreur, ou pour un cas de force majeure. Car une prophétie qui a commencé à apparaître en Eretz Israël ne se tarit pas à l’extérieur du pays. « La parole de l’Éternel fut adressée à Ézéchiel… dans le pays des Chaldéens – c’est parce que cela s’est déjà produit[246]. »

 

L’afflux de qedoucha qui a commencé dans le Pays d’Israël rassemble toutes les élucidations de sainteté qui se trouvent en ’houtz laAretz, dans toute leur étendue, et les rapproche par sa force gravitationnelle.

 

Plus il est difficile de tolérer l’air à l’extérieur du pays d’Israël, plus on ressent l’atmosphère de toume’a d’un pays impur ; c’est le signe d’une intériorisation plus profonde de la qedoucha du Pays d’Israël, de la bonté sublime qui n’abandonnera jamais quiconque a mérité de s’abriter à l’ombre du pays de la vie, même durant ses lointains voyages, même durant son exil et dans le pays de ses pérégrinations.

 

L’étrangeté que l’on ressent à l’extérieur du Pays d’Israël suscite un lien plus fort avec l’aspiration spirituelle intérieure à Eretz Israël et à sa qedoucha. Le désir de voir le pays s’intensifie et la vision de l’image sainte, réelle du pays qui est constamment sous l’œil de Dieu depuis le début de l’année à la fin[247], s’approfondit de plus en plus. Et l’aspiration sainte à l’amour de Sion, au souvenir du pays auquel sont liées toutes les bonnes choses de la vie – lorsqu’elle s’intensifie dans une âme, même une seule – agit comme une source débordante pour l’ensemble du Clal, les âmes innombrables qui lui sont liées et le son du schofar du rassemblement des bannis s’éveille ; une grande clémence se développe ; l’espoir de la vie pour Israël brille ; la plante de Dieu grandit et fleurit ; et la lumière du Salut et de la Délivrance se répand comme l’aube qui se déploie au-dessus des montagnes[248].

 

 

 

 

 

Chapitre 6

 

 

L’ASPIRATION A LA SAINTETÉ

 

 

 

 

Nous avons appris qu’Eretz Israël est le pays de la prophétie. Ce n’est que dans le Pays d’Israël que l’individu juif comme la nation juive peuvent véritablement être eux-mêmes et exprimer authentiquement les talents israéliens qui leur sont propres. Ce n’est que dans l’atmosphère pure, sainte d’Eretz Israël qu’un Juif peut optimiser ses facultés imaginatives et intellectuelles conformément à la volonté de Dieu.

 

Par contre, le fait de vivre à l’extérieur du Pays d’Israël entrave l’âme, pollue le potentiel profond du Juif et affaiblit sa relation à Dieu. Dans ces conditions, comment est-il possible que le roua’h haqodech, et même la prophétie, apparaissent parfois hors du Pays d’Israël ?

 

Dans ce chapitre, le Rav Kook répond à cette question et traite de quelques concepts abordés dans les chapitres précédents. En premier lieu, l’idée que, lorsque le roua’h haqodech est correctement perçu en Eretz Israël, il peut perdurer, même si l’individu doit partir pour ’houtz laAretz. Le deuxième concept concerne le sentiment général et la psychologie d’un Juif hors du Pays d’Israël. Paradoxalement, le malaise ressenti est un signe de santé. Enfin, le Rav Kook précise que la nostalgie ressentie par un seul Juif à l’égard d’Israël exerce une influence sur la Délivrance du peuple juif tout entier.

 

פעולת רוח הקדושה הנקלטת בארץ-ישראל פועלת היא תדיר, גם אם נזדמן הדבר ויצא האדם חוצה לארץ על-ידי טעות או על-ידי סיבה מוכרחת. הרי גם הנבואה כשחלה כבר בארץ-ישראל אינה פוסקת גם בחוץ-לארץ. “היה היה דבר ה אל יחזקאל בארץ כשדים היה, מפני שהיה כבר”.

 

« Le roua’h haqodech qui parvient dans le Pays d’Israël agit en permanence – même si une personne a dû partir pour ’houtz laAretz, que ce soit par erreur, ou pour un cas de force majeure. Car une prophétie qui a commencé à apparaître en Eretz Israël ne se tarit pas à l’extérieur du pays. “La parole de l’Éternel fut adressée à Ézéchiel… dans le pays des Chaldéens – c’est parce que cela s’est déjà produit[249]. »

 

La Guemara rapporte une histoire intéressante à propos de la mort de Rav Houna à Babylone. À son enterrement, Rav Abba prononça un éloge funèbre en ces termes : « Notre maître aurait mérité que la Chekhina repose sur lui, mais la Babylonie a empêché que cela se produise[250]. »

 

Cela signifie que si Rav Houna avait vécu en Eretz Israël, la Chekhina aurait reposé sur lui, alors que, dans l’exil, c’est tout simplement impossible. Au cours de l’enterrement, Rabbi Na’hman, l’un des enfants de Rav Hisda, posa une question délicate : Comment pouvez-vous dire que la Chekhina n’apparaît pas en ’houtz laAretz ? et il cita le verset :

 

“היה היה דבר ה’ אל יחזקאל בן-בוזי הכהן בארץ כשדים…

 

« La parole du Seigneur est/fut adressée à Ézéchiel, fils de Bouzi, le prêtre, au pays des Chaldéens1… »

 

Ce verset indique clairement qu’Ézéchiel prophétisait en ’houtz laAretz. Comment faut-il l’expliquer ? Rav Hisda répond que la répétition du verbe היה היה  à la fois au présent et au passé dans le verset :  « La parole du Seigneur est – était sur Ézéchiel au pays des Chaldéens », signifie que si Ézéchiel a pu prophétiser à l’extérieur du Pays d’Israël, c’est parce qu’il avait déjà connu la prophétie en Eretz Israël.

 

Dans le Kouzari, livre fondamental de la foi juive, Rabbi Yéhouda Halévy explique que la prophétie survient soit dans le pays d’Israël soit à son sujet[251]. Le commentaire de Rachi sur la Guemara dans Moed Katan donne une interprétation identique2. Il indique que la prophétie d’Ézéchiel en Babylonie correspondait à une situation d’urgence, et, comme sa carrière prophétique avait déjà commencé en Israël, elle était à même de poursuivre la voie de son inspiration d’origine.

 

Le premier appel divin que reçut Abraham illustre également cette idée. Dieu s’adressa à lui hors d’Israël dans le but dans l’amener dans le pays. « L’Éternel avait dit à Avram : “Éloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle, et va au pays que Je t’indiquerai[252]. »

 

De même, Moïse fut capable de recevoir la prophétie dans le désert du Sinaï afin de libérer les Juifs et de les amener en Israël. « L’Éternel poursuivit : “J’ai vu, j’ai vu l’humiliation de mon peuple qui est en Égypte ; j’ai accueilli sa plainte contre ses oppresseurs, car je connais ses souffrances. Je suis donc intervenu pour le délivrer de la puissance égyptienne, et pour le faire passer de cette contrée-là dans une contrée fertile et spacieuse, dans une terre ruisselante de lait et de miel[253]“. »

 

Cette prophétie est survenue alors que le peuple juif se trouvait en danger. Précision intéressante : d’après le Kouzari, le désert du Sinaï faisant partie d’Eretz Israël[254], la première prophétie de Moïse eut donc lieu en Israël et put donc se poursuivre même lorsqu’il revint en Égypte pour libérer les Juifs.

 

Tel est donc l’idée principale de ce chapitre du Rav Kook. Reprenons-en quelques détails.

 

 

פעולת רוח הקדושה הנקלטת בארץ-ישראל פועלת היא תדיר, גם אם נזדמן הדבר ויצא האדם חוצה לארץ על-ידי טעות או על-ידי סיבה מוכרחת.

 

 

« Le roua’h haqodech qui parvient dans le Pays d’Israël agit en permanence – même si une personne a dû partir pour ’houtz laAretz, que ce soit par erreur, ou pour un cas de force majeure. »

 

L’esprit divin qui agit en Eretz Israël est une source pérenne, même si la personne qui en est dotée est contrainte de quitter le pays. Dans cette phrase, le Rav Kook parle du roua’h haqodech dont la prophétie est l’expression la plus élevée[255].

 

Bien que le roua’h haqodech et la prophétie soient intimement liés, ils se distinguent nettement. Alors que le roua’h haqodech ressemble davantage à l’inspiration sous des formes très diverses, la prophétie est un commandement divin adressé à un prophète, annonçant un message particulier ou un avertissement de Dieu. Le roua’h haqodech provient de la même source divine, mais ses objectifs et ses fonctions sont différentes. Il correspond à une élévation de la réflexion humaine et à un accueil des émanations élevées qui inspirent les actions d’une personne, ses interprétations et ses créations inspirées. Les psaumes du roi David constituent son expression type – épanchement de l’âme dans la poésie et le cantique, lui permettant d’adhérer passionnément à Dieu.

 

Le roua’h haqodech peut également apparaître dans les faits, dans des actes de grand courage, d’abnégation et de puissance, comme le montre la vie de Samson : « Saisi soudain de l’esprit divin, Samson le mit en pièces (le lion) comme on ferait d’un chevreau[256]. » « Et saisi de l’esprit divin, il descendit à Ascalon et y tua trente hommes[257]. » C’est là la source du courage qui a soutenu le peuple juif à travers l’histoire, depuis l’époque biblique jusqu’à la grande vaillance et le dévouement des soldats israéliens aujourd’hui.

 

Le roua’h haqodech confère en outre de nouvelles perspectives et un nouvel éclairage de la Torah. Dans l’ouvrage Kol haTor, un élève du Gaon de Vilna décrit comment l’éminent rabbin avait prévu l’effroyable tragédie qui allait s’abattre sur les Juifs de Russie et d’Europe s’ils ne « montaient » pas en Israël.

 

« En des termes sculptés dans les flammes, notre maître, le Gaon de Vilna, Qadoch Israël, recommandait à ses élèves de faire leur aliyah en Israël et de poursuivre le rassemblement des exilés. Il encourageait en outre ses élèves à précipiter la Fin révélée et la réalisation de la Délivrance en s’installant en Eretz Israël. Presque chaque jour, il nous parlait avec émotion et en tremblant, disant qu’à Sion et Jérusalem, il y aurait un refuge et que nous ne devions pas retarder l’occasion de nous y rendre avant qu’il ne soit trop tard. Qui peut exprimer, ou qui peut décrire l’ampleur de l’inquiétude de notre maître lorsque, les larmes aux yeux, il nous adressait ces paroles avec son roua’h haqodech[258] ? »

 

Comme nous l’avons appris dans ce chapitre, le roua’h haqodech du Gaon de Vilna provenait de la ferveur de son attachement à Israël. L’interprétation que donnait le Rav Kook des différences très réelles entre Eretz Israël et les pays des Gentils provient assurément de sa propre expérience et de ses connaissances. Très jeune, il aspirait à quitter la Russie pour se rendre en Eretz Israël. Enfant, il alignait ses amis dans la cour et les faisait défiler en portant des bâtons sur l’épaule en guise de fusils, comme s’il les emmenait en Israël[259]. Seul, la nuit, dans la salle d’étude de la yéchiva de Volozhin, il épanchait son cœur devant le aron haQodech, priant pour avoir l’occasion de servir Dieu dans le Beit haMiqdach. Des élèves de la yéchiva se rappellent que, les jours de fête, ses prières étaient fascinantes de ferveur pour Jérusalem. Le jour de Ticha beAv, son corps était brisé par les sanglots et le chagrin, et ses lamentations nocturnes sur l’exil étaient si authentiques qu’elles suscitaient des frissons chez nombre de rabbins et d’élèves de la yéchiva. Lorsqu’on lui demandait pourquoi son émotion semblait plus intense que celle des autres, le Rav Kook répondait modestement qu’il était un Cohen.

 

L’exceptionnelle compréhension qu’avait le Rav Kook de tous les aspects de la Torah fit de lui un élève particulièrement proche du roch yéchiva, le Natsiv[260], dont il reçut l’enseignement transmis depuis le Rav ’Haïm de Volozhin et le Gaon de Vilna. Le Rav Kook avait moins de vingt-cinq ans lorsque le ’Hafetz ’Haïm lui fit promettre d’accepter le premier poste rabbinique qui lui serait proposé[261]. Sa renommée s’était répandue à travers la Russie ; cependant, lorsque la communauté juive de Yaffo l’invita à devenir son chef spirituel, il eut le sentiment que ses rêves commençaient à se réaliser. D’éminents rabbins le prièrent instamment de rester en Russie, mais le Rav Kook partit pour Eretz Israël auquel il aspirait tant.

 

Après son aliyah en Israël, il témoigne dans plusieurs lettres à quel point il lui était pénible de quitter le pays, même pour des missions de grande importance pour le Am Israël[262]. En proie à un grand trouble intérieur, comme s’il abandonnait un être cher, il accepta de voyager en Europe pour réconcilier les sages de la Torah fortement divisés à propos du mouvement sioniste en plein essor. Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, il se trouva bloqué en Angleterre, sans possibilité de rentrer en Eretz Israël. Bon nombre de ses écrits publiés dans OROT datent de cette époque. Ils témoignent du roua’h haqodech qui éclairait sa créativité et sa réflexion, même hors du pays d’Israël. Et cette lumière provenait de son amour incommensurable pour Eretz Israël.

 

Ce point étant bien acquis, il est pratiquement impossible de trouver un ouvrage important sur la Torah dont l’auteur ou les auteurs n’étaient pas profondément attachés au Pays d’Israël. Qu’il s’agisse des Sages du Talmud de Babylone, du Rambam, du Ramban, de Rabbi Yéhouda Halévi, du Ram’hal, du Maharal, du Gaon de Vilna, du Beit Yossef, de Rabbi Na’hman de Bratslav, du ’Hafetz ’Haïm…, tous, que ce soit par l’exemple de leur aliyah ou par l’amour d’Israël qui apparaît dans leurs écrits, avaient en commun un profond attachement à Israël. À l’instar du Gaon de Vilna qui partit pour Israël, mais ne parvint pas à destination, le Rabbi Schnéour Zalman de Liadi, l’auteur du célèbre Tania et le fondateur du mouvement ’Habad, voulut faire son aliyah, mais en fut empêché.

 

Em haBanim Smé’ha, l’ouvrage du Rav Yissa’har Chlomo Taikhtal, qui traite de l’importance suprême d’Eretz Israël, fut écrit par un rabbin opposé au sionisme jusqu’à ce qu’il soit pris dans la Shoah. Il cite une lettre écrite par le Rabbi Schnéour Zalman affirmant qu’il fut libéré de prison en Russie grâce au mérite d’Eretz Israël :

 

« C’est l’œuvre de Dieu d’amener le mérite sur nous, par le mérite de la Terre de sainteté et de ses habitants, car c’est ce qui nous soutient et nous aide à tout moment à nous libérer des souffrances et à nous épargner l’oppression[263]. »

 

Le Rav Taikhtal ajoute que ces propos du Baal haTania suffirent à le convaincre de l’importance vitale d’Eretz Israël car « tous ses propos étaient inspirés par le roua’h haqodech. » Et il cite le verset biblique sur lequel s’appuie l’affirmation du Baal haTania : « Et je me ressouviendrai de mon alliance avec Jacob ; mon alliance aussi avec Isaac, mon alliance aussi avec Abraham, je m’en souviendrai, et la terre aussi, je m’en souviendrai[264]. »

 

Ce qui signifie que, même si le mérite de Jacob n’est pas suffisant pour épargner aux Juifs les épreuves, et si ni celui d’Isaac ni celui d’Abraham ne suffisent, le mérite d’Eretz Israël sauvera les Juifs de l’oppression. « Car le mérite d’Eretz Israël se place au-dessus de tous les mérites (zekhouiot) dont nous bénéficions, et il est encore plus grand que le zekhout de nos ancêtres, puisque, si leur mérite ne parvient pas à nous aider, le mérite du pays nous défendra et nous sauvera de l’oppression lorsque nous sommes en danger15. »

 

Dans la première phrase de ce chapitre, le Rav Kook évoquait le départ d’un Juif du Pays d’Israël, par suite d’une erreur ou pour un cas de force majeure. Ici, le Rav Kook attire notre attention sur un important fondement de la foi juive. Selon le projet divin, le peuple juif doit vivre en Israël.

 

Les commandements de la Torah constituent le code de vie auquel doit se conformer le peuple juif. Les 613 commandements sont comparés aux 613 organes, tendons et muscles de l’anatomie humaine. Ainsi, lorsqu’un Juif respecte tous les commandements, son métabolisme spirituel et physique fonctionne de façon optimale, conformément au plan divin. Lorsqu’un Juif mange de la nourriture casher, met les tefillin, respecte le Chabbat, s’abstient de l’adultère etc., il maximise son potentiel juif et sa santé. De même, lorsque la nation dans son ensemble respecte les commandements, elle atteint son meilleur état de santé. Les rabbins ont souligné l’importance particulière d’un certain nombre de commandements. Des préceptes comme le respect du Chabbat et l’étude de la Torah sont les fondements de la foi juive, de même que la mitsva d’habiter en Eretz Israël, comme l’ont dit nos Sages : « La mitsva d’habiter dans le Pays d’Israël revêt une importance égale à toutes les autres prescriptions de la Torah réunies[265]. »

 

Durant la majeure partie de l’exil, il était, en général, impossible de vivre en Israël, que ce soit à cause des dangers du voyage ou tout simplement, faute de moyens. Une communauté juive a toujours vécu en Israël et des âmes courageuses continuèrent à défier tous les obstacles et à faire leur aliyah mais, pour la majorité des Juifs, Israël représentait un rêve lointain. La mitsva conservait cependant toute sa valeur, et lorsqu’il nous a été possible de l’observer, elle reprit son caractère contraignant comme tout autre précepte de la Torah[266].

 

Faute de place, nous n’étudierons pas le sujet en détail, mais il est important de rappeler cet enseignement fondamental de la Torah. Les lecteurs intéressés par une étude plus détaillée peuvent se reporter aux sources cités en note dans le présent chapitre[267]. Nous ne proposons ici qu’une présentation générale.

 

Le Ramban établit de façon non équivoque que la mitsva de vivre en Eretz Israël est un commandement de la Torah qui s’applique à toutes les époques. Voici ce qu’il écrit :

 

« Il nous est enjoint de prendre possession du pays que le Très-Haut a donné à nos pères, à Abraham, Isaac et Jacob ; et de ne pas l’abandonner à d’autres nations ni de le laisser en friche, comme Il leur a dit “Vous déposséderez les habitants du pays et vous y habiterez, car Je vous ai donné le pays pour en prendre possession” et plus loin, Il dit : “pour hériter du pays que j’ai juré à vos pères” ; autrement dit, il nous est ordonné de conquérir le pays à chaque génération18. »

 

Il est ainsi ordonné au peuple juif de conquérir le Pays d’Israël et d’y établir une souveraineté juive ; d’y habiter ; et de le préserver contre les nations étrangères. Le Ramban poursuit :

 

« Il leur a dit : “prenez possession du pays et habitez-y, car c’est à vous que J’ai donné le Pays pour le posséder et vous prendrez possession du pays que J’ai juré à vos pères“… C’est ce que nos Sages appellent milkhémet mitsva… et ne tombe pas dans l’erreur de croire que ce commandement se limite à la guerre contre les sept peuples… Il n’en est pas ainsi… Nous ne devons pas laisser le pays entre leurs mains ni entre les mains d’aucune autre nation, de génération en génération18… »

 

Lorsque nous avons la possibilité de vivre en Israël et que nous choisissons de ne pas y vivre, nous nous révoltons contre le projet conçu par Dieu pour le Peuple juif, comme l’explique le Ramban :

 

« C’est un commandement positif qui s’applique à toutes les époques… Preuve en est que le commandement est le suivant : à propos des Explorateurs, les Juifs ont reçu l’ordre suivant : Monte, prends-en possession comme Hachem te l’avait dit. Ne crains point et ne sois pas effrayé. Et il est dit plus loin : Lorsque l’Éternel vous envoya de Kadech-Barnéa en disant : “Montez et prenez possession du pays que je vous ai donné“, et lorsqu’ils ne montèrent pas, la Torah dit : “vous fûtes rebelles à l’ordre de l’Éternel… et vous n’obéîtes point à Sa voix18“. »

 

La décision du Ramban – la mitsva d’habiter en Eretz Israël s’applique à chaque génération – est également mentionnée dans le commentaire du Choulkhan AroukhPit’hé Techouva[268].

 

Étant donné que vivre en Eretz Israël est un commandement de la Torah et qu’il apporte la santé au Juif en tant qu’individu et en tant que nation, il est interdit de quitter le Pays d’Israël, excepté dans les cas prévus par la halakha. Dans le Michné Torah[269], le Rambam établit :

 

« À toutes les époques, il est interdit à un Juif de quitter Eretz Israël pour ’houtz laAretz, sauf pour étudier la Torah, se marier ou sauver des biens juifs des mains des Gentils, et il doit ensuite rentrer dans le pays. On peut aussi partir temporairement pour affaires, mais il est interdit d’habiter à l’extérieur du Pays d’Israël, à moins qu’il n’y sévisse une grave famine… »

 

C’est pourquoi, en décrivant un Juif qui quitte Eretz Israël, le Rav Kook utilise l’expression « même si une personne devait partir pour ’houtz laAretz, que ce soit par erreur, ou pour un cas de force majeure ». Un Juif est chez lui en Israël. C’est son environnement naturel. C’est l’endroit donné par Dieu qui est sain pour lui. C’est l’endroit où il peut recevoir le roua’h haqodech, où la nation d’Israël est censée se construire. Cependant, si un Juif est contraint de quitter le Pays d’Israël, son inspiration divine unique peut le suivre où qu’il aille.

 

“שפעת הקודש, שהותחלה בארץ-ישראל, מלקטת היא כל ברורי הקודש הנמצאים בחוץ-לארץ בכל המעמקים, ומקרבתם בכוחה המושך אליה.”

 

« L’afflux de qedoucha qui a commencé dans le Pays d’Israël rassemble toutes les élucidations de sainteté qui se trouvent en ’houtz laAretz, dans toute leur étendue, et les rapproche par sa force gravitationnelle. » 

 

Ici, le Rav Kook se réfère à un concept de la Qabbala, la recouvrement des étincelles de qedoucha tombées à travers le monde. Il s’agit d’éclats dispersés de l’afflux divin qui soutient le monde physique et lui donne vie. La source des étincelles est la fontaine de qedoucha qui s’écoule d’Eretz Israël. C’est le puits de l’inspiration divine que le Rav Kook a décrit dans le chapitre 3. C’est par notre errance en exil et notre retour en Israël que ces étincelles dispersées reviennent à leur source.

 

Dans la littérature de la Qabbala, la tâche de l’humanité à travers l’histoire consiste à rassembler les étincelles tombées, ou les fautes, hors des profondeurs de l’obscurité et du mal et à les restituer à leur source sainte par le processus de repentance. Techouva signifie retour. Grâce à la techouva, les fautes sont réparées et les pulsions qui les avaient provoquées retournent à leur état de pureté originel. Par l’expression « élucidations de sainteté », le Rav Kook désigne le travail de séparation du bien et du mal. C’est le processus de tamisage, d’épuration de la techouva.

 

Le processus de repentance a commencé dès le premier homme. La faute d’Adam avait suscité la chute dans l’exil des étincelles de sainteté tombées hors de jardin d’Eden. Les étincelles se sont enfoncées dans les profondeurs et l’obscurité du monde physique. Pour restaurer l’humanité et le monde dans leur pureté originelle et leur connexion à Dieu, les étincelles exilées doivent être récupérées[270].

 

Adam et les générations qui suivirent entamèrent ce processus de réparation. Par la suite, la tâche de parfaire le monde incomba à Abraham et à ses descendants. Si la lignée royale de David avait réussi à maintenir un Royaume de Torah en Eretz Israël, la Création serait revenue à la perfection[271]. Mais lorsque le Peuple d’Israël a fauté, les étincelles qu’il avait déjà rassemblées furent dispersées et exilées avec lui aux quatre coins de la terre.

 

Le rassemblement des exilés en Israël s’effectue parallèlement au retour à leur source des étincelles tombées. La nation exilée doit libérer la qedoucha emprisonnée dans la toume’a des nations[272]. L’esprit divin qui brille en permanence au plus profond de l’âme du peuple juif agit comme un aimant, attirant les fragments exilés de l’inspiration divine et de la sainteté. Lorsque les bannis reviennent en Israël, les étincelles de qedoucha reviennent avec eux. Nos Sages enseignent que, lorsque Israël est en exil, la Chekhina est également en exil[273]. De même, lorsque le peuple juif revient en Israël, la Chekhina revient avec eux[274]. En effet, la Délivrance d’Israël ramène Dieu vers le monde. Depuis le cimetière, la vie divine et la qedoucha ressuscitent[275]. Ainsi, la nostalgie du peuple juif pour Eretz Israël catalyse non seulement la Délivrance d’Israël, mais également la repentance et le perfectionnement du monde entier[276].

 

Ce concept du rassemblement des étincelles de qedoucha tombées dans l’exil permet de comprendre le processus mondial que décrit le Rav Kook dans le chapitre 3. En galout, nous recueillons les meilleurs éléments de l’Inspiration divine générale que nous trouvons. Ce sont les étincelles de qedoucha internationales qui amènent notre nation à son achèvement et nous permettent d’être une lumière pour toutes les nations du monde[277]. En ne retenant que le meilleur de toutes les nations et en les élevant vers Dieu, Israël est le véritable « Nations unies ». « Et par toi, seront bénies toutes les nations de la terre[278]. »

 

Quelle est la relation entre les étincelles de qedoucha tombées et la capacité de recevoir le roua’h haqodech hors du Pays d’Israël ? Nous avons vu comment la toume’a de ’houtz laAretz pollue l’imagination et obstrue les voies prophétiques d’un Juif. Cependant, les étincelles de qedoucha tombées sont encore présentes dans les klipot. Un homme d’une grande puissance spirituelle, qui a bénéficié de l’inspiration divine en Eretz Israël, peut recueillir ces étincelles. En descendant en ’houtz laAretz, le roua’h haqodech qui l’accompagne depuis Israël agit comme un aimant spirituel, attirant les étincelles de sainteté de son environnement. Ces étincelles constituent une voie de qedoucha par laquelle son roua’h haqodech peut continuer à affluer. On comprend dès lors comment Ézéchiel a pu prophétiser en Chaldée. La voie des étincelles de qedoucha recueillies entretint sa capacité prophétique même après son départ d’Eretz Israël.

 

La seconde grande idée de ce chapitre concerne la psychologie générale et le sentiment d’un Juif à l’extérieur du Pays d’Israël. Paradoxalement, plus il se sent mal, plus il est en bonne santé. Son incapacité à tolérer la toume’a des pays étrangers est un signe qu’il est profondément attaché à Israël. En outre, son aspiration à revenir en Eretz Israël influence non seulement sa vie privée, mais également son environnement. Sa nostalgie rapproche la Délivrance d’Israël et le rassemblement des exilés à Sion.

 

כל מה שקשה יותר לסבול את אויר חוץ-לארץ, כל מה שמרגישים יותר את רוח-הטומאה של אדמה טמאה, זה הוא סימן לקליטה יותר פנימית של קדושת ארץ-ישראל, לחסד עליון, אשר לא יעזב ממנו מי שזכה להסתופף בצלצח של ארץ חיים, גם בהתרחקו ונודו, גם בגלותו וארץ נדידתו.”

 

 

« Plus il est difficile de tolérer l’air à l’extérieur du pays d’Israël, plus on ressent l’atmosphère de toume’a d’un pays impur ; c’est le signe d’une intériorisation plus profonde de la qedoucha du Pays d’Israël, de la bonté sublime qui n’abandonnera jamais quiconque a mérité de s’abriter à l’ombre du pays de la vie, même durant ses lointains voyages, même durant son exil et dans le pays de ses pérégrinations. »

 

Comment savoir si l’on est profondément attaché au Pays d’Israël ? Si l’on est incapable de tolérer l’atmosphère polluée de ’houtz laAretz ; si l’on ressent physiquement et émotionnellement sa pollution spirituelle, c’est le baromètre qu’on est intérieurement en harmonie avec la qedoucha d’Eretz Israël.

 

Les propos du Rav Kook ne doivent pas être pris au sens purement métaphorique. Il décrit une vérité physiologique. Une personne qui a établi une profonde relation spirituelle avec Israël ressentira quelque chose d’anormal en ’houtz laAretz. La sensation peut être d’ordre physique, comme un manque d’air. Ce qui lui manque, c’est la qedoucha de la Terre sainte qui, tout simplement, n’existe pas dans la diaspora.

 

De même, de nombreux olim qui retournent en ’houtz laAretz après une longue intégration en Eretz Israël ont un sentiment d’étrangeté dès leur arrivée à l’aéroport. Immédiatement, ils se sentent déplacés, détachés, comme s’ils avaient atterri sur une planète totalement différente. Les gens qui les entourent semblent de toute évidence non-Juifs ; la langue semble étrangère ; les publicités inconnues ; les policiers, les voitures, les paysages de l’autoroute semblent détachés de leur vie. Le panorama et l’architecture peuvent être beaux, mais ce ne sont pas les leurs[279]. Lorsqu’un oleh revient dans son ancien quartier, il lui arrive de se sentir étranger, comme s’il n’était plus chez lui. Les sujets de discussion entre les gens semblent soudain dénués d’importance. Il ne partage plus leurs priorités. Au contraire, il ressent un désir très vif de téléphoner à quelqu’un en Israël pour s’enquérir de ce qui s’y passe.

 

Le sentiment d’étrangeté et de vide spirituel qu’on ressent en diaspora sont les signes de la purification intérieure de la personne. Pour un Juif, c’est une réaction saine. C’est le signe de la « bonté sublime qui n’abandonnera jamais la personne qui a mérité de s’abriter à l’ombre du pays de la vie, même durant ses lointains voyages… » Cette sublime bonté est une bénédiction de Dieu, un bouclier divin qui protège le Juif de l’influence négative de la galout en lui rappelant qu’il n’y est pas chez lui.

 

Un Juif qui vit en diaspora et n’a jamais connu un environnement de qedoucha et de santé spirituelle peut ne jamais identifier l’impureté de son environnement. Il ne dispose d’aucun baromètre de comparaison. Comme nous l’avons vu dans le deuxième chapitre d’OROT, Eretz Israël ne lui manquera pas et son environnement galoutique lui semblera plaisant. Il peut fort bien, même lorsqu’il se rend en Eretz Israël, ne pas reconnaître la qedoucha de l’air et les trésors spirituels du pays, car le pays ne dévoile ses secrets qu’à la personne qui y tient véritablement de tout son cœur et de tout son pouvoir.

 

Le Rav Kook écrit qu’Eretz Israël est le pays de la vie[280]. Ce n’est que dans le Pays d’Israël que le peuple juif peut mener une vie authentique – une vie de souveraineté de la nation juive. Ce n’est qu’en Israël que le Juif peut véritablement être lui-même, fidèle à son identité et à ses talents israéliens. D’ailleurs, ce n’est qu’en Eretz Israël, le pays de la vie, que se produit la résurrection des morts[281]. La Guemara établit qu’un Juif qui meurt en galout doit péniblement traverser des galeries souterraines pour ressusciter en Israël33. La diaspora est décrite comme une tombe, un lieu d’ossements desséchés[282]. Le prophète Amos avertit les Juifs : « Tu mourras sur une terre impure[283]. » Quelqu’un qui est profondément attaché à Israël ressentira cette impureté lorsqu’il se trouvera hors du pays. Il ressentira le manque de sincérité du rituel et de la prière[284]. Il ressentira l’absence de qedoucha, du statut de nation, de patrie et de toutes les autres expressions d’une vie juive saine. Même dans la communauté la plus religieuse, un Juif attaché à la segoula divine d’Eretz Israël ressentira une chute spirituelle – comme le laisse entendre le terme yérida. Où que ce soit, l’air et l’environnement de la galout tout entière ne peuvent être comparés à la très haute qedoucha d’Eretz Israël.

 

 

הזרות שמרגישים בחוץ-לארץ הרי היא מקשרת יותר את כל חשק הרוח הפנימי לארץ ישראל וקדושתה, הצפייה לראותה מתגברת וציור חקיקת תבנית הקודש של ארץ אשר עיני ה בה תמיד, מראשית השנה עד אחרית שנה, מתעמקת יותר ויותר.

 

« L’étrangeté que l’on ressent à l’extérieur du Pays d’Israël suscite un lien plus fort avec l’aspiration spirituelle intérieure à Eretz Israël et à sa qedoucha. Le désir de voir le pays s’intensifie et la vision de l’image sainte, réelle du pays qui est constamment sous l’œil de Dieu depuis le début de l’année à la fin[285], s’approfondit de plus en plus. »

 

 

Le Juif qui est parvenu à établir une relation intime vivifiante avec Israël la porte avec lui, même lorsqu’il doit voyager hors du pays. L’étrangeté qu’il ressent en galout agit comme une protection contre la pollution qu’il y trouve, préservant son salubre attachement à Israël. Tout Juif, où qu’il vive, possède cette aptitude à établir un lien de vie avec Israël. S’il parvient à se purifier, à cheminer honnêtement en lui-même pour se découvrir, pour ôter chaque klipa l’une après l’autre, chaque diaspora, chaque culture étrangère, à remonter plusieurs générations dans le temps dans l’histoire de sa famille pour découvrir sa patrie d’origine et ses racines – s’il est courageux, déterminé et assez chanceux pour établir cette relation, il en arrivera à se sentir étranger dans sa vie de diaspora et à ressentir une fervente nostalgie pour Sion.

 

S’éveiller de la galout à une nouvelle vie en Israël ressemble au cheminement du repentir d’un Juif qui se tourne vers une nouvelle vie de Torah. Au début, il se sent étranger à son ancien mode de vie. Il ressent son impureté et aspire à se détacher de son ancien style de vie et de son ancien environnement. Il ne se reconnaît plus dans la vie qu’il menait autrefois. De nombreuses choses qu’il appréciait auparavant lui semblent désormais ne revêtir aucune importance. Il recherche un nouveau milieu, de nouvelles valeurs, de nouveaux objectifs et de nouveaux idéaux.

 

En vérité, un Juif qui revient à une vie de Torah sans avoir établi une relation étroite avec Israël n’a effectué qu’une partie du chemin. Peut-être n’a-t-il pas eu accès aux enseignements les plus profonds de la Torah ; peut-être les défis et les problèmes posés par le départ en Israël étaient-ils trop importants ; quelle que soit la raison, bien qu’il ait découvert une nouvelle vie de Torah, il n’a pas encore trouvé la plénitude. Car le mot techouva signifie revenir chez soi, non seulement en actes, mais également là où les actes doivent être accomplis[286]. Cela vaut aussi bien pour l’individu que pour la nation.

 

Si un Juif n’aspire pas activement à Israël, c’est que quelque chose ne va pas dans sa vie spirituelle. S’il a conscience d’être Juif et en est fier, le fait qu’il soit satisfait de la galout indique qu’il est toujours détaché de l’idéal juif. Car les expressions les plus authentiques du judaïsme et de l’identité juive sont une dévotion pour Dieu, la Torah, le Peuple d’Israël et Eretz Israël. Aucune de ces dimensions ne peut être complète sans les autres[287].

 

La nostalgie éprouvée pour Israël mène au désir de s’y trouver, d’y vivre, de parcourir ses vallées et ses collines bibliques, de contempler Jérusalem et de toucher les pierres du Kotel, de construire une vie dans le pays auquel Dieu accorde un amour particulier, direct. Le Kouzari écrit que Jérusalem ne pourra être reconstruite que lorsque les enfants d’Israël y aspireront au point d’embrasser ses pierres et sa poussière[288], comme le dit le verset des Psaumes : « Tu te lèveras, Tu prendras Sion en pitié, car il est temps de lui faire grâce : l’heure est venue. Car Tes serviteurs affectionnent ses pierres et ils chérissent jusqu’à sa poussière[289]. »

 

C’est le sentiment même d’étrangeté ressenti en galout qui intensifie la nostalgie pour le pays. L’intensité de ce sentiment dépend de la profondeur de l’amour ressenti pour Eretz Israël et de l’attachement aux segoulot du pays, comme un amoureux loin de sa bien-aimée désire passionnément la retrouver.

 

C’est la raison pour laquelle nos Sages ont prescrit qu’un Juif doit réciter le 137e psaume après chaque repas de la semaine[290]. Ce psaume nous rappelle comment nous devons nous sentir dans l’exil : « Sur les rives des fleuves de Babylone, là nous nous assîmes, nous pleurâmes au souvenir de Sion… Comment chanterions-nous l’hymne de l’Éternel en terre étrangère ? Si je t’oublie jamais, Jérusalem, que ma droite me refuse son service ! Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens toujours de toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies[291] ! »

 

L’étrangeté qu’un Juif ressent dans la diaspora est un sentiment positif. Trop souvent, cependant, ce psaume n’est pas récité et son message n’est pas transmis. Au lieu d’être reconnaissant pour ce sentiment d’étrangeté, le Juif aspire à se sentir chez lui. À de nombreuses époques, ce n’était tout simplement pas possible : le Juif était un paria, haï partout où il fuyait. Mais, au cours des cents dernières années, des mouvements d’émancipation nationale lui donnèrent l’occasion de quitter le ghetto. Les Juifs devinrent subitement citoyens. Ils purent soudain se sentir chez eux dans un pays sans être rivés à leur passé biblique. La Révolution française et la Réforme en Allemagne, non seulement ont conduit à une assimilation, mais également à une désaffection à l’égard d’Eretz Israël en tant que nation juive. Lorsqu’un Juif cesse de placer Jérusalem au sommet de toutes ses joies43, il oublie qui il est. Lorsque ses parents et ses grands-parents sont tous nés en France, il grandit dans la conviction qu’il est lui aussi français.

 

ועומק תשוקת הקודש של חיבת ציון, של זכירת הארץ, שכל חמודות בה קשורות, כשהיא מתגברת בנשמה, אפילו יחידית, הרי היא עושה פעולת נביעה מעינית לכל הכלל, לרבבות נשמות הקשורות עמה.”

 

« Et l’aspiration sainte à l’amour de Sion, au souvenir du pays auquel sont liées toutes les bonnes choses de la vie – lorsqu’elle s’intensifie dans une âme, même une seule – agit comme une source débordante pour l’ensemble du Clal, les âmes innombrables qui lui sont liées… »

 

Le Rav Kook dévoile ici un secret très profond de la Délivrance. Le réveil de la nostalgie pour Sion n’influence pas seulement la vie de la personne qui aspire à la terre qu’elle chérit, il influence également son environnement et le peuple juif dans son ensemble. La nostalgie d’une personne pour Sion réveille la nostalgie d’autres Juifs. Comme chaque âme juive est liée à chacune des autres âmes du Clal Israël, l’aspiration d’une seule à la Délivrance exerce une influence positive sur toutes. Comme une pierre jetée dans une mare, la nostalgie d’un seul Juif pour Israël suscite des ondes de nostalgie qui s’étendent en cercles de plus en plus grands jusqu’à ce qu’ils atteignent le rivage.

 

D’après ce schéma, lorsque le dirigeant d’un mouvement de jeunesse sioniste à New York décide de s’installer en Israël, les ondes spirituelles induites par sa nostalgie parviennent jusqu’en Australie. Un Juif assis sur une plage de Sydney se surprend soudain à rêver d’Israël. Le lendemain, il achète un livre sur le sionisme moderne. Peu à peu, il en arrive à creuser sa réflexion sur Israël. Son intérêt se transforme en une aspiration active à voir le pays lui-même, et sa nostalgie déclenche des ondes spirituelles qui parviennent jusqu’en Russie où une famille se voit brusquement accorder un visa pour Israël après une longue attente de sept ans. Comment devons-nous comprendre cette réaction en chaîne mystique ?

 

L’ouvrage Nefech ha’Haïm, écrit par le Rav Haïm de Volozhin, le fondateur de la yéchiva où étudia le Rav Kook, comprend une étude en profondeur des mécanismes internes qui régissent le Clal Israël. On trouve dans le Zohar[292] un concept cabaliste appelé  אתערותא דלתתא ou « le réveil par le bas. » Ce phénomène ressemble au cycle de la pluie, par lequel la brume de l’océan s’élève vers les nuages pour « éveiller les eaux supérieures » qui, à leur tour, retombent sur la terre sous forme de pluie.

 

Le Nefech ha’Haïm explique que tout ce qui existe dans notre « monde d’en bas », sur terre, a son équivalent spirituel dans les « mondes supérieurs ». Un mouvement dans le monde d’en bas provoque un mouvement parallèle dans les mondes d’en haut. Les mondes supérieurs réagissent en envoyant leur influence céleste vers la création d’en bas[293]. Toute âme juive sur la terre a son équivalent sublime dans le monde céleste supérieur. Comme l’âme céleste supérieure d’une personne est unie à toutes les âmes du Clal Israël, ses actions sur terre influencent l’ensemble du Clal. Lorsqu’un Juif fait une mitsva, l’ensemble du Clal s’en trouve amélioré. De même, une transgression sur terre dégrade l’ensemble de la nation. C’est ce qu’illustre la faute d’Akhan dont le vol, acte isolé, amena la punition de la nation tout entière[294].

 

C’est pourquoi, la nostalgie d’une âme juive pour Eretz Israël déclenche une réaction en chaîne dans toute la nation. Un invisible bombardement de nostalgie est déclenché dans l’âme collective du Clal Israël où se trouvent rassemblées toutes les âmes, sans séparation, en une unité spirituelle. Du fait de l’unité intérieure du Clal, la nostalgie d’une seule personne pour Eretz Israël affecte tous les Juifs. Tous les Juifs ne vont pas se précipiter en Israël, mais la réaction en chaîne suscitée par la nostalgie pour Israël pave la voie de la Délivrance.

 

On trouve un exemple poignant de ce phénomène dans la vie du Rav Kook. Avant que n’éclate la Première Guerre mondiale, le Rav Kook s’était rendu en Europe pour prendre la parole à un congrès de rabbins opposés au mouvement sioniste. Alors que ses lettres montrent sa douleur de devoir quitter le Pays d’Israël[295], il décida que l’urgence de la question nécessitait sa participation au congrès où il espérait convaincre les rabbins de renoncer à leur lutte contre les sionistes. Lorsque la guerre éclata, toutes les routes pour Israël furent bloquées et le Rav Kook fut contraint de chercher asile, temporairement, en Angleterre. À cette époque, le gouvernement britannique, qui allait bientôt dominer la Palestine, discutait de la question de laisser les Juifs établir un État souverain en Israël. Ce fut l’influence du Rav Kook qui contribua à renforcer la cause sioniste. Une lettre qu’il écrivit fut lue au Parlement avant un vote. C’est ainsi que la Déclaration Balfour, et l’accroissement de population en Israël qui en résulta, furent stimulées par le grand amour du Rav Kook pour le pays.

 

“וקול שופר של קיבוץ נידחים מתעורר ורחמים רבים מתגברים, ותקוות חיים לישראל מתנוצצת, וצמח ד’ הולך ופורח, ואור ישועה וגאולה מתפצל ומתפשט, כשחר פרוש על ההרים.”

 

« Et le son du schofar du rassemblement des bannis s’éveille ; et une grande clémence se développe ; et l’espoir de la vie pour Israël brille ; la plante de Dieu grandit et fleurit ; et la lumière du Salut et de la Délivrance se répand comme l’aube qui se déploie au-dessus des montagnes. »

 

Dans la prière du Chemoné Esrei récitée trois fois par jour, le Juif supplie Dieu de rassembler à Sion les exilés d’Israël dispersés : « Sonne du grand schofar pour notre libération ; élève l’étendard pour rassembler nos exilés ; rassemble-nous, ensemble, des quatre coins de la terre, vers notre pays[296]. »

 

Comment Dieu procède-t-il ? Par un lent et patient processus que nos Sages comparent à l’éveil de l’aube :

 

« Il advint que Rabbi Hiyah Rabbah et Rabbi Shimon Ben ’Halafta marchaient dans la vallée d’Arbèles, au petit matin, avant que le jour ne se lève. Ils assistèrent à la levée de l’aube qui répandait sa lumière. Rabbi Hiyah dit à Rabbi Shimon Ben ’Halafta : Rabbi, telle est la Délivrance d’Israël ; au début, elle survient lentement, lentement, puis elle ne cesse de grandir[297]“. »

 

Si l’on veut comprendre le lent processus qui accompagne notre Délivrance, il faut se lever avant le soleil pour observer l’émergence de l’aube, non pas à six heures du matin, lorsque le soleil perce à l’horizon, mais deux heures avant, dans l’obscurité de la nuit. C’est l’heure à laquelle nos Sages se levaient pour commencer leurs dévotions et se préparer à la première prière du matin. Ils savaient que la nouvelle journée avait commencé, non pas au lever du soleil, mais bien plus tôt, dans les profondeurs de la nuit. Car la nouvelle journée commence, non pas avec davantage de lumière, mais par un sensible renforcement de l’obscurité[298]. Lentement, le voile de la nuit s’éclaircit. Les étoiles scintillent avec moins d’éclat. De délicats fils d’argent se déploient dans le ciel. Les constellations commencent à se dissiper. La première lumière apparaît, une tache de couleur pâle. L’obscurité s’atténue. D’autres couleurs apparaissent. Un trait de lumière souligne les contours des lointaines montagnes. Peu à peu, elles émergent de l’obscurité qui s’estompe. Leur silhouette se dresse à l’horizon. Des rayons percent le ciel et inondent la terre. Le point du jour survient bien avant que le soleil ne soit visible. Finalement, c’est le matin, l’aube d’une nouvelle journée. La lumière du jour se répand sur les montagnes, mais ce n’est qu’après un prélude d’incertitude que les rayons du soleil brillent en un crescendo de lumière. Le soleil apparaît dans toute sa gloire, en une couronne de couleurs dorées. Puis, au fur et à mesure qu’il s’élève, il devient une sphère flamboyante aveuglante, d’une lumière si intense que l’œil ne peut en supporter l’éclat.

 

Si le Tout-Puissant a programmé que la nature se déploie ainsi chaque jour de façon progressive, c’est parce que l’œil humain ne pourrait supporter l’éclat du soleil s’il apparaissait d’un seul coup[299]. Il en est de même de la Délivrance d’Israël. Le monde doit d’abord être préparé à une lumière écrasante. Il faut que soit forgé lentement le réceptacle qui acheminera vers le monde la lumière de Dieu. Lentement la scène du monde doit être préparée. Patiemment, après des années et des générations, la Maison de Jacob revient de la galout pour émerger d’abord en un nouvel État avant de devenir le Royaume d’Israël. Peu à peu, la longue nuit de l’exil cède la place à une nouvelle lumière sur Sion[300], à l’incomparable lumière du Machia’h et à la nouvelle ère naissante pour l’humanité.

 

Dans un premier temps, les Juifs commencent à comprendre que la vie en exil est véritablement étrangère. Survient une nostalgie pour l’indépendance, une aspiration à une patrie juive, le souvenir de Sion. C’est le schofar du retour national pour lequel nous prions, le schofar de la liberté48, la libération de notre asservissement aux autres nations et notre servitude aux autres cultures et croyances. L’appel de cette nostalgie résonne dans notre âme céleste et éveille une grande miséricorde dans les cieux. A l’instar du souffle purificateur du schofar à Roch haChanah qui ébranle la compassion de Dieu, le schofar de notre aspiration à Israël éveille la compassion de Dieu pour Son peuple. Une nouvelle ère de Salut est née.

 

C’est le schofar pour lequel nous prions, le schofar de la bonté et de la miséricorde de Dieu qui annonce la fin de notre exil et notre retour dans notre pays. Il existe cependant un autre type de schofar qui peut éveiller notre nostalgie si nous n’y parvenons pas par nous-mêmes. À propos de Roch Hachanah, plusieurs années avant la Seconde Guerre mondiale, le Rav Kook déclara : « Si la sainte ferveur et le désir de l’éminente Délivrance qui en découle cessaient, devaient cesser ; et si l’aspiration humaine naturelle à une nationalité et la nostalgie pour une vie digne de le la nation devaient disparaître, les ennemis d’Israël viendront souffler un schofar à nos oreilles appelant à notre Délivrance. Ils nous contraignent à entendre la voix du schofar. Ils donnent l’alarme, tirent du canon à nos oreilles et ne nous permettent pas de rester en galout. Ce schofar provenant d’une bête impure deviendra le schofar du Machia’h. Amalek, Hitler, etc., éveillent la Délivrance. Et celui qui ne veut pas entendre, parce que ses oreilles sont obstruées, il  entendra… par contrainte absolue, il entendra[301]. »

 

Si nous n’entendons pas l’appel pur du schofar de la Délivrance, Dieu utilise alors le schofar impur. Dans Son grandiose plan pour le monde, Il a décidé que le peuple juif devait vivre en Eretz Israël. Lorsque les exils approchent de la fin et que les fautes du peuple juif sont pardonnées, le moment est venu de rentrer au pays. Que nous le voulions ou non, la décision de Dieu doit être appliquée. Si nous n’entendons pas l’appel à notre liberté, le schofar impur de nos ennemis tonnera à nos oreilles pour nous déraciner de notre exil.

 

Pourquoi n’écoutons-nous pas ? Qu’est-ce qui nous empêche d’entendre ? Pourquoi ne prenons-nous pas au sérieux les paroles de nos prières lorsque nous disons : « Rassemble nos exilés ; rassemble-nous, ensemble, des quatre coins de la terre, vers notre pays48. » Parce qu’en nous éloignant des enseignements profonds de la Torah[302] et de la voix intérieure intime de notre âme, nous avons été séduits et emprisonnés par les cultures et les pays étrangers.

 

Heureusement, les pionniers d’Eretz Israël possèdent des âmes qui ne trouvent pas d’agrément dans les charmes adultères de la galout. Ils aspirent passionnément au pays où se trouve toute la bonté de Dieu. Lorsque cette aspiration sainte s’édifie dans une âme, « même une seule, cela agit comme une source débordante pour l’ensemble du Clal, les âmes innombrables qui lui sont liées et le son du schofar du rassemblement des bannis s’éveille ; une grande clémence se développe ; l’espoir de la vie pour Israël brille ; et la plante de Dieu grandit et fleurit… »

 

Ainsi, le Gaon de Vilna envoya ses élèves en Eretz Israël pour peupler le pays. Des répercussions spirituelles atteignent les continents. Le Rav Tzvi Hirsch Kalisher et le Rav Eliahou Guttmacher fondent le premier mouvement sioniste, les ’Hovevei Tsion. Leur nostalgie s’étend même à des Juifs non religieux qui ne supportent plus l’humiliation de la galout. À Paris, Herzl, un journaliste assimilé, est soudain animé par son identité juive et un esprit de fierté nationale. Les Juifs réunissent un Congrès sioniste mondial. Des cœurs jamais touchés par l’éducation juive sont remplis de ferveur pour Sion. Les vagues d’aliyah commencent. D’innombrables âmes entendent l’appel. Après un exil de près de 2 000 ans, les Juifs du monde entier commencent à découvrir un nouvel espoir. La nostalgie ne cesse de croître, peu à peu, comme une plante « la plante de Dieu se développe et fleurit ». Au début, la graine est enfouie sous terre. Puis, avec le temps, elle germe. Des localités juives surgissent en Israël. Par bateau, par avion et par voie de terre, les réfugiés affluent et se précipitent pour embrasser la terre chérie. La lumière de la Délivrance s’étend sur les montagnes. Lentement, l’obscurité cède la place à la lumière. Bien que la nouvelle époque prenne du temps pour se déployer, le soleil, dans toute sa splendeur est destiné à apparaître.

 

 

 

 

 

 

Chapitre 6

 

RÉCAPITULATIF

 

 

 

  1. Eretz Israël est le pays de la prophétie. La prophétie survient soit en Israël, soit à propos d’Israël, comme celles qui appellent à l’aliyah.
  2. Si une personne qui a connu le roua’h haqodech en Eretz Israël doit quitter le pays, son roua’h haqodech peut perdurer même en galout.
  3. Même la prophétie, qui est le niveau le plus élevé de roua’h haqodech, peut continuer en ’houtz laAretz si elle a commencé en Israël. Ce fut le cas du prophète Ézéchiel.
  4. Un Juif n’est pas autorisé à quitter le Pays d’Israël, sauf dans certains cas prévus par la halakha. Mais, dans tous les cas, il doit revenir en Israël et ne pas s’installer en ’houtz laAretz.
  5. Lorsqu’une personne dotée du roua’h haqodech quitte le Pays d’Israël, son niveau élevé de qedoucha agit comme un aimant, réunissant les étincelles de qedoucha enfouies dans les klipot de la galout. Ce rassemblement des étincelles de sainteté forme une voie par laquelle le roua’h haqodech peut continuer.
  6. Plus un Juif est incapable de tolérer l’air et l’environnement de toume’a hors du Pays d’Israël, plus il est en bonne santé. C’est le signe qu’il est attaché à la qedoucha intime d’Eretz Israël. Son aversion pour la diaspora est en fait un don divin qui le protège des nombreux dangers spirituels, psychologiques et culturels de l’exil.
  7. Le sentiment d’étrangeté que l’on ressent hors du Pays d’Israël suscite une profonde nostalgie pour le pays et son éminente qedoucha. Cette aspiration déclenche une réaction en chaîne de nostalgies dans l’ensemble du Clal Israël. La miséricorde divine s’éveille et le peuple juif commence à rentrer au Pays d’Israël.
  8. Comme l’âme d’un Juif est liée à toutes les âmes du Clal, la nostalgie d’un seul pour Israël a un effet multiplicateur sur l’ensemble de la nation.
  9. La Délivrance d’Israël est un processus progressif qui se déploie dans le temps, très lentement, comme l’éveil de l’aube sur les montagnes.

 

 

 

 

 

 

 

הרב אברהם יצחק הכהן קוק

 

 

ארץ ישראל

 

 

ו

 

פעולת רוח הקדושה הנקלטת בארץ-ישראל פועלת היא תדיר, גם אם נזדמן הדבר ויצא האדם חוצה לארץ על-ידי טעות או על-ידי סיבה מוכרחת. הרי גם הנבואה כשחלה כבר בארץ-ישראל אינה פוסקת גם בחוץ-לארץ. “היה היה דבר ה’ אל יחזקאל בארץ כשדים – היה, מפני שהיה כבר”. שפעת הקודש, שהותחלה בארץ-ישראל, מלקטת היא כל ברורי הקודש הנמצאים בחוץ-לארץ בכל המעמקים, ומקרבתם בכוחה המושך אליה. כל מה שקשה יותר לסבול את אויר חוץ-לארץ, כל מה שמרגישים יותר את רוח-הטומאה של אדמה טמאה, זה הוא סימן לקליטה יותר פנימית של קדושת ארץ-ישראל, לחסד עליון, אשר לא יעזב ממנו מי שזכה להסתופף בצלצח של ארץ חיים, גם בהתרחקו ונודו, גם בגלותו וארץ נדידתו, הזרות שמרגישים בחוץ-לארץ הרי היא מקשרת יותר את כל חשק הרוח הפנימי לארץ ישראל וקדושתה, הצפייה לראותה מתגברת וציור חקיקת תבנית הקודש של ארץ אשר עיני ה’ בה תמיד, מראשית השנה עד אחרית שנה, מתעמקת יותר ויותר, ועומק תשוקת הקודש של חיבת ציון, של זכירת הארץ, שכל חמודות בה קשורות, כשהיא מתגברת בנשמה, אפילו יחידית, הרי היא עושה פעולת נביעה מעינית לכל הכלל, לרבבות נשמות הקשורות עמה, וקול שופר של קיבוץ נידחים מתעורר ורחמים רבים מתגברים, ותקוות חיים לישראל מתנוצצת, וצמח ד’ הולך ופורח, ואור ישועה וגאולה מתפצל ומתפשט, כשחר פרוש על ההרים.

 

 

 

 

 

 

 

LE RAV AVRAHAM YITZHAK HAKOHEN KOOK

 

ERETZ ISRAËL

Chapitre 6

[Traduction littérale]

 

 

Le roua’h haqodech qui parvient dans le Pays d’Israël agit en permanence – même si une personne a dû partir pour ’houtz laAretz, que ce soit par erreur, ou pour un cas de force majeure. Car une prophétie qui a commencé à apparaître en Eretz Israël ne se tarit pas à l’extérieur du pays. « La parole de l’Éternel fut adressée à Ézéchiel… dans le pays des Chaldéens – c’est parce que cela s’est déjà produit[303]. »

 

L’afflux de qedoucha qui a commencé dans le Pays d’Israël rassemble toutes les élucidations de sainteté qui se trouvent en ’houtz laAretz, dans toute leur étendue, et les rapproche par sa force gravitationnelle.

 

Plus il est difficile de tolérer l’air à l’extérieur du pays d’Israël, plus on ressent l’atmosphère de toume’a d’un pays impur ; c’est le signe d’une intériorisation plus profonde de la qedoucha du Pays d’Israël, de la bonté sublime qui n’abandonnera jamais quiconque a mérité de s’abriter à l’ombre du pays de la vie, même durant ses lointains voyages, même durant son exil et dans le pays de ses pérégrinations.

 

L’étrangeté que l’on ressent à l’extérieur du Pays d’Israël suscite un lien plus fort avec l’aspiration spirituelle intérieure à Eretz Israël et à sa qedoucha. Le désir de voir le pays s’intensifie et la vision de l’image sainte, réelle du pays qui est constamment sous l’œil de Dieu depuis le début de l’année à la fin[304], s’approfondit de plus en plus. Et l’aspiration sainte à l’amour de Sion, au souvenir du pays auquel sont liées toutes les bonnes choses de la vie – lorsqu’elle s’intensifie dans une âme, même une seule – agit comme une source débordante pour l’ensemble du Clal, les âmes innombrables qui lui sont liées et le son du schofar du rassemblement des bannis s’éveille ; une grande clémence se développe ; l’espoir de la vie pour Israël brille ; la plante de Dieu grandit et fleurit ; et la lumière du Salut et de la Délivrance se répand comme l’aube qui se déploie au-dessus des montagnes[305].

 

 

 

 

 

Chapitre 6

 

 

L’ASPIRATION A LA SAINTETÉ

 

 

 

 

Nous avons appris qu’Eretz Israël est le pays de la prophétie. Ce n’est que dans le Pays d’Israël que l’individu juif comme la nation juive peuvent véritablement être eux-mêmes et exprimer authentiquement les talents israéliens qui leur sont propres. Ce n’est que dans l’atmosphère pure, sainte d’Eretz Israël qu’un Juif peut optimiser ses facultés imaginatives et intellectuelles conformément à la volonté de Dieu.

 

Par contre, le fait de vivre à l’extérieur du Pays d’Israël entrave l’âme, pollue le potentiel profond du Juif et affaiblit sa relation à Dieu. Dans ces conditions, comment est-il possible que le roua’h haqodech, et même la prophétie, apparaissent parfois hors du Pays d’Israël ?

 

Dans ce chapitre, le Rav Kook répond à cette question et traite de quelques concepts abordés dans les chapitres précédents. En premier lieu, l’idée que, lorsque le roua’h haqodech est correctement perçu en Eretz Israël, il peut perdurer, même si l’individu doit partir pour ’houtz laAretz. Le deuxième concept concerne le sentiment général et la psychologie d’un Juif hors du Pays d’Israël. Paradoxalement, le malaise ressenti est un signe de santé. Enfin, le Rav Kook précise que la nostalgie ressentie par un seul Juif à l’égard d’Israël exerce une influence sur la Délivrance du peuple juif tout entier.

 

פעולת רוח הקדושה הנקלטת בארץ-ישראל פועלת היא תדיר, גם אם נזדמן הדבר ויצא האדם חוצה לארץ על-ידי טעות או על-ידי סיבה מוכרחת. הרי גם הנבואה כשחלה כבר בארץ-ישראל אינה פוסקת גם בחוץ-לארץ. “היה היה דבר ה אל יחזקאל בארץ כשדים היה, מפני שהיה כבר”.

 

« Le roua’h haqodech qui parvient dans le Pays d’Israël agit en permanence – même si une personne a dû partir pour ’houtz laAretz, que ce soit par erreur, ou pour un cas de force majeure. Car une prophétie qui a commencé à apparaître en Eretz Israël ne se tarit pas à l’extérieur du pays. “La parole de l’Éternel fut adressée à Ézéchiel… dans le pays des Chaldéens – c’est parce que cela s’est déjà produit[306]. »

 

La Guemara rapporte une histoire intéressante à propos de la mort de Rav Houna à Babylone. À son enterrement, Rav Abba prononça un éloge funèbre en ces termes : « Notre maître aurait mérité que la Chekhina repose sur lui, mais la Babylonie a empêché que cela se produise[307]. »

 

Cela signifie que si Rav Houna avait vécu en Eretz Israël, la Chekhina aurait reposé sur lui, alors que, dans l’exil, c’est tout simplement impossible. Au cours de l’enterrement, Rabbi Na’hman, l’un des enfants de Rav Hisda, posa une question délicate : Comment pouvez-vous dire que la Chekhina n’apparaît pas en ’houtz laAretz ? et il cita le verset :

 

“היה היה דבר ה’ אל יחזקאל בן-בוזי הכהן בארץ כשדים…

 

« La parole du Seigneur est/fut adressée à Ézéchiel, fils de Bouzi, le prêtre, au pays des Chaldéens1… »

 

Ce verset indique clairement qu’Ézéchiel prophétisait en ’houtz laAretz. Comment faut-il l’expliquer ? Rav Hisda répond que la répétition du verbe היה היה  à la fois au présent et au passé dans le verset :  « La parole du Seigneur est – était sur Ézéchiel au pays des Chaldéens », signifie que si Ézéchiel a pu prophétiser à l’extérieur du Pays d’Israël, c’est parce qu’il avait déjà connu la prophétie en Eretz Israël.

 

Dans le Kouzari, livre fondamental de la foi juive, Rabbi Yéhouda Halévy explique que la prophétie survient soit dans le pays d’Israël soit à son sujet[308]. Le commentaire de Rachi sur la Guemara dans Moed Katan donne une interprétation identique2. Il indique que la prophétie d’Ézéchiel en Babylonie correspondait à une situation d’urgence, et, comme sa carrière prophétique avait déjà commencé en Israël, elle était à même de poursuivre la voie de son inspiration d’origine.

 

Le premier appel divin que reçut Abraham illustre également cette idée. Dieu s’adressa à lui hors d’Israël dans le but dans l’amener dans le pays. « L’Éternel avait dit à Avram : “Éloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle, et va au pays que Je t’indiquerai[309]. »

 

De même, Moïse fut capable de recevoir la prophétie dans le désert du Sinaï afin de libérer les Juifs et de les amener en Israël. « L’Éternel poursuivit : “J’ai vu, j’ai vu l’humiliation de mon peuple qui est en Égypte ; j’ai accueilli sa plainte contre ses oppresseurs, car je connais ses souffrances. Je suis donc intervenu pour le délivrer de la puissance égyptienne, et pour le faire passer de cette contrée-là dans une contrée fertile et spacieuse, dans une terre ruisselante de lait et de miel[310]“. »

 

Cette prophétie est survenue alors que le peuple juif se trouvait en danger. Précision intéressante : d’après le Kouzari, le désert du Sinaï faisant partie d’Eretz Israël[311], la première prophétie de Moïse eut donc lieu en Israël et put donc se poursuivre même lorsqu’il revint en Égypte pour libérer les Juifs.

 

Tel est donc l’idée principale de ce chapitre du Rav Kook. Reprenons-en quelques détails.

 

 

פעולת רוח הקדושה הנקלטת בארץ-ישראל פועלת היא תדיר, גם אם נזדמן הדבר ויצא האדם חוצה לארץ על-ידי טעות או על-ידי סיבה מוכרחת.

 

 

« Le roua’h haqodech qui parvient dans le Pays d’Israël agit en permanence – même si une personne a dû partir pour ’houtz laAretz, que ce soit par erreur, ou pour un cas de force majeure. »

 

L’esprit divin qui agit en Eretz Israël est une source pérenne, même si la personne qui en est dotée est contrainte de quitter le pays. Dans cette phrase, le Rav Kook parle du roua’h haqodech dont la prophétie est l’expression la plus élevée[312].

 

Bien que le roua’h haqodech et la prophétie soient intimement liés, ils se distinguent nettement. Alors que le roua’h haqodech ressemble davantage à l’inspiration sous des formes très diverses, la prophétie est un commandement divin adressé à un prophète, annonçant un message particulier ou un avertissement de Dieu. Le roua’h haqodech provient de la même source divine, mais ses objectifs et ses fonctions sont différentes. Il correspond à une élévation de la réflexion humaine et à un accueil des émanations élevées qui inspirent les actions d’une personne, ses interprétations et ses créations inspirées. Les psaumes du roi David constituent son expression type – épanchement de l’âme dans la poésie et le cantique, lui permettant d’adhérer passionnément à Dieu.

 

Le roua’h haqodech peut également apparaître dans les faits, dans des actes de grand courage, d’abnégation et de puissance, comme le montre la vie de Samson : « Saisi soudain de l’esprit divin, Samson le mit en pièces (le lion) comme on ferait d’un chevreau[313]. » « Et saisi de l’esprit divin, il descendit à Ascalon et y tua trente hommes[314]. » C’est là la source du courage qui a soutenu le peuple juif à travers l’histoire, depuis l’époque biblique jusqu’à la grande vaillance et le dévouement des soldats israéliens aujourd’hui.

 

Le roua’h haqodech confère en outre de nouvelles perspectives et un nouvel éclairage de la Torah. Dans l’ouvrage Kol haTor, un élève du Gaon de Vilna décrit comment l’éminent rabbin avait prévu l’effroyable tragédie qui allait s’abattre sur les Juifs de Russie et d’Europe s’ils ne « montaient » pas en Israël.

 

« En des termes sculptés dans les flammes, notre maître, le Gaon de Vilna, Qadoch Israël, recommandait à ses élèves de faire leur aliyah en Israël et de poursuivre le rassemblement des exilés. Il encourageait en outre ses élèves à précipiter la Fin révélée et la réalisation de la Délivrance en s’installant en Eretz Israël. Presque chaque jour, il nous parlait avec émotion et en tremblant, disant qu’à Sion et Jérusalem, il y aurait un refuge et que nous ne devions pas retarder l’occasion de nous y rendre avant qu’il ne soit trop tard. Qui peut exprimer, ou qui peut décrire l’ampleur de l’inquiétude de notre maître lorsque, les larmes aux yeux, il nous adressait ces paroles avec son roua’h haqodech[315] ? »

 

Comme nous l’avons appris dans ce chapitre, le roua’h haqodech du Gaon de Vilna provenait de la ferveur de son attachement à Israël. L’interprétation que donnait le Rav Kook des différences très réelles entre Eretz Israël et les pays des Gentils provient assurément de sa propre expérience et de ses connaissances. Très jeune, il aspirait à quitter la Russie pour se rendre en Eretz Israël. Enfant, il alignait ses amis dans la cour et les faisait défiler en portant des bâtons sur l’épaule en guise de fusils, comme s’il les emmenait en Israël[316]. Seul, la nuit, dans la salle d’étude de la yéchiva de Volozhin, il épanchait son cœur devant le aron haQodech, priant pour avoir l’occasion de servir Dieu dans le Beit haMiqdach. Des élèves de la yéchiva se rappellent que, les jours de fête, ses prières étaient fascinantes de ferveur pour Jérusalem. Le jour de Ticha beAv, son corps était brisé par les sanglots et le chagrin, et ses lamentations nocturnes sur l’exil étaient si authentiques qu’elles suscitaient des frissons chez nombre de rabbins et d’élèves de la yéchiva. Lorsqu’on lui demandait pourquoi son émotion semblait plus intense que celle des autres, le Rav Kook répondait modestement qu’il était un Cohen.

 

L’exceptionnelle compréhension qu’avait le Rav Kook de tous les aspects de la Torah fit de lui un élève particulièrement proche du roch yéchiva, le Natsiv[317], dont il reçut l’enseignement transmis depuis le Rav ’Haïm de Volozhin et le Gaon de Vilna. Le Rav Kook avait moins de vingt-cinq ans lorsque le ’Hafetz ’Haïm lui fit promettre d’accepter le premier poste rabbinique qui lui serait proposé[318]. Sa renommée s’était répandue à travers la Russie ; cependant, lorsque la communauté juive de Yaffo l’invita à devenir son chef spirituel, il eut le sentiment que ses rêves commençaient à se réaliser. D’éminents rabbins le prièrent instamment de rester en Russie, mais le Rav Kook partit pour Eretz Israël auquel il aspirait tant.

 

Après son aliyah en Israël, il témoigne dans plusieurs lettres à quel point il lui était pénible de quitter le pays, même pour des missions de grande importance pour le Am Israël[319]. En proie à un grand trouble intérieur, comme s’il abandonnait un être cher, il accepta de voyager en Europe pour réconcilier les sages de la Torah fortement divisés à propos du mouvement sioniste en plein essor. Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, il se trouva bloqué en Angleterre, sans possibilité de rentrer en Eretz Israël. Bon nombre de ses écrits publiés dans OROT datent de cette époque. Ils témoignent du roua’h haqodech qui éclairait sa créativité et sa réflexion, même hors du pays d’Israël. Et cette lumière provenait de son amour incommensurable pour Eretz Israël.

 

Ce point étant bien acquis, il est pratiquement impossible de trouver un ouvrage important sur la Torah dont l’auteur ou les auteurs n’étaient pas profondément attachés au Pays d’Israël. Qu’il s’agisse des Sages du Talmud de Babylone, du Rambam, du Ramban, de Rabbi Yéhouda Halévi, du Ram’hal, du Maharal, du Gaon de Vilna, du Beit Yossef, de Rabbi Na’hman de Bratslav, du ’Hafetz ’Haïm…, tous, que ce soit par l’exemple de leur aliyah ou par l’amour d’Israël qui apparaît dans leurs écrits, avaient en commun un profond attachement à Israël. À l’instar du Gaon de Vilna qui partit pour Israël, mais ne parvint pas à destination, le Rabbi Schnéour Zalman de Liadi, l’auteur du célèbre Tania et le fondateur du mouvement ’Habad, voulut faire son aliyah, mais en fut empêché.

 

Em haBanim Smé’ha, l’ouvrage du Rav Yissa’har Chlomo Taikhtal, qui traite de l’importance suprême d’Eretz Israël, fut écrit par un rabbin opposé au sionisme jusqu’à ce qu’il soit pris dans la Shoah. Il cite une lettre écrite par le Rabbi Schnéour Zalman affirmant qu’il fut libéré de prison en Russie grâce au mérite d’Eretz Israël :

 

« C’est l’œuvre de Dieu d’amener le mérite sur nous, par le mérite de la Terre de sainteté et de ses habitants, car c’est ce qui nous soutient et nous aide à tout moment à nous libérer des souffrances et à nous épargner l’oppression[320]. »

 

Le Rav Taikhtal ajoute que ces propos du Baal haTania suffirent à le convaincre de l’importance vitale d’Eretz Israël car « tous ses propos étaient inspirés par le roua’h haqodech. » Et il cite le verset biblique sur lequel s’appuie l’affirmation du Baal haTania : « Et je me ressouviendrai de mon alliance avec Jacob ; mon alliance aussi avec Isaac, mon alliance aussi avec Abraham, je m’en souviendrai, et la terre aussi, je m’en souviendrai[321]. »

 

Ce qui signifie que, même si le mérite de Jacob n’est pas suffisant pour épargner aux Juifs les épreuves, et si ni celui d’Isaac ni celui d’Abraham ne suffisent, le mérite d’Eretz Israël sauvera les Juifs de l’oppression. « Car le mérite d’Eretz Israël se place au-dessus de tous les mérites (zekhouiot) dont nous bénéficions, et il est encore plus grand que le zekhout de nos ancêtres, puisque, si leur mérite ne parvient pas à nous aider, le mérite du pays nous défendra et nous sauvera de l’oppression lorsque nous sommes en danger15. »

 

Dans la première phrase de ce chapitre, le Rav Kook évoquait le départ d’un Juif du Pays d’Israël, par suite d’une erreur ou pour un cas de force majeure. Ici, le Rav Kook attire notre attention sur un important fondement de la foi juive. Selon le projet divin, le peuple juif doit vivre en Israël.

 

Les commandements de la Torah constituent le code de vie auquel doit se conformer le peuple juif. Les 613 commandements sont comparés aux 613 organes, tendons et muscles de l’anatomie humaine. Ainsi, lorsqu’un Juif respecte tous les commandements, son métabolisme spirituel et physique fonctionne de façon optimale, conformément au plan divin. Lorsqu’un Juif mange de la nourriture casher, met les tefillin, respecte le Chabbat, s’abstient de l’adultère etc., il maximise son potentiel juif et sa santé. De même, lorsque la nation dans son ensemble respecte les commandements, elle atteint son meilleur état de santé. Les rabbins ont souligné l’importance particulière d’un certain nombre de commandements. Des préceptes comme le respect du Chabbat et l’étude de la Torah sont les fondements de la foi juive, de même que la mitsva d’habiter en Eretz Israël, comme l’ont dit nos Sages : « La mitsva d’habiter dans le Pays d’Israël revêt une importance égale à toutes les autres prescriptions de la Torah réunies[322]. »

 

Durant la majeure partie de l’exil, il était, en général, impossible de vivre en Israël, que ce soit à cause des dangers du voyage ou tout simplement, faute de moyens. Une communauté juive a toujours vécu en Israël et des âmes courageuses continuèrent à défier tous les obstacles et à faire leur aliyah mais, pour la majorité des Juifs, Israël représentait un rêve lointain. La mitsva conservait cependant toute sa valeur, et lorsqu’il nous a été possible de l’observer, elle reprit son caractère contraignant comme tout autre précepte de la Torah[323].

 

Faute de place, nous n’étudierons pas le sujet en détail, mais il est important de rappeler cet enseignement fondamental de la Torah. Les lecteurs intéressés par une étude plus détaillée peuvent se reporter aux sources cités en note dans le présent chapitre[324]. Nous ne proposons ici qu’une présentation générale.

 

Le Ramban établit de façon non équivoque que la mitsva de vivre en Eretz Israël est un commandement de la Torah qui s’applique à toutes les époques. Voici ce qu’il écrit :

 

« Il nous est enjoint de prendre possession du pays que le Très-Haut a donné à nos pères, à Abraham, Isaac et Jacob ; et de ne pas l’abandonner à d’autres nations ni de le laisser en friche, comme Il leur a dit “Vous déposséderez les habitants du pays et vous y habiterez, car Je vous ai donné le pays pour en prendre possession” et plus loin, Il dit : “pour hériter du pays que j’ai juré à vos pères” ; autrement dit, il nous est ordonné de conquérir le pays à chaque génération18. »

 

Il est ainsi ordonné au peuple juif de conquérir le Pays d’Israël et d’y établir une souveraineté juive ; d’y habiter ; et de le préserver contre les nations étrangères. Le Ramban poursuit :

 

« Il leur a dit : “prenez possession du pays et habitez-y, car c’est à vous que J’ai donné le Pays pour le posséder et vous prendrez possession du pays que J’ai juré à vos pères“… C’est ce que nos Sages appellent milkhémet mitsva… et ne tombe pas dans l’erreur de croire que ce commandement se limite à la guerre contre les sept peuples… Il n’en est pas ainsi… Nous ne devons pas laisser le pays entre leurs mains ni entre les mains d’aucune autre nation, de génération en génération18… »

 

Lorsque nous avons la possibilité de vivre en Israël et que nous choisissons de ne pas y vivre, nous nous révoltons contre le projet conçu par Dieu pour le Peuple juif, comme l’explique le Ramban :

 

« C’est un commandement positif qui s’applique à toutes les époques… Preuve en est que le commandement est le suivant : à propos des Explorateurs, les Juifs ont reçu l’ordre suivant : Monte, prends-en possession comme Hachem te l’avait dit. Ne crains point et ne sois pas effrayé. Et il est dit plus loin : Lorsque l’Éternel vous envoya de Kadech-Barnéa en disant : “Montez et prenez possession du pays que je vous ai donné“, et lorsqu’ils ne montèrent pas, la Torah dit : “vous fûtes rebelles à l’ordre de l’Éternel… et vous n’obéîtes point à Sa voix18“. »

 

La décision du Ramban – la mitsva d’habiter en Eretz Israël s’applique à chaque génération – est également mentionnée dans le commentaire du Choulkhan AroukhPit’hé Techouva[325].

 

Étant donné que vivre en Eretz Israël est un commandement de la Torah et qu’il apporte la santé au Juif en tant qu’individu et en tant que nation, il est interdit de quitter le Pays d’Israël, excepté dans les cas prévus par la halakha. Dans le Michné Torah[326], le Rambam établit :

 

« À toutes les époques, il est interdit à un Juif de quitter Eretz Israël pour ’houtz laAretz, sauf pour étudier la Torah, se marier ou sauver des biens juifs des mains des Gentils, et il doit ensuite rentrer dans le pays. On peut aussi partir temporairement pour affaires, mais il est interdit d’habiter à l’extérieur du Pays d’Israël, à moins qu’il n’y sévisse une grave famine… »

 

C’est pourquoi, en décrivant un Juif qui quitte Eretz Israël, le Rav Kook utilise l’expression « même si une personne devait partir pour ’houtz laAretz, que ce soit par erreur, ou pour un cas de force majeure ». Un Juif est chez lui en Israël. C’est son environnement naturel. C’est l’endroit donné par Dieu qui est sain pour lui. C’est l’endroit où il peut recevoir le roua’h haqodech, où la nation d’Israël est censée se construire. Cependant, si un Juif est contraint de quitter le Pays d’Israël, son inspiration divine unique peut le suivre où qu’il aille.

 

“שפעת הקודש, שהותחלה בארץ-ישראל, מלקטת היא כל ברורי הקודש הנמצאים בחוץ-לארץ בכל המעמקים, ומקרבתם בכוחה המושך אליה.”

 

« L’afflux de qedoucha qui a commencé dans le Pays d’Israël rassemble toutes les élucidations de sainteté qui se trouvent en ’houtz laAretz, dans toute leur étendue, et les rapproche par sa force gravitationnelle. » 

 

Ici, le Rav Kook se réfère à un concept de la Qabbala, la recouvrement des étincelles de qedoucha tombées à travers le monde. Il s’agit d’éclats dispersés de l’afflux divin qui soutient le monde physique et lui donne vie. La source des étincelles est la fontaine de qedoucha qui s’écoule d’Eretz Israël. C’est le puits de l’inspiration divine que le Rav Kook a décrit dans le chapitre 3. C’est par notre errance en exil et notre retour en Israël que ces étincelles dispersées reviennent à leur source.

 

Dans la littérature de la Qabbala, la tâche de l’humanité à travers l’histoire consiste à rassembler les étincelles tombées, ou les fautes, hors des profondeurs de l’obscurité et du mal et à les restituer à leur source sainte par le processus de repentance. Techouva signifie retour. Grâce à la techouva, les fautes sont réparées et les pulsions qui les avaient provoquées retournent à leur état de pureté originel. Par l’expression « élucidations de sainteté », le Rav Kook désigne le travail de séparation du bien et du mal. C’est le processus de tamisage, d’épuration de la techouva.

 

Le processus de repentance a commencé dès le premier homme. La faute d’Adam avait suscité la chute dans l’exil des étincelles de sainteté tombées hors de jardin d’Eden. Les étincelles se sont enfoncées dans les profondeurs et l’obscurité du monde physique. Pour restaurer l’humanité et le monde dans leur pureté originelle et leur connexion à Dieu, les étincelles exilées doivent être récupérées[327].

 

Adam et les générations qui suivirent entamèrent ce processus de réparation. Par la suite, la tâche de parfaire le monde incomba à Abraham et à ses descendants. Si la lignée royale de David avait réussi à maintenir un Royaume de Torah en Eretz Israël, la Création serait revenue à la perfection[328]. Mais lorsque le Peuple d’Israël a fauté, les étincelles qu’il avait déjà rassemblées furent dispersées et exilées avec lui aux quatre coins de la terre.

 

Le rassemblement des exilés en Israël s’effectue parallèlement au retour à leur source des étincelles tombées. La nation exilée doit libérer la qedoucha emprisonnée dans la toume’a des nations[329]. L’esprit divin qui brille en permanence au plus profond de l’âme du peuple juif agit comme un aimant, attirant les fragments exilés de l’inspiration divine et de la sainteté. Lorsque les bannis reviennent en Israël, les étincelles de qedoucha reviennent avec eux. Nos Sages enseignent que, lorsque Israël est en exil, la Chekhina est également en exil[330]. De même, lorsque le peuple juif revient en Israël, la Chekhina revient avec eux[331]. En effet, la Délivrance d’Israël ramène Dieu vers le monde. Depuis le cimetière, la vie divine et la qedoucha ressuscitent[332]. Ainsi, la nostalgie du peuple juif pour Eretz Israël catalyse non seulement la Délivrance d’Israël, mais également la repentance et le perfectionnement du monde entier[333].

 

Ce concept du rassemblement des étincelles de qedoucha tombées dans l’exil permet de comprendre le processus mondial que décrit le Rav Kook dans le chapitre 3. En galout, nous recueillons les meilleurs éléments de l’Inspiration divine générale que nous trouvons. Ce sont les étincelles de qedoucha internationales qui amènent notre nation à son achèvement et nous permettent d’être une lumière pour toutes les nations du monde[334]. En ne retenant que le meilleur de toutes les nations et en les élevant vers Dieu, Israël est le véritable « Nations unies ». « Et par toi, seront bénies toutes les nations de la terre[335]. »

 

Quelle est la relation entre les étincelles de qedoucha tombées et la capacité de recevoir le roua’h haqodech hors du Pays d’Israël ? Nous avons vu comment la toume’a de ’houtz laAretz pollue l’imagination et obstrue les voies prophétiques d’un Juif. Cependant, les étincelles de qedoucha tombées sont encore présentes dans les klipot. Un homme d’une grande puissance spirituelle, qui a bénéficié de l’inspiration divine en Eretz Israël, peut recueillir ces étincelles. En descendant en ’houtz laAretz, le roua’h haqodech qui l’accompagne depuis Israël agit comme un aimant spirituel, attirant les étincelles de sainteté de son environnement. Ces étincelles constituent une voie de qedoucha par laquelle son roua’h haqodech peut continuer à affluer. On comprend dès lors comment Ézéchiel a pu prophétiser en Chaldée. La voie des étincelles de qedoucha recueillies entretint sa capacité prophétique même après son départ d’Eretz Israël.

 

La seconde grande idée de ce chapitre concerne la psychologie générale et le sentiment d’un Juif à l’extérieur du Pays d’Israël. Paradoxalement, plus il se sent mal, plus il est en bonne santé. Son incapacité à tolérer la toume’a des pays étrangers est un signe qu’il est profondément attaché à Israël. En outre, son aspiration à revenir en Eretz Israël influence non seulement sa vie privée, mais également son environnement. Sa nostalgie rapproche la Délivrance d’Israël et le rassemblement des exilés à Sion.

 

כל מה שקשה יותר לסבול את אויר חוץ-לארץ, כל מה שמרגישים יותר את רוח-הטומאה של אדמה טמאה, זה הוא סימן לקליטה יותר פנימית של קדושת ארץ-ישראל, לחסד עליון, אשר לא יעזב ממנו מי שזכה להסתופף בצלצח של ארץ חיים, גם בהתרחקו ונודו, גם בגלותו וארץ נדידתו.”

 

 

« Plus il est difficile de tolérer l’air à l’extérieur du pays d’Israël, plus on ressent l’atmosphère de toume’a d’un pays impur ; c’est le signe d’une intériorisation plus profonde de la qedoucha du Pays d’Israël, de la bonté sublime qui n’abandonnera jamais quiconque a mérité de s’abriter à l’ombre du pays de la vie, même durant ses lointains voyages, même durant son exil et dans le pays de ses pérégrinations. »

 

Comment savoir si l’on est profondément attaché au Pays d’Israël ? Si l’on est incapable de tolérer l’atmosphère polluée de ’houtz laAretz ; si l’on ressent physiquement et émotionnellement sa pollution spirituelle, c’est le baromètre qu’on est intérieurement en harmonie avec la qedoucha d’Eretz Israël.

 

Les propos du Rav Kook ne doivent pas être pris au sens purement métaphorique. Il décrit une vérité physiologique. Une personne qui a établi une profonde relation spirituelle avec Israël ressentira quelque chose d’anormal en ’houtz laAretz. La sensation peut être d’ordre physique, comme un manque d’air. Ce qui lui manque, c’est la qedoucha de la Terre sainte qui, tout simplement, n’existe pas dans la diaspora.

 

De même, de nombreux olim qui retournent en ’houtz laAretz après une longue intégration en Eretz Israël ont un sentiment d’étrangeté dès leur arrivée à l’aéroport. Immédiatement, ils se sentent déplacés, détachés, comme s’ils avaient atterri sur une planète totalement différente. Les gens qui les entourent semblent de toute évidence non-Juifs ; la langue semble étrangère ; les publicités inconnues ; les policiers, les voitures, les paysages de l’autoroute semblent détachés de leur vie. Le panorama et l’architecture peuvent être beaux, mais ce ne sont pas les leurs[336]. Lorsqu’un oleh revient dans son ancien quartier, il lui arrive de se sentir étranger, comme s’il n’était plus chez lui. Les sujets de discussion entre les gens semblent soudain dénués d’importance. Il ne partage plus leurs priorités. Au contraire, il ressent un désir très vif de téléphoner à quelqu’un en Israël pour s’enquérir de ce qui s’y passe.

 

Le sentiment d’étrangeté et de vide spirituel qu’on ressent en diaspora sont les signes de la purification intérieure de la personne. Pour un Juif, c’est une réaction saine. C’est le signe de la « bonté sublime qui n’abandonnera jamais la personne qui a mérité de s’abriter à l’ombre du pays de la vie, même durant ses lointains voyages… » Cette sublime bonté est une bénédiction de Dieu, un bouclier divin qui protège le Juif de l’influence négative de la galout en lui rappelant qu’il n’y est pas chez lui.

 

Un Juif qui vit en diaspora et n’a jamais connu un environnement de qedoucha et de santé spirituelle peut ne jamais identifier l’impureté de son environnement. Il ne dispose d’aucun baromètre de comparaison. Comme nous l’avons vu dans le deuxième chapitre d’OROT, Eretz Israël ne lui manquera pas et son environnement galoutique lui semblera plaisant. Il peut fort bien, même lorsqu’il se rend en Eretz Israël, ne pas reconnaître la qedoucha de l’air et les trésors spirituels du pays, car le pays ne dévoile ses secrets qu’à la personne qui y tient véritablement de tout son cœur et de tout son pouvoir.

 

Le Rav Kook écrit qu’Eretz Israël est le pays de la vie[337]. Ce n’est que dans le Pays d’Israël que le peuple juif peut mener une vie authentique – une vie de souveraineté de la nation juive. Ce n’est qu’en Israël que le Juif peut véritablement être lui-même, fidèle à son identité et à ses talents israéliens. D’ailleurs, ce n’est qu’en Eretz Israël, le pays de la vie, que se produit la résurrection des morts[338]. La Guemara établit qu’un Juif qui meurt en galout doit péniblement traverser des galeries souterraines pour ressusciter en Israël33. La diaspora est décrite comme une tombe, un lieu d’ossements desséchés[339]. Le prophète Amos avertit les Juifs : « Tu mourras sur une terre impure[340]. » Quelqu’un qui est profondément attaché à Israël ressentira cette impureté lorsqu’il se trouvera hors du pays. Il ressentira le manque de sincérité du rituel et de la prière[341]. Il ressentira l’absence de qedoucha, du statut de nation, de patrie et de toutes les autres expressions d’une vie juive saine. Même dans la communauté la plus religieuse, un Juif attaché à la segoula divine d’Eretz Israël ressentira une chute spirituelle – comme le laisse entendre le terme yérida. Où que ce soit, l’air et l’environnement de la galout tout entière ne peuvent être comparés à la très haute qedoucha d’Eretz Israël.

 

 

הזרות שמרגישים בחוץ-לארץ הרי היא מקשרת יותר את כל חשק הרוח הפנימי לארץ ישראל וקדושתה, הצפייה לראותה מתגברת וציור חקיקת תבנית הקודש של ארץ אשר עיני ה בה תמיד, מראשית השנה עד אחרית שנה, מתעמקת יותר ויותר.

 

« L’étrangeté que l’on ressent à l’extérieur du Pays d’Israël suscite un lien plus fort avec l’aspiration spirituelle intérieure à Eretz Israël et à sa qedoucha. Le désir de voir le pays s’intensifie et la vision de l’image sainte, réelle du pays qui est constamment sous l’œil de Dieu depuis le début de l’année à la fin[342], s’approfondit de plus en plus. »

 

 

Le Juif qui est parvenu à établir une relation intime vivifiante avec Israël la porte avec lui, même lorsqu’il doit voyager hors du pays. L’étrangeté qu’il ressent en galout agit comme une protection contre la pollution qu’il y trouve, préservant son salubre attachement à Israël. Tout Juif, où qu’il vive, possède cette aptitude à établir un lien de vie avec Israël. S’il parvient à se purifier, à cheminer honnêtement en lui-même pour se découvrir, pour ôter chaque klipa l’une après l’autre, chaque diaspora, chaque culture étrangère, à remonter plusieurs générations dans le temps dans l’histoire de sa famille pour découvrir sa patrie d’origine et ses racines – s’il est courageux, déterminé et assez chanceux pour établir cette relation, il en arrivera à se sentir étranger dans sa vie de diaspora et à ressentir une fervente nostalgie pour Sion.

 

S’éveiller de la galout à une nouvelle vie en Israël ressemble au cheminement du repentir d’un Juif qui se tourne vers une nouvelle vie de Torah. Au début, il se sent étranger à son ancien mode de vie. Il ressent son impureté et aspire à se détacher de son ancien style de vie et de son ancien environnement. Il ne se reconnaît plus dans la vie qu’il menait autrefois. De nombreuses choses qu’il appréciait auparavant lui semblent désormais ne revêtir aucune importance. Il recherche un nouveau milieu, de nouvelles valeurs, de nouveaux objectifs et de nouveaux idéaux.

 

En vérité, un Juif qui revient à une vie de Torah sans avoir établi une relation étroite avec Israël n’a effectué qu’une partie du chemin. Peut-être n’a-t-il pas eu accès aux enseignements les plus profonds de la Torah ; peut-être les défis et les problèmes posés par le départ en Israël étaient-ils trop importants ; quelle que soit la raison, bien qu’il ait découvert une nouvelle vie de Torah, il n’a pas encore trouvé la plénitude. Car le mot techouva signifie revenir chez soi, non seulement en actes, mais également là où les actes doivent être accomplis[343]. Cela vaut aussi bien pour l’individu que pour la nation.

 

Si un Juif n’aspire pas activement à Israël, c’est que quelque chose ne va pas dans sa vie spirituelle. S’il a conscience d’être Juif et en est fier, le fait qu’il soit satisfait de la galout indique qu’il est toujours détaché de l’idéal juif. Car les expressions les plus authentiques du judaïsme et de l’identité juive sont une dévotion pour Dieu, la Torah, le Peuple d’Israël et Eretz Israël. Aucune de ces dimensions ne peut être complète sans les autres[344].

 

La nostalgie éprouvée pour Israël mène au désir de s’y trouver, d’y vivre, de parcourir ses vallées et ses collines bibliques, de contempler Jérusalem et de toucher les pierres du Kotel, de construire une vie dans le pays auquel Dieu accorde un amour particulier, direct. Le Kouzari écrit que Jérusalem ne pourra être reconstruite que lorsque les enfants d’Israël y aspireront au point d’embrasser ses pierres et sa poussière[345], comme le dit le verset des Psaumes : « Tu te lèveras, Tu prendras Sion en pitié, car il est temps de lui faire grâce : l’heure est venue. Car Tes serviteurs affectionnent ses pierres et ils chérissent jusqu’à sa poussière[346]. »

 

C’est le sentiment même d’étrangeté ressenti en galout qui intensifie la nostalgie pour le pays. L’intensité de ce sentiment dépend de la profondeur de l’amour ressenti pour Eretz Israël et de l’attachement aux segoulot du pays, comme un amoureux loin de sa bien-aimée désire passionnément la retrouver.

 

C’est la raison pour laquelle nos Sages ont prescrit qu’un Juif doit réciter le 137e psaume après chaque repas de la semaine[347]. Ce psaume nous rappelle comment nous devons nous sentir dans l’exil : « Sur les rives des fleuves de Babylone, là nous nous assîmes, nous pleurâmes au souvenir de Sion… Comment chanterions-nous l’hymne de l’Éternel en terre étrangère ? Si je t’oublie jamais, Jérusalem, que ma droite me refuse son service ! Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne me souviens toujours de toi, si je ne place Jérusalem au sommet de toutes mes joies[348] ! »

 

L’étrangeté qu’un Juif ressent dans la diaspora est un sentiment positif. Trop souvent, cependant, ce psaume n’est pas récité et son message n’est pas transmis. Au lieu d’être reconnaissant pour ce sentiment d’étrangeté, le Juif aspire à se sentir chez lui. À de nombreuses époques, ce n’était tout simplement pas possible : le Juif était un paria, haï partout où il fuyait. Mais, au cours des cents dernières années, des mouvements d’émancipation nationale lui donnèrent l’occasion de quitter le ghetto. Les Juifs devinrent subitement citoyens. Ils purent soudain se sentir chez eux dans un pays sans être rivés à leur passé biblique. La Révolution française et la Réforme en Allemagne, non seulement ont conduit à une assimilation, mais également à une désaffection à l’égard d’Eretz Israël en tant que nation juive. Lorsqu’un Juif cesse de placer Jérusalem au sommet de toutes ses joies43, il oublie qui il est. Lorsque ses parents et ses grands-parents sont tous nés en France, il grandit dans la conviction qu’il est lui aussi français.

 

ועומק תשוקת הקודש של חיבת ציון, של זכירת הארץ, שכל חמודות בה קשורות, כשהיא מתגברת בנשמה, אפילו יחידית, הרי היא עושה פעולת נביעה מעינית לכל הכלל, לרבבות נשמות הקשורות עמה.”

 

« Et l’aspiration sainte à l’amour de Sion, au souvenir du pays auquel sont liées toutes les bonnes choses de la vie – lorsqu’elle s’intensifie dans une âme, même une seule – agit comme une source débordante pour l’ensemble du Clal, les âmes innombrables qui lui sont liées… »

 

Le Rav Kook dévoile ici un secret très profond de la Délivrance. Le réveil de la nostalgie pour Sion n’influence pas seulement la vie de la personne qui aspire à la terre qu’elle chérit, il influence également son environnement et le peuple juif dans son ensemble. La nostalgie d’une personne pour Sion réveille la nostalgie d’autres Juifs. Comme chaque âme juive est liée à chacune des autres âmes du Clal Israël, l’aspiration d’une seule à la Délivrance exerce une influence positive sur toutes. Comme une pierre jetée dans une mare, la nostalgie d’un seul Juif pour Israël suscite des ondes de nostalgie qui s’étendent en cercles de plus en plus grands jusqu’à ce qu’ils atteignent le rivage.

 

D’après ce schéma, lorsque le dirigeant d’un mouvement de jeunesse sioniste à New York décide de s’installer en Israël, les ondes spirituelles induites par sa nostalgie parviennent jusqu’en Australie. Un Juif assis sur une plage de Sydney se surprend soudain à rêver d’Israël. Le lendemain, il achète un livre sur le sionisme moderne. Peu à peu, il en arrive à creuser sa réflexion sur Israël. Son intérêt se transforme en une aspiration active à voir le pays lui-même, et sa nostalgie déclenche des ondes spirituelles qui parviennent jusqu’en Russie où une famille se voit brusquement accorder un visa pour Israël après une longue attente de sept ans. Comment devons-nous comprendre cette réaction en chaîne mystique ?

 

L’ouvrage Nefech ha’Haïm, écrit par le Rav Haïm de Volozhin, le fondateur de la yéchiva où étudia le Rav Kook, comprend une étude en profondeur des mécanismes internes qui régissent le Clal Israël. On trouve dans le Zohar[349] un concept cabaliste appelé  אתערותא דלתתא ou « le réveil par le bas. » Ce phénomène ressemble au cycle de la pluie, par lequel la brume de l’océan s’élève vers les nuages pour « éveiller les eaux supérieures » qui, à leur tour, retombent sur la terre sous forme de pluie.

 

Le Nefech ha’Haïm explique que tout ce qui existe dans notre « monde d’en bas », sur terre, a son équivalent spirituel dans les « mondes supérieurs ». Un mouvement dans le monde d’en bas provoque un mouvement parallèle dans les mondes d’en haut. Les mondes supérieurs réagissent en envoyant leur influence céleste vers la création d’en bas[350]. Toute âme juive sur la terre a son équivalent sublime dans le monde céleste supérieur. Comme l’âme céleste supérieure d’une personne est unie à toutes les âmes du Clal Israël, ses actions sur terre influencent l’ensemble du Clal. Lorsqu’un Juif fait une mitsva, l’ensemble du Clal s’en trouve amélioré. De même, une transgression sur terre dégrade l’ensemble de la nation. C’est ce qu’illustre la faute d’Akhan dont le vol, acte isolé, amena la punition de la nation tout entière[351].

 

C’est pourquoi, la nostalgie d’une âme juive pour Eretz Israël déclenche une réaction en chaîne dans toute la nation. Un invisible bombardement de nostalgie est déclenché dans l’âme collective du Clal Israël où se trouvent rassemblées toutes les âmes, sans séparation, en une unité spirituelle. Du fait de l’unité intérieure du Clal, la nostalgie d’une seule personne pour Eretz Israël affecte tous les Juifs. Tous les Juifs ne vont pas se précipiter en Israël, mais la réaction en chaîne suscitée par la nostalgie pour Israël pave la voie de la Délivrance.

 

On trouve un exemple poignant de ce phénomène dans la vie du Rav Kook. Avant que n’éclate la Première Guerre mondiale, le Rav Kook s’était rendu en Europe pour prendre la parole à un congrès de rabbins opposés au mouvement sioniste. Alors que ses lettres montrent sa douleur de devoir quitter le Pays d’Israël[352], il décida que l’urgence de la question nécessitait sa participation au congrès où il espérait convaincre les rabbins de renoncer à leur lutte contre les sionistes. Lorsque la guerre éclata, toutes les routes pour Israël furent bloquées et le Rav Kook fut contraint de chercher asile, temporairement, en Angleterre. À cette époque, le gouvernement britannique, qui allait bientôt dominer la Palestine, discutait de la question de laisser les Juifs établir un État souverain en Israël. Ce fut l’influence du Rav Kook qui contribua à renforcer la cause sioniste. Une lettre qu’il écrivit fut lue au Parlement avant un vote. C’est ainsi que la Déclaration Balfour, et l’accroissement de population en Israël qui en résulta, furent stimulées par le grand amour du Rav Kook pour le pays.

 

“וקול שופר של קיבוץ נידחים מתעורר ורחמים רבים מתגברים, ותקוות חיים לישראל מתנוצצת, וצמח ד’ הולך ופורח, ואור ישועה וגאולה מתפצל ומתפשט, כשחר פרוש על ההרים.”

 

« Et le son du schofar du rassemblement des bannis s’éveille ; et une grande clémence se développe ; et l’espoir de la vie pour Israël brille ; la plante de Dieu grandit et fleurit ; et la lumière du Salut et de la Délivrance se répand comme l’aube qui se déploie au-dessus des montagnes. »

 

Dans la prière du Chemoné Esrei récitée trois fois par jour, le Juif supplie Dieu de rassembler à Sion les exilés d’Israël dispersés : « Sonne du grand schofar pour notre libération ; élève l’étendard pour rassembler nos exilés ; rassemble-nous, ensemble, des quatre coins de la terre, vers notre pays[353]. »

 

Comment Dieu procède-t-il ? Par un lent et patient processus que nos Sages comparent à l’éveil de l’aube :

 

« Il advint que Rabbi Hiyah Rabbah et Rabbi Shimon Ben ’Halafta marchaient dans la vallée d’Arbèles, au petit matin, avant que le jour ne se lève. Ils assistèrent à la levée de l’aube qui répandait sa lumière. Rabbi Hiyah dit à Rabbi Shimon Ben ’Halafta : Rabbi, telle est la Délivrance d’Israël ; au début, elle survient lentement, lentement, puis elle ne cesse de grandir[354]“. »

 

Si l’on veut comprendre le lent processus qui accompagne notre Délivrance, il faut se lever avant le soleil pour observer l’émergence de l’aube, non pas à six heures du matin, lorsque le soleil perce à l’horizon, mais deux heures avant, dans l’obscurité de la nuit. C’est l’heure à laquelle nos Sages se levaient pour commencer leurs dévotions et se préparer à la première prière du matin. Ils savaient que la nouvelle journée avait commencé, non pas au lever du soleil, mais bien plus tôt, dans les profondeurs de la nuit. Car la nouvelle journée commence, non pas avec davantage de lumière, mais par un sensible renforcement de l’obscurité[355]. Lentement, le voile de la nuit s’éclaircit. Les étoiles scintillent avec moins d’éclat. De délicats fils d’argent se déploient dans le ciel. Les constellations commencent à se dissiper. La première lumière apparaît, une tache de couleur pâle. L’obscurité s’atténue. D’autres couleurs apparaissent. Un trait de lumière souligne les contours des lointaines montagnes. Peu à peu, elles émergent de l’obscurité qui s’estompe. Leur silhouette se dresse à l’horizon. Des rayons percent le ciel et inondent la terre. Le point du jour survient bien avant que le soleil ne soit visible. Finalement, c’est le matin, l’aube d’une nouvelle journée. La lumière du jour se répand sur les montagnes, mais ce n’est qu’après un prélude d’incertitude que les rayons du soleil brillent en un crescendo de lumière. Le soleil apparaît dans toute sa gloire, en une couronne de couleurs dorées. Puis, au fur et à mesure qu’il s’élève, il devient une sphère flamboyante aveuglante, d’une lumière si intense que l’œil ne peut en supporter l’éclat.

 

Si le Tout-Puissant a programmé que la nature se déploie ainsi chaque jour de façon progressive, c’est parce que l’œil humain ne pourrait supporter l’éclat du soleil s’il apparaissait d’un seul coup[356]. Il en est de même de la Délivrance d’Israël. Le monde doit d’abord être préparé à une lumière écrasante. Il faut que soit forgé lentement le réceptacle qui acheminera vers le monde la lumière de Dieu. Lentement la scène du monde doit être préparée. Patiemment, après des années et des générations, la Maison de Jacob revient de la galout pour émerger d’abord en un nouvel État avant de devenir le Royaume d’Israël. Peu à peu, la longue nuit de l’exil cède la place à une nouvelle lumière sur Sion[357], à l’incomparable lumière du Machia’h et à la nouvelle ère naissante pour l’humanité.

 

Dans un premier temps, les Juifs commencent à comprendre que la vie en exil est véritablement étrangère. Survient une nostalgie pour l’indépendance, une aspiration à une patrie juive, le souvenir de Sion. C’est le schofar du retour national pour lequel nous prions, le schofar de la liberté48, la libération de notre asservissement aux autres nations et notre servitude aux autres cultures et croyances. L’appel de cette nostalgie résonne dans notre âme céleste et éveille une grande miséricorde dans les cieux. A l’instar du souffle purificateur du schofar à Roch haChanah qui ébranle la compassion de Dieu, le schofar de notre aspiration à Israël éveille la compassion de Dieu pour Son peuple. Une nouvelle ère de Salut est née.

 

C’est le schofar pour lequel nous prions, le schofar de la bonté et de la miséricorde de Dieu qui annonce la fin de notre exil et notre retour dans notre pays. Il existe cependant un autre type de schofar qui peut éveiller notre nostalgie si nous n’y parvenons pas par nous-mêmes. À propos de Roch Hachanah, plusieurs années avant la Seconde Guerre mondiale, le Rav Kook déclara : « Si la sainte ferveur et le désir de l’éminente Délivrance qui en découle cessaient, devaient cesser ; et si l’aspiration humaine naturelle à une nationalité et la nostalgie pour une vie digne de le la nation devaient disparaître, les ennemis d’Israël viendront souffler un schofar à nos oreilles appelant à notre Délivrance. Ils nous contraignent à entendre la voix du schofar. Ils donnent l’alarme, tirent du canon à nos oreilles et ne nous permettent pas de rester en galout. Ce schofar provenant d’une bête impure deviendra le schofar du Machia’h. Amalek, Hitler, etc., éveillent la Délivrance. Et celui qui ne veut pas entendre, parce que ses oreilles sont obstruées, il  entendra… par contrainte absolue, il entendra[358]. »

 

Si nous n’entendons pas l’appel pur du schofar de la Délivrance, Dieu utilise alors le schofar impur. Dans Son grandiose plan pour le monde, Il a décidé que le peuple juif devait vivre en Eretz Israël. Lorsque les exils approchent de la fin et que les fautes du peuple juif sont pardonnées, le moment est venu de rentrer au pays. Que nous le voulions ou non, la décision de Dieu doit être appliquée. Si nous n’entendons pas l’appel à notre liberté, le schofar impur de nos ennemis tonnera à nos oreilles pour nous déraciner de notre exil.

 

Pourquoi n’écoutons-nous pas ? Qu’est-ce qui nous empêche d’entendre ? Pourquoi ne prenons-nous pas au sérieux les paroles de nos prières lorsque nous disons : « Rassemble nos exilés ; rassemble-nous, ensemble, des quatre coins de la terre, vers notre pays48. » Parce qu’en nous éloignant des enseignements profonds de la Torah[359] et de la voix intérieure intime de notre âme, nous avons été séduits et emprisonnés par les cultures et les pays étrangers.

 

Heureusement, les pionniers d’Eretz Israël possèdent des âmes qui ne trouvent pas d’agrément dans les charmes adultères de la galout. Ils aspirent passionnément au pays où se trouve toute la bonté de Dieu. Lorsque cette aspiration sainte s’édifie dans une âme, « même une seule, cela agit comme une source débordante pour l’ensemble du Clal, les âmes innombrables qui lui sont liées et le son du schofar du rassemblement des bannis s’éveille ; une grande clémence se développe ; l’espoir de la vie pour Israël brille ; et la plante de Dieu grandit et fleurit… »

 

Ainsi, le Gaon de Vilna envoya ses élèves en Eretz Israël pour peupler le pays. Des répercussions spirituelles atteignent les continents. Le Rav Tzvi Hirsch Kalisher et le Rav Eliahou Guttmacher fondent le premier mouvement sioniste, les ’Hovevei Tsion. Leur nostalgie s’étend même à des Juifs non religieux qui ne supportent plus l’humiliation de la galout. À Paris, Herzl, un journaliste assimilé, est soudain animé par son identité juive et un esprit de fierté nationale. Les Juifs réunissent un Congrès sioniste mondial. Des cœurs jamais touchés par l’éducation juive sont remplis de ferveur pour Sion. Les vagues d’aliyah commencent. D’innombrables âmes entendent l’appel. Après un exil de près de 2 000 ans, les Juifs du monde entier commencent à découvrir un nouvel espoir. La nostalgie ne cesse de croître, peu à peu, comme une plante « la plante de Dieu se développe et fleurit ». Au début, la graine est enfouie sous terre. Puis, avec le temps, elle germe. Des localités juives surgissent en Israël. Par bateau, par avion et par voie de terre, les réfugiés affluent et se précipitent pour embrasser la terre chérie. La lumière de la Délivrance s’étend sur les montagnes. Lentement, l’obscurité cède la place à la lumière. Bien que la nouvelle époque prenne du temps pour se déployer, le soleil, dans toute sa splendeur est destiné à apparaître.

 

 

 

 

 

 

Chapitre 6

 

RÉCAPITULATIF

 

 

 

  1. Eretz Israël est le pays de la prophétie. La prophétie survient soit en Israël, soit à propos d’Israël, comme celles qui appellent à l’aliyah.
  2. Si une personne qui a connu le roua’h haqodech en Eretz Israël doit quitter le pays, son roua’h haqodech peut perdurer même en galout.
  3. Même la prophétie, qui est le niveau le plus élevé de roua’h haqodech, peut continuer en ’houtz laAretz si elle a commencé en Israël. Ce fut le cas du prophète Ézéchiel.
  4. Un Juif n’est pas autorisé à quitter le Pays d’Israël, sauf dans certains cas prévus par la halakha. Mais, dans tous les cas, il doit revenir en Israël et ne pas s’installer en ’houtz laAretz.
  5. Lorsqu’une personne dotée du roua’h haqodech quitte le Pays d’Israël, son niveau élevé de qedoucha agit comme un aimant, réunissant les étincelles de qedoucha enfouies dans les klipot de la galout. Ce rassemblement des étincelles de sainteté forme une voie par laquelle le roua’h haqodech peut continuer.
  6. Plus un Juif est incapable de tolérer l’air et l’environnement de toume’a hors du Pays d’Israël, plus il est en bonne santé. C’est le signe qu’il est attaché à la qedoucha intime d’Eretz Israël. Son aversion pour la diaspora est en fait un don divin qui le protège des nombreux dangers spirituels, psychologiques et culturels de l’exil.
  7. Le sentiment d’étrangeté que l’on ressent hors du Pays d’Israël suscite une profonde nostalgie pour le pays et son éminente qedoucha. Cette aspiration déclenche une réaction en chaîne de nostalgies dans l’ensemble du Clal Israël. La miséricorde divine s’éveille et le peuple juif commence à rentrer au Pays d’Israël.
  8. Comme l’âme d’un Juif est liée à toutes les âmes du Clal, la nostalgie d’un seul pour Israël a un effet multiplicateur sur l’ensemble de la nation.
  9. La Délivrance d’Israël est un processus progressif qui se déploie dans le temps, très lentement, comme l’éveil de l’aube sur les montagnes.

 

 

 

 

 

הרב אברהם יצחק הכהן קוק

 

 

ארץ ישראל

 

 

ז

 

 

מלאה היא הנשמה אותיות מלאות אור חיים, מלאות דעה ורצון, מלאות רוח-הבטה ומציאות מלאה. מזוהר האותיות החיות הללו מתמלאות זיו-חיים כל יתר הדרגות אשר לבניין-החיים, אשר לכל שדרות הרצון, הדעה והמפעל, לרוח הנשמה, בכל ערכיהם. זיו אור אלוהים חיים, אור חי העולמים, חי בכל נועם בהוד כל מצווה. תכף בגשתנו למצווה לעשותה מתגדלות כל האותיות החיות שבמהותנו, אנו מתגדלים ומתגברים, מתעצמים באור-חיים והויה עליונה , מפארה ועשירה עשר-קודש-עולמים, ובאור תורה וזיו חכמה. נוהרות עלינו אותן האותיות של מקורות התורה, ולעומתם מתנשאות אותיות-החיים המלאות זיו ואור פנימי שבמהותנו, ותסיסה הרת-עולמים מתהוה. עז חדות נועם, גבורת קודש וששון אדנים, מתהוה ברוחנו פנימה, ובכל היקום מתחדש אור וחיים. העלם מוכרע על ידינו לזכות, על כל פנים מתוסף אור ויושר, רצון ושובע טוב פנימי.

בארץ-ישראל מתגדלות האותיות של נשמתנו, שם מחשיפות הן נהרה, יונקות חיים עצמיים מזיו-החיים של כנסת-ישראל, מושפעות הן מסוד יצירתם המקורית בדרך ישרה. אוירא דארץ-ישראל ממציא את הגדול הרענן של אותיות החיים הללו, בזיו תפאה, בדידות נעימה ובגבורת-רעם עליזה מלאה שפעת קודש, “כל הכתוב לחיים בירושלים”. הצפייה לראות בהדר ארץ חמדה, השקיקה הפנימית לארץ-ישראל מגדלת את האותיות הקודש, את אותיות-החיים העצמיות הישראליות שבפנימיותנו ועצמיותנו, היא מגדלתם גדול רוחני פנימי, “אחד הנולד בה ואחד המצפה לראותה”, “ולציון יאמר איש ואיש ילד בה, והוא יכוננה עליון, ד’ יספור בכתוב עמים זה ילד-שם סלה”. – המשפט – העמוד האמצעי, שכל הטרקלין עליו נשען, “משל למטרונה ההולכת ושיפוליה מכאן ומכאן, משפטים ואמצעיתה של תורה”, הם הם מהות-החיים, “משפט בני ישראל”, מהות החפץ הנשמתי הספוג בנשמת-משיח רוח אפנו אשר יקראו לו ד’ צדקנו, אשר יגלה אור משפט ד’ בארץ בגבורה עליונה, השוללת כל מלחמה וכל שפיכות דמים. משפט בני ישראל על לב אהרון – תמצית האותיות הנשמתיות של כל  ישראל, מאירה באורם-ותומים, “בולטות או מצטרפות”.

 

 

 

 

RAV AVRAHAM YITZHAK HACOHEN KOOK

 

ERETZ ISRAËL

 

Chapitre 7

[Traduction littérale]

 

 

L’âme est remplie de lettres imprégnées d’une lumière de vie, pleines de connaissance et de volonté, pleines de quête spirituelle et d’existence complète[360]. Depuis les rayons de ces lettres vivantes, tous les autres niveaux de l’édification de la vie sont remplis de la lumière de la vie – tous les aspects de la volonté, de la connaissance et de l’action, de l’esprit et de l’âme, dans toutes leurs valeurs.

 

Lorsqu’on s’apprête [à accomplir] une mitsva, cette mitsva est toujours pleine de la lumière de la vie de tous les mondes – chaque mitsva est remplie de lettres, grandes, merveilleuses parmi les 613 commandements qui sont, à leur tour, interdépendantes de chaque commandement – de toute la vie des mondes qui est dans le secret de la foi.

 

La lumière du Dieu de vie, la lumière de la vie du monde, vit en harmonie parfaite dans la splendeur de chaque mitsva. Dès que nous sommes sur le point d’accomplir un commandement, toutes les lettres vivantes qui constituent notre essence se développent, nous devenons plus grands, plus forts et plus puissants dans la lumière de la vie et de l’existence suprême, resplendissante et riche de la richesse de la sainteté universelle, de la lumière de la Torah et de la sagesse.

 

Ces mêmes lettres de la source de la Torah affluent vers nous, et parallèlement, les lettres de vie qui sont remplies de l’éclatante lumière intérieure de notre essence s’élèvent vers elles, et survient un mouvement qui donne naissance aux mondes. La puissance d’une sérénité agréable, d’un courage saint et d’une douce joie est présente dans notre esprit et l’univers tout entier se renouvelle dans la lumière et la vie. Le monde est jugé méritant grâce à nos actions ; la lumière et la vérité, la bonne volonté et la satisfaction intérieure embellissent chaque visage.

 

En Eretz Israël, les lettres de nos âmes deviennent de plus en plus grandes ; là, elles révèlent la lumière éclatante ; elles puisent une vie indépendante dans la lumière de la vie de Knesset Israël ; elles sont directement influencées par le secret de leur création première.

 

L’air du Pays d’Israël stimule la croissance vivifiante de ces lettes vivantes avec un éclat splendide, un attrait intérieur et un fracas joyeux, courageux, empli d’un afflux de qedoucha – « quiconque aura été inscrit pour la vie à Jérusalem[361]. »

 

L’aspiration à voir dans sa gloire le pays chéri ; la nostalgie intérieure pour le Pays d’Israël accroît les lettres de sainteté, les lettres de la vie israélienne indépendante qui sont au plus profond de notre essence et de notre être ; elle augmente leur croissance spirituelle intérieure. « Celui qui y est né, et celui qui aspire à le voir[362] » « Mais de Sion, on dit : “Celui-ci et celui-là y sont nés !” C’est le Très-Haut qui l’a affermie. l’Éternel en inscrivant les nations, proclame : “Un tel y est né !” Sélah[363] ! »

 

Le jugement – le pilier du milieu sur lequel repose le palais tout entier, « une parabole présente une femme en train de marcher, le bas de sa robe de ce côté-ci et de ce côté-là, les lois et le centre de la Torah[364] », ce sont eux l’essence de l’existence ; « Le jugement des Enfants d’Israël[365] » – l’essence du désir imprégné dans l’âme du Machia’h, l’esprit de nos vies[366], qui sera appelé Hachem qui justifie notre être, qui avec une suprême vaillance révèlera dans le pays la lumière du jugement de Dieu qui condamne toute guerre et toute effusion de sang.

 

Le jugement des enfants d’Israël sur le cœur d’Aharon – la quintessence des lettres de l’âme de tout Israël, brille dans les ourim et toumim, « en se distinguant ou en se rejoignant[367]. »

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 7

 

LES LETTRES DE SAINTETÉ

 

 

 

Dans ce chapitre, le Rav Kook explore les profondeurs de l’âme. Sa description est à la fois une métaphore et une étude presque technique des fondements cabalistiques de la vie juive. En fait, n’était-ce la surprenante révélation qu’il contient, ce chapitre ne semblerait pas à sa place dans un recueil sur Eretz Israël.

 

Si nous pouvions disséquer une âme, qu’y découvririons-nous ? Que révèlerait un examen au microscope ? Quels sont les composants d’une âme ? Ses atomes ? Lorsque nous explorons aussi profondément que possible l’anatomie de l’âme, apparaît soudain sous nos lentilles à fort grossissement un alef. Puis nous voyons un mem et un taf. Si une âme était de nature génétique, nous découvririons que son hélice d’ADN est composée de lettres hébraïques.

 

Lorsque le Rav Tzvi Yéhouda Kook évoquait ce chapitre, il disait que les lettres hébraïques sont les atomes et les composantes fondamentales de l’âme juive. Ce que décrit le Rav Kook, ce n’est pas seulement la forme extérieure, graphique des lettres, qui ont une signification en elles-mêmes[368], mais leur essence intime et leur contenu. Dans un autre ouvrage, Roch Millin, le Rav Kook creuse la signification de chacune des vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque. À la différence des lettres de l’alphabet latin qui ne représentent que des sons dénués de toute signification, les lettres de la « langue des choses saintes » ont une existence indépendante et des racines spirituelles dans le monde d’en-haut[369].

 

En hébreu, le mot signifiant lettre est  אות . Une אות est le symbole de quelque chose qui possède un contenu bien plus profond. Par exemple, le Chabatt est appelé אות[370]. Les tefillin sont une [371]אות. De même que la brit milah[372]. Ce sont les signes de l’alliance particulière entre le peuple d’Israël et Dieu. Précision intéressante, les luminaires célestes, le soleil et la lune, sont appelés  אותות[373]. Le mot אות apparaît également dans le Tanakh pour désigner un événement extraordinaire qui se produira dans l’avenir[374].

 

La sagesse de la Qabbala comprend les lettres comme des forces puissantes, donnant la vie. La Guemara enseigne que les lettres hébraïques furent utilisées pour créer le ciel et la terre[375]. Betsalel savait combiner les lettres utilisées lors de la Création. C’était cette sagesse secrète qui lui permit de construire le Michkan8.

 

La Torah elle-même est composée de lettres, chacune représentant l’une des 600 000 âmes juives du monde[376]. La combinaison des lettres qui nous a été transmise dans la Torah est adaptée à notre compréhension, mais elle n’est pas la seule possible[377]. Hachem Lui-même ordonnance l’armée des lettres du monde  ה’ צבאות[378].

 

Outre sa forme alphabétique, chaque lettre a une nature vivante profonde. Chaque lettre contient un concept, une direction, une volonté qui trouve son expression dans l’âme. Au-delà de l’ego individuel de la personne, il y a une volonté d’existence générale plus profonde. Il existe une force de vie qui est inspirée par Dieu et c’est ce qui inspire l’ego et la psyché de chacun. Les composantes intérieure de cette force de vie profonde sont les lettres hébraïques. De même que les lettres sont les constituants de la Torah et du monde, elles se combinent pour former le modèle moléculaire de l’âme. Ce que les atomes sont au monde physique, les lettres hébraïques le sont au monde spirituel.

 

“מלאה היא הנשמה אותיות מלאות אור חיים, מלאות דעה ורצון, מלאות רוח-הבטה ומציאות מלאה.”

 

« L’âme est remplie de lettres imprégnées d’une lumière de vie, pleines de connaissance et de volonté, pleines de quête spirituelle et d’existence complète. »

 

L’âme est remplie de lettres contenant la force de vie divine qui nous confère notre existence. Elles ont elles-mêmes une connaissance, une volonté et une quête d’inspiration spirituelle. Toutes les activités fondamentales d’un Juif, qu’il s’agisse de sa réflexion, de sa volonté, de son action ou de son imagination, proviennent des lettres de son âme. Différentes combinaisons de lettres donnent différents types d’âmes. Il existe de puissantes combinaisons ainsi que des âmes de moindre pouvoir. Selon l’éclat de ces lettres qui donnent la vie, l’âme d’un homme rayonne avec plus ou moins d’énergie.

 

“מזוהר האותיות החיות הללו מתמלאות זיו-חיים כל יתר הדרגות אשר לבניין-החיים, אשר לכל שדרות הרצון, הדעה והמפעל, לרוח הנשמה, בכל ערכיהם.”

 

« Depuis les rayons de ces lettres vivantes, tous les autres niveaux de l’édification de la vie sont remplis de la lumière de la vie – tous les aspects de la volonté, de la connaissance et de l’action, de l’esprit et de l’âme, dans toutes leurs valeurs. »

 

Comme des atomes, ces lettres existent dans un flux dynamique constant. Elles sont actives, remplies de connaissances, de motivation, d’inspiration et de volonté, affectant constamment la vie de l’âme. Elles sont pleines de visions et d’envol imaginatif. Elles sont remplies d’existence pleine, non soumises à la nature, et recèlent en elles un modèle pour toute la Création, de la même façon qu’une molécule renferme en elle un système solaire d’atomes et qu’une cellule contient la structure génétique du corps dans son ensemble. Chaque âme contient un modèle pour le monde entier. Les lettres activent d’autres lettres dans une réaction en chaîne ininterrompue qui est la force motivante de toute la vie.

 

“כשנגשים למצווה, המצווה היא תמיד מלאה זיו-חיים של כל עולמים, מלאה היא כל מצווה אותיות גדולות ונפלאות, מכל תרי”ג מצוות התלויות בכל המצווה, מכל חיי העולמים שבסוד האמונה.”

 

« Lorsqu’on s’apprête [à accomplir] une mitsva, cette mitsva est toujours pleine de la lumière de la vie de tous les mondes – chaque mitsva est remplie de lettres, grandes, merveilleuses parmi les 613 commandements qui sont, à leur tour, interdépendantes de chaque commandement – de toute la vie des mondes qui est dans le secret de la foi. »

 

 

Que se passe-t-il dans l’âme lorsqu’une personne s’apprête à accomplir une mitsva ? Une mitsva de la Torah est également remplie de lettres vibrantes et d’un courant de force divine inspirante. Les commandements eux-mêmes sont des fontaines de vie, comme le dit la Torah « l’homme qui pratique ces mitsvot obtient par elles la vie[379]. » Les mitsvot sont des voies qui permettent aux lettres de couler depuis leur source divine vers l’âme. La force de vie des mitsvot ajoute à la vitalité de l’homme. Elles sont les circuits et les conduites de vie. Et elles aussi, à l’instar des lettres, sont des microcosmes d’existence, jaillissant avec l’énergie que Dieu confère au monde.

 

Lorsqu’un Juif accomplit une mitsva, il reçoit une nouvelle dose d’énergie et de vie. Lorsque les lettres de son âme s’associent aux lettres de la mitsva, une explosion se produit. Comme une fusion nucléaire d’atomes, une nouvelle vie est libérée pour l’âme et pour tous les mondes. C’est l’union de l’âme et de la mitsva qui apporte au monde son renouvellement constant. Et comme chacune des mistvot est intégralement liée aux 613 commandements de la Torah[380], lorsque nous en accomplissons une, nous libérons la puissance de toutes en une réaction en chaîne qui envoie des ondes de qedoucha et de lumière à travers l’univers. Tel est le mécanisme qui apporte la vie au monde. Nos Sages ont ainsi enseigné que si, Dieu préserve, les Juifs cessaient d’étudier la Torah, ne serait-ce qu’un instant, le monde entier prendrait fin[381].

 

L’interrelation entre les 613 préceptes de la Torah recèle certes un immense potentiel, mais pose également des problèmes. Étant donné que chaque mitsva est intégralement reliée à chacune des autres, l’accomplissement de l’une d’elles ne peut être parfait que si toutes les autres mitsvot sont accomplies, un peu à l’instar d’une symphonie composée de plusieurs centaines de notes. Lorsqu’elles sont jouées ensemble, elles se fondent en une merveilleuse harmonie. Mais si une note est au-dessous du ton ou manque, l’harmonie de l’ensemble est détruite. Ce qui est vrai dans la vie d’une personne l’est aussi dans la vie de la nation. Lorsqu’une personne n’accomplit qu’une partie des 613 mitsvot, sa force de vie est amoindrie. De même, lorsque la nation juive dans son ensemble ne respecte pas toutes les mitsvot, que ce soit par faiblesse spirituelle ou à cause de la galout, c’est toute sa vie qui est mutilée et la bonté divine apparaît dans le monde dans une lumière terne, brisée.

 

זיו אור אלוהים חיים, אור חי העולמים, חי בכל נועם בהוד כל מצווה.”

 

« La lumière du Dieu de vie, la lumière de la vie du monde, vit en harmonie parfaite dans la splendeur de chaque mitsva. »

 

Dans l’observance d’une mitsva, l’âme rencontre la lumière divine. Telle est la signification de la prière de yi’houd que certains Juifs prononcent avant d’accomplir une mitsva. La mitsva est le vecteur qui unit Dieu et Sa Chekhina à l’ensemble du Clal Israël[382]. Un Juif s’attache à Dieu, non seulement par une méditation abstraite, mais également par l’accomplissement de mitsvot pratiques. Lorsque nous accomplissons les commandements, nous lions notre vie à la volonté de Dieu et à la force de vie divine qu’Il a implantée en nous. Telle est la voie vers la vie authentique, en adhérant à la force de vie divine dans l’accomplissement d’une mitsva, comme nous disons dans la Torah : « Et vous qui êtes restés fidèles à l’Éternel, votre Dieu, vous êtes tous vivants aujourd’hui[383] ! »

 

“תכף בגשתנו למצווה לעשותה מתגדלות כל האותיות החיות שבמהותנו, אנו מתגדלים ומתגברים, מתעצמים באור-חיים והויה עליונה , מפארה ועשירה עשר-קודש-עולמים, ובאור תורה וזיו חכמה  ובכל היקום מתחדש אור וחיים. העלם מוכרע על ידינו לזכות, על כל פנים מתוסף אור ויושר, רצון ושובע טוב פנימי.”

 

« Dès que nous sommes sur le point d’accomplir un commandement, toutes les lettres vivantes qui constituent notre essence se développent, nous devenons plus grands, plus forts et plus puissants dans la lumière de la vie et de l’existence suprême, resplendissante et riche de la richesse de la sainteté universelle, de la lumière de la Torah et de la sagesse…. et l’univers tout entier se renouvelle dans la lumière et la vie. Le monde est jugé méritant grâce à nos actions ; la lumière et la vérité, la bonne volonté et la satisfaction intérieure embellissent chaque visage. »

 

Lorsque nous allons accomplir une mitsva, l’énergie de nos âmes et la mitsva agissent l’une sur l’autre et toutes les lettres qui constituent notre essence grandissent grâce à une injection de qedoucha, de Torah, de suprême sagesse et de vie. Si nous étions au niveau adéquat pour vivre cette union spirituelle, si nos sensibilités étaient en harmonie avec l’incommensurable richesse de notre vie intérieure divine, lorsque nous allons accomplir une mitsva, nous ressentirions la même extase et la même joie que des fiancés lorsqu’ils s’avancent vers le dais nuptial pour devenir mari et femme.

 

Lorsqu’un Juif accomplit une mitsva, les lettres de son âme sont exaltées par une force de vie accélérée. Les lettres de la Torah des mondes supérieurs de l’existence fusionnent avec les lettres de l’âme individuelle. Ce « mariage » entre les mondes supérieurs et inférieurs suscite une union de splendeur et de joie. Notre volonté et la volonté divine ne font qu’un. Nous-mêmes et le monde sommes remplis d’une force, d’une sagesse, d’une sainteté, d’une vaillance, d’une harmonie et d’une joie célestes. La même plénitude qui présida au don de la Torah revient désormais vers nos âmes. C’est dans la rencontre de l’homme et de la mitsva que se réalise le projet de la vie. L’homme est en accord avec la volonté divine. L’âme adhère à Dieu. Les mondes se rejoignent et cette union conduit au renouveau de la création tout entière.

 

Du fait de la connexion de l’âme à l’ensemble du monde, la moindre mitsva, apparemment mineure est, en fait, une action cosmique qui remplit le monde d’une bénédiction indescriptible. L’accomplissement d’une mitsva remplit le monde de Torah, de bonté intérieure et de vérité. Nous tenons entre nos mains le sort de l’existence. Nos bonnes actions infusent du mérite au monde[384]. En observant les commandements de la Torah, non seulement nous élevons le niveau de notre propre vie, mais nous améliorons le monde. Au tribunal céleste, le jugement de Dieu en est adouci.

 

En effet, le Tout-Puissant a mis entre nos mains la clé de l’existence. La bénédiction divine et la vie sont dispensées dans le monde en fonction de ce que nous faisons[385]. En un sens, lorsque nous accomplissons une mitsva, nous donnons de la force à Dieu Lui-même, comme nous disons dans nos prières du matin : Donnez de la force à Dieu[386]. Israël est, au sens figuré, la source de la puissance divine. Ce sont nos actions qui permettent à la bonté de Dieu de se manifester dans le monde. Du fait de l’unité de la création tout entière, les mitsvot que nous accomplissons sur terre ouvrent les valves de la bénédiction céleste dans les mondes supérieurs. En accomplissant la volonté divine, nous amenons au mariage du ciel et de la terre.

 

Cette union, écrit le Rav Kook, amène un air de satisfaction intérieure sur le visage de chacun. S’il en est ainsi, pourquoi ne le voyons-nous pas ? En partie parce que l’union entre Dieu et le monde est encore incomplète, comme en témoigne le verset des Psaumes : « Comment chanterions-nous l’hymne de l’Éternel en terre étrangère[387] ? » Tant que la nation d’Israël ne sera pas pleinement revenue en Israël, tant que nous ne pouvons accomplir qu’une partie de la Torah et des mitsvot, tant que le Beit haMiqdach fait défaut, la bénédiction et la lumière divines sont amoindries. Ce n’est qu’avec la délivrance de notre servitude physique et spirituelle, lorsque nous revenons à la Torah nationale tout entière, que les sourires embelliront chaque visage, comme le dit le verset : « Alors notre bouche s’emplit de chants joyeux et notre langue d’accents d’allégresse[388]. » Cela se produit lorsque la nation vit sa vie de Torah authentique en Eretz Israël[389].

 

CAR EN ERETZ ISRAËL, LES LETTRES DE NOTRE ÂME GRANDISSENT. ELLES SONT AMPLIFIÉES PLUSIEURS MILLIERS DE FOIS, MÊME SANS ACCOMPLIR UNE MITSVA, CAR LE SIMPLE FAIT D’ÊTRE EN ISRAËL EST EN SOI UNE MITSVA[390].

 

 

“בארץ-ישראל מתגדלות האותיות של נשמתנו, שם מחשיפות הן נהרה, יונקות חיים עצמיים מזיו-החיים של כנסת-ישראל, מושפעות הן מסוד יצירתם המקורית בדרך ישרה. אוירא דארץ-ישראל ממציא את הגדול הרענן של אותיות החיים הללו, בזיו תפאה, בדידות נעימה ובגבורת-רעם עליזה מלאה שפעת קודש, “כל הכתוב לחיים בירושלים”.”

 

« En Eretz Israël, les lettres de nos âmes deviennent de plus en plus grandes ; là, elle révèlent la lumière éclatante ; elles puisent une vie indépendante dans la lumière de la vie de Knesset Israël ; elles sont directement influencées par le secret de leur création première. L’air du Pays d’Israël stimule la croissance vivifiante de ces lettes vivantes avec un éclat splendide, un attrait intérieur et un fracas joyeux, courageux empli d’un afflux de qedoucha –  quiconque aura été inscrit pour la vie à Jérusalem. »

 

Plus simplement, le Rav Kook précise que s’il existait un compteur Geiger susceptible de mesurer l’existence des lettres hébraïques, il commencerait à grésiller et à crépiter avec un bruit retentissant en approchant des frontières d’Israël. Car Eretz Israël est le pays des lettres gigantesques en trois dimensions. C’est le pays des alef et des bet autochtones. Comme les géants rencontrés par les explorateurs à Hébron, et les fruits gigantesques découverts dans le pays, l’alphabet d’Eretz Israël éclipse l’alphabet lilliputien de la galout. Les lettres prospèrent dans l’air d’Israël et tirent de son sol saint des substances nutritives. Par contre, en ’houtz laAretz, les lettres sont rabougries, comme des plantes qui ont poussé hors de leur milieu naturel.

 

Lorsqu’un Juif fait son aliyah en Eretz Israël, ses lettres s’adaptent et multiplient leur taille. Tout son être devient plus grand. Il se rapproche de Dieu. Comparé à la personne qu’il était en galout, il devient plus grand que la vie[391]. Il devient un géant, rempli d’un plus grand courage, d’une plus grande qedoucha, d’un plus grand bonheur et d’une plus grande sagesse.

 

Quel est le secret de ce changement ? EN ERETZ ISRAËL, NOS LETTRES, COMME NOS ÂMES[392], DEVIENNENT LES LETTRES GÉANTES DU CLAL ISRAËL. Elles ne sont plus des petites lettres individuelles – ELLES SE MULTIPLIENT PAR LEUR UNION AVEC KNESSET ISRAËL. DANS LE PAYS DU CLAL ISRAËL, NOS LETTRES FUSIONNENT AVEC L’ÂME IMMENSE DE LA NATION.

 

Dans sa relation à la nation, l’oleh en Israël devient un Juif plus complet. Il devient un co-fondateur de la nation juive. Il devient un soldat des Forces de défense d’Israël, dans l’armée de Dieu[393]. Il parle la langue de ses ancêtres. Il devient indépendant dans son propre pays. Ses aspirations sont remplies d’idéal. Il devient un architecte de l’histoire, un partenaire actif de la Délivrance. Son horizon et sa psyché se développent de façon exponentielle parce qu’il s’identifie à l’aspiration et à la volonté nationales.

 

Parce qu’il vit en Israël sa vie tout entière est une mitsva, une mitsva qui équivaut à toutes les mitsvot de la Torah[394]. La vie divine afflue sans cesse dans son être par l’intermédiaire de sa nouvelle vie de mitsva. Sa maison est une mitsva[395], son travail est une mitsva, chaque pas qu’il fait sur la Terre sainte est une mitsva, chacune des quatre coudées lui vaut une part plus grande dans le monde à venir[396]. Chaque respiration le remplit de vie sainte. Les lettres de la Torah se déversent dans son âme.

 

Le Rav Kook cite un verset du livre d’Isaïe : « et on dénommera saint quiconque aura été sauvé dans Sion et épargné dans Jérusalem, quiconque aura été inscrit pour la vie à Jérusalem[397]. »

 

En Eretz Israël et à Jérusalem, les lettres de notre âme sont inscrites pour la vie éternelle.

 

À l’instar des lettres géantes du pays, les mitsvot du pays sont géantes elles aussi, accomplies là où les commandements de Dieu sont censés être accomplis[398]. Elles débordent d’énergie et de vie. En Israël, les mitsvot sont accomplies dans toute leur pureté, sans perturbations ou pollution, accomplies dans le pays de Dieu[399]. En Israël, chaque mitsva se répercute dans les innombrables âmes du Clal, se multipliant au-delà de toute mesure, résonnant dans l’univers, remplissant le monde d’harmonie, de plénitude et d’ordre. Lorsque la nation mène une véritable vie de Torah en Israël, le projet de Dieu pour le peuple juif est réalisé. Les voûtes célestes s’ouvrent et la bénédiction divine afflue continûment sur toute la création.

 

Ainsi également, la Torah d’Eretz Israël est la Torah complète. Comme l’enseignent nos Sages : « Il n’est pas de Torah comme la Torah d’Eretz Israël[400]. » En Israël, la Torah est totale, la Torah de la nation, la Torah du Clal, aucune de ses mitsvot ou lettres ne manque. Dans le Pays d’Israël, la Torah est à sa place authentique, irradiant son influence avec un charme particulier, ses lettres célestes brillant de la lumière de la Chekhina[401].

 

Dans les chapitres précédents, nous avons vu qu’un Juif qui éprouve de la nostalgie pour Eretz Israël peut bénéficier de ses trésors spirituels. Cet attachement plein de sainteté exerce un impact direct sur les lettres de l’âme d’une personne qui aspire à faire partie du pays.

 

הצפייה לראות בהדר ארץ חמדה, השקיקה הפנימית לארץ-ישראל מגדלת את האותיות הקודש, את אותיות-החיים העצמיות הישראליות שבפנימיותנו ועצמיותנו, היא מגדלתם גדול רוחני פנימי, “אחד הנולד בה ואחד המצפה לראותה”, “ולציון יאמר איש ואיש ילד בה, והוא יכוננה עליון, ד יספור בכתוב עמים זה ילד-שם סלה”.”

 

 

« L’aspiration à voir dans sa gloire le pays chéri ; la nostalgie intérieure pour le Pays d’Israël accroît les lettres de sainteté, les lettres de la vie israélienne indépendante qui sont au plus profond de notre essence et de notre être ; elle augmente leur croissance spirituelle intérieure.  Celui qui y est né, et celui qui aspire à le voir[402], Mais de Sion, on dit : ‘Celui-ci et celui-là y sont nés !’ C’est le Très-Haut qui l’a affermie. l’Éternel en inscrivant les nations, proclame : ‘ Un tel y est né ! Sélah[403] !’ »

 

 

Non seulement cette vie héroïque peut être menée en Israël, mais l’âme qui aspire à vivre en Israël est vivifiée par un regain d’énergie sainte. Le Juif qui aspire sincèrement à voir Israël est influencé par sa grandeur. En souhaitant lier son sort au pays, il ressemble à quelqu’un qui s’approche d’une mitsva, courant pour embrasser l’être cher. Son pouls bat plus vite et les lettres de son âme s’agrandissent pour recevoir un nouvel apport énorme de vie. Il grandit spirituellement dans son attachement à Eretz Israël et aux aspirations du Clal Israël. Aussi bien « celui qui est y né que celui qui aspire à le voir » partagent ses bénédictions ; tous deux atteignent la plénitude en menant au maximum la vie d’un Juif.

 

 

המשפט – העמוד האמצעי, שכל הטרקלין עליו נשען, “משל למטרונה ההולכת ושיפוליה מכאן ומכאן, משפטים ואמצעיתה של תורה”, הם הם מהות-החיים, “משפט בני ישראל”, מהות החפץ הנשמתי הספוג בנשמת-משיח רוח אפנו אשר יקראו לו ד צדקנו, אשר יגלה אור משפט ד בארץ בגבורה עליונה, השוללת כל מלחמה וכל שפיכות דמים. משפט בני ישראל על לב אהרון – תמצית האותיות הנשמתיות של כל  ישראל, מאירה באורם-ותומים, “בולטות או מצטרפות”.

 

« Le jugement – le pilier du milieu sur lequel repose le palais tout entier, une parabole présente une femme en train de marcher, le bas de sa robe de ce côté-ci et de ce côté-là, les lois et le centre de la Torah, ce sont eux l’essence de l’existence ; Le jugement des Enfants d’Israël – l’essence du désir imprégné dans l’âme du Machia’h, l’esprit de nos vies, qui sera appelé Hachem qui justifie notre être, qui avec une suprême vaillance révèlera dans le pays la lumière du jugement de Dieu qui condamne toute guerre et toute effusion de sang.

Le jugement des enfants d’Israël sur le cœur d’Aharon – la quintessence des lettres de l’âme de tout Israël, brille dans les ourim et toumim, ‘en se distinguant ou en se rejoignant. »

 

Le Rav Kook conclue ce chapitre par une étude de la signification du michpat qui signifie loi ou jugement. Pourquoi dans un chapitre ésotérique sur les lettres hébraïques s’intéresse-t-il subitement au jugement. Que viennent faire la loi et la justice dans ce chapitre sur les âmes ?

 

De façon significative, le mot michpat signifie également une phrase. Il n’est donc pas si surprenant de trouver ce mot dans une étude sur les lettres. Une phrase est une combinaison et un ordonnancement de lettres destiné à exprimer une pensée complète. De même, la justice est un ordonnancement de l’existence destiné à placer chaque chose à sa place. C’est par la justice que le projet de Dieu pour le monde se réalise sur terre.

 

Fondamentalement, l’ordonnancement des lettres – et de la vie – s’exprime sur le pectoral d’Aharon, le Cohen gadol. En tant que chef du service divin dans le michkan, il est placé au cœur de la vie religieuse de la nation. Le centre même de cette vie, symbolisé par le cœur du pectoral, les ourim et les tourim, est l’institution de la loi et du jugement – michpat Bnei Israël[404].

 

Dans un autre chapitre du livre OROT, le Rav Kook explique comment le christianisme a déconnecté la justice et la loi de la pratique et de la croyance religieuses[405]. Dans le judaïsme, la justice est le « pilier central de l’existence sur lequel repose le palais tout entier[406]. » C’est un jugement divin et une loi divine qui exigent que le monde entier soit ordonnancé comme il doit l’être. Dans son premier commentaire de la Bible, Rachi demande pourquoi la Torah commence par le récit de la création et non pas le premier commandement donné au peuple d’Israël. Il répond que la Torah entend enseigner que c’est le Tout-Puissant qui a créé le monde et a donné le Pays d’Israël aux peuples cananéens auxquels Il peut le reprendre pour le donner comme bon lui semble[407]. Pour comprendre correctement la Torah, il faut d’abord comprendre que le peuple juif est chez lui en Israël. Tel est le projet divin pour le monde. Tel est l’ordre et la loi de l’univers. L’harmonie et la plénitude planétaire ne peuvent être réalisées que lorsque le Am Israël se trouve en Israël[408].

 

L’ordre divin pour le monde est représenté sur les ourim et les toumim, les lettres du pectoral du Cohen gadol. Les pierres précieuses représentant les douze tribus d’Israël étaient fixés sur le pectoral (’hochen)[409]. Les noms des tribus, utilisant les vingt-deux lettres de l’alphabet, étaient gravés dans les pierres. Lorsque les Enfants d’Israël consultaient Dieu, la réponse pouvait passer par le ’hochen[410]. Les lettres s’éclairaient dans un ordre qu’Aharon savait déchiffrer ou s’assemblaient en un ordre permettant de lire la réponse de Dieu[411]. Grâce à la combinaison des lettres, un jugement divin était rendu et la volonté de Dieu transmise aux Juifs.

 

De même que la vie divine parvient à l’âme d’un homme par le vecteur des mitsvot, le jugement arrive au monde par les lettres des ourim et des toumim. Nous avons ici, dans l’histoire de notre nation, un exemple vivant de la puissance des lettres en action. Dans les profondeurs de notre âme nationale, le tourbillon des lettres étincelantes explique clairement l’appel à une loi divine et à un ordre divin pour le monde entier.

 

La mission du Am Israël consiste à établir la justice de Dieu dans le monde. Elle ne peut être accomplie que lorsque le peuple juif se trouve en Israël, puisque c’est, en soi, ce que Dieu veut pour le monde : « le droit et la justice sur la terre[412]. » Le désir de justice est le fondement de l’âme juive. Lorsque le peuple juif fonctionne à sa puissance de mitsva maximum en Israël, relié à la Torah dans toute sa profondeur, nous aspirons puissamment à établir la Loi et la Justice de Dieu sur l’ensemble de la création. Telle est notre mission au cœur des nations : mener chaque nation au rôle et au lieu qui lui revient. Ensuite, lorsque les frontières du monde seront en ordre et que chaque nation comprendra le rôle qui lui incombe, l’agneau s’étendra à côté du loup, Israël sera en paix avec les Gentils, les conflits cesseront et la guerre et les effusions de sang prendront fin[413].

 

Cette aspiration à la justice du monde est « l’âme du Machia’h, l’esprit de nos vies. » Son esprit est celui de Am Israël. Il incarne notre conscience nationale et notre désir de justice pour tous. Un roi israélien mène les guerres d’Israël et les guerres de Dieu qui sont une seule et même chose. Comme l’écrit le Rambam dans les Lois sur les rois et leurs guerres : « Et dans tout, ses actions seront accomplies au nom de Dieu et il aura pour préoccupation et pour objectif de défendre la vraie Loi, de remplir le monde de rectitude, de faire voler en éclat le pouvoir des méchants et de mener les guerres de Dieu car, avant tout, un roi est couronné pour établir la justice et pour mener les guerres[414]. »

 

Les armées du Machia’h finiront assurément par triompher. Le Jugement de Dieu prévaudra et la vertu de Sa nation Israël brillera comme un phare depuis Jérusalem jusqu’aux extrémités des mondes[415].

 

 

 

 

Chapitre 7

 

RÉCAPITULATIF

 

 

 

  1. Dans la littérature cabalistique, les lettres hébraïques sont comprises comme étant les atomes et les éléments constitutifs de l’âme. Ces lettres vivantes possèdent le savoir, l’inspiration et la volonté et donnent vie à toute l’existence.
  2. L’énergie divine qui donne la vie parvient à l’âme par le vecteur divin des mitsvot qui regorgent de lettres. Lorsqu’un Juif accomplit une mitsva, les lettres de l’âme et celles de la mitsva se combinent. Leur fusion déclenche une explosion de qedoucha et de vie.
  3. Comme les lettres de notre âme sont liées à la source divine du monde par l’intermédiaire des lettres des mitsvot, nos actions sur terre sont à l’origine de réactions en chaîne dans les mondes supérieurs. Nos bonnes actions libèrent la bénédiction divine sur le monde, le jugement de Dieu est adouci et le monde devient meilleur.
  4. Lorsque la rencontre de l’âme juive et du commandement divin se produit en Eretz Israël qui est le pays des LETTRES GÉANTES ET DES MITSVOT GÉANTES, une fusion cosmique se produit, insufflant à tous les mondes une qedoucha et une vie supérieures.
  5. LES LETTRES GÉANTES DU PAYS D’ISRAËL SONT LES LETTRES DU CLAL ISRAËL. Lorsqu’un Juif fait son ALIYAH EN ISRAËL, ses petites lettres individuelles S’AGRANDISSENT POUR DEVENIR LES LETTRES COLOSSALES DU CLAL.
  6. Étant donné que le fait de vivre en Eretz Israël est une mitsva en soi, les contingences de la vie quotidienne elles-mêmes s’ennoblissent et s’imprègnent de sainteté.
  7. La puissante fusion particulière de la mitsva et de l’âme se produit non seulement en Israël, mais également dans l’âme de tout Juif qui aspire sincèrement à s’installer dans le pays. Sa nostalgie GRANDIT LES LETTRES DE SON ÂME À LA TAILLE GÉANTE DES LETTRES D’UN JUIF NÉ DANS LE PAYS.
  8. La mission d’Israël consiste à apporter au monde les lois et le jugement de Dieu. Cette vaste entreprise ne peut être réalisée que lorsque la nation d’Israël vit sur sa terre.
  9. Désirer la justice de Dieu est le propre de l’esprit du Machia’h, l’esprit de notre âme nationale. Il révélera la vertu d’Israël et établira le jugement de Dieu sur terre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

הרב אברהם יצחק הכהן קוק

 

 

ארץ ישראל

 

 

ח

 

בתוך הלב פנימה, בחדרי טהרתו וקדושתו, מתגברת היא השלהבת הישראלית, הדורשת החזקה את ההתקשרות האמיצה והתדירה של בחיים אל מצוות ד’ כלן, לצקת את רוח ד’, רוח ישראל המלא הכללי הממלא את כל חללה של הנשמה, בתוך כל הכלים הרבים המיוחדים לה, להביע את הביטוי הישראלי המלא בהבלטה גמורה, מעשית ואידיאלית. הרשפים מתגברים בלב הצדיקים, יקוד אש קדש יוקד ועולה, ובלב כל האומה הוא בוער מימים ימימה, ” אש תמיד תוקד על המזבח לא תככבה ”, ובלב כל ריקנים שבישראל ובלב כל פושעי ישראל האש בוער ויוקד בפנימי פנימיות, ובכללות האומה כלה כל חפץ החרות וכל תשוקת החיים, כל תשוקת חיי הכלל והפרט, כל תקווה של גאולה, רק ממקור מעין חיים זה נובעים, כדי לחיות את החיים הישראליים במלואם בלא סתירה ובלא הגבלה. וזאת היא תשוקת ארץ-ישראל, אדמת הקדש, ארץ ד’, שבה המצוות כלן מתגלמות ומתבלטות בכל חטיביותן. והתשוקה הזאת של הוצאת צביון רוח ד’, של נשיאת ראש, בעצם גדולתו, היא פועלת על הלבבות כלם והכל חפצים להתאחד עמו, לטעם נעימת חייו, ”על כן אהבתי מצוותיך מזהב ומפז”. האומץ שבלב, המראה לעולם כלו את גבורת ה. האומץ שבלב, המראה לעולם כלו את גבורת האומה בשמירת צביונה, שמה וערכה, אמונתה, ומשאת נפשה, כלול הוא בתשוקת חיי האמת, והחיים של המצוות כולן, שיהל עליה אור התורה בכל מלואו וטובו, אם יפלא בעיני כל עומד מרחוק: איך אפשר, שכל הרוחות, אשר לכאורה גם מאמונה הם רחוקים, יפעם בהם רוח החיים בכוחו הפנימי לא לבד לקרבת אלוהים כללית כי-אם לחיי ישראל האמיתיים, להחטבתן של המצוות בציור וברעיון, בשירה ובפועל, – אל יפלא בעיני כל הקשור במעמקי רוחו בתוך עמקיה של כנסת ישראל ויודע את נפלאות סגולותיה. זהו רז הגבורה, רוממות החיים אשר לעד לא יתמו. ”ושמרתם את חוקתי ואת משפטי אשר יעשה אותם האדם וחי בהם אני ד’”, ”להתהלך לפני ד’ בארצות החיים, זו ארץ-ישראל”.

 

 

 

 

 

 

 

 

RAV AVRAHAM YITZHAK HACOHEN KOOK

 

 

ERETZ ISRAËL

 

 

Chapitre 8

[Traduction littérale]

 

 

 

Au plus profond du cœur, dans les arcanes de sa pureté et de sa sainteté, la flamme d’Israël s’intensifie, exigeant la puissante, courageuse et constante relation de vie à toutes les mitsvot de Dieu ; pour insuffler l’esprit de Dieu, l’esprit d’Israël complet et général qui remplit toutes les arcanes de l’âme dans les nombreux réceptacles qui lui sont propres, pour exprimer pleinement l’expression israélienne sous sa forme concrète, pratique, complète, idéale.

Les étincelles brillent avec plus d’éclat dans les cœurs des tsadiqim, la flamme du feu de sainteté resplendit et s’élève ; et dans le cœur de toute la nation, elle continue à brûler depuis les temps lointains, « un feu continuel sera entretenu sur l’autel, il ne devra point s’éteindre[416]. »

 

Dans les cœurs de tous ceux qui sont vides en Israël, et dans les cœurs de tous les fauteurs en Israël, le feu brûle et flambe dans les profondeurs les plus intimes ; et dans la nation tout entière, tout désir de liberté et toute aspiration à la vie, toute l’aspiration à la vie du Clal et de la personne, tout espoir de la Délivrance, ce n’est que de l’origine de cette source intérieure de vie qu’ils affluent afin de mener une vie israélienne pleine et entière sans contradiction ni restriction.

 

C’est la nostalgie pour le Pays d’Israël, le pays de la qedoucha, le pays de Hachem, où toutes les mitsvot sont accomplies et s’expriment dans leur forme achevée.

 

Et cette aspiration à révéler la qualité particulière de l’esprit de Dieu, à lever la tête dans l’esprit de Dieu dans sa grandeur absolue, est ce qui stimule le cœur de chacun, et tous souhaitent s’unir à lui pour goûter le charme de sa vie ; « c’est pourquoi j’aime tes commandements plus que l’or et le métal fin[417]. »

 

Le courage du cœur qui montre au monde entier la vaillance de la nation à préserver son caractère, son nom et ses valeurs, sa foi et l’élévation de son âme fait partie de l’aspiration à la vie de vérité et à la vie de toutes les mitsvot qui seront entourées de toute la lumière de la Torah dans toute sa plénitude et dans tous ses bienfaits.

 

Si un observateur à distance s’étonnait : comment est-il possible que l’esprit de la vie dans sa force intérieure souffle dans tous les esprits qui sont apparemment éloignés de la foi – non seulement quant à une proximité générale de Dieu, mais quant à la vraie vie d’Israël, à un cadre des mitsvot dans la forme et l’idée, dans le chant et l’action ? – cela ne sera pas étonnant aux yeux de tous ceux qui, dans les profondeurs de leur esprit, sont attachés aux profondeurs de Knesset Israël et qui connaissent ses merveilleuses segoulot.

 

Tel est le secret de la bravoure, l’éminence de la vie qui ne cessera jamais. « Vous observerez donc mes lois et mes statuts, parce que l’homme qui les pratique obtient, par eux, la vie : je suis l’Éternel[418] » – « pour marcher devant l’Éternel dans le pays de la vie, il s’agit d’Eretz Israël[419]. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 8

 

LA FLAMME ÉTERNELLE

 

 

 

 

Dans ce chapitre, le Rav Kook propose un aperçu de sa conception de l’histoire juive moderne. Son analyse des profondeurs de la psychologie de la nation est ce qui distingue le Rav Kook de toutes les autres sommités de la Torah à notre époque. Dans ce chapitre, nous découvrons la vision qui a fait de lui le chef spirituel du Clal Israël et qui, en même temps, l’a opposé à ses contemporains qui luttaient contre cette perspective globale.

 

Le Rav Kook écrivit ce chapitre à une époque où le mouvement moderne des Lumières attirait un grand nombre de Juifs hors des sentiers de la tradition. À la même époque, le mouvement sioniste amenait par vagues en Israël des immigrants aux valeurs farouchement anti-religieuses. Ces deux mouvements prenaient de l’ampleur et attiraient nombre d’idéalistes hors du monde orthodoxe parce que la Torah ne semblait pas offrir la largeur de vue à laquelle ils aspiraient.

 

Le Rav Kook observe cette évolution et explique ce qui se passe à l’insu du peuple juif dans les profondeurs psychologiques de son subconscient, à ce stade de notre histoire. Le Rav Kook voit que, fondamentalement, tous ces mouvements sont motivés par une quête de Dieu et d’une vie pleinement juive. Il comprend que, par toutes ces révolutions, quelle que soit la façon dont elles s’expriment en apparence – que les Juifs tentent d’être plus français ou plus allemands, plus réformés, plus cosmopolites ; d’être communistes en Russie, capitalistes en Amérique ou sionistes en Eretz Israël – derrière toutes ces aspirations et nobles idéaux, ils sont en quête de Dieu. L’âme de la nation cherche son identité et le chemin de l’authentique expression israélienne.

 

Dans une lettre sollicitant un soutien financier pour une yéchiva de Jérusalem, le Rav Kook écrivait : « Le début de la Délivrance matérielle, profane (d’Israël) exerce une influence sur le monde entier, mais il s’enracine et se fonde dans la délivrance de la sainteté. L’espoir profond de voir les cohanim officier, les Lévites chanter sur l’estrade et les Enfants d’Israël assister à l’office dans le Temple, est le fondement ultime de ce renouveau tout entier. Que nous comprenions ou non comment se produisent ces choses immenses, nous croyons que le monde de l’Éternel existera toujours et qu’Israël, qui s’est élevé pour se renouveler, foisonnant de puissance divine et de la lumière de la foi, est une nation sainte qui aspire au Saint des Saints, à son éclatante beauté, à la reconstruction du Temple et au rétablissement du Sanctuaire[420]. »

 

Observant l’histoire juive de façon globale, le Rav Kook comprend que le moment est venu pour l’âme juive de s’élever d’un cran. Le ghetto juif ne peut plus fournir l’inspiration que réclame la nouvelle génération. De grandes âmes, des âmes de liberté, des âmes d’idéalisme, des âmes de Délivrance, ne peuvent être confinées dans une existence de ghetto. La flamme éternelle qui brûle dans le cœur de la nation exige une expression plus élevée.

 

“בתוך הלב פנימה, בחדרי טהרתו וקדושתו, מתגברת היא השלהבת הישראלית, הדורשת החזקה את ההתקשרות האמיצה והתדירה של בחיים אל מצוות ד’ כלן, לצקת את רוח ד’, רוח ישראל המלא הכללי הממלא את כל חללה של הנשמה, בתוך כל הכלים הרבים המיוחדים לה, להביע את הביטוי הישראלי המלא בהבלטה גמורה, מעשית ואידיאלית.”

 

« Au plus profond du cœur, dans les arcanes de sa pureté et de sa sainteté, la flamme d’Israël s’intensifie, exigeant la puissante, courageuse et constante relation de vie à toutes les mitsvot de Dieu ; pour insuffler l’esprit de Dieu, l’esprit d’Israël complet et général qui remplit toutes les arcanes de l’âme dans les nombreux réceptacles qui lui sont propres, pour exprimer pleinement l’expression israélienne sous sa forme concrète, pratique, complète, idéale. » 

 

Le Rav Kook commence par expliquer que la force sous-jacente à l’évolution historique du peuple juif réside « au plus profond du cœur. » La motivation du peuple juif est enfouie, cachée. Une observation superficielle du peuple juif ne peut révéler les véritables facteurs intérieurs qui entrent en jeu. De même qu’un regard superficiel jeté sur une personne ne révélera pas les raisons psychologiques profondes de ses actes, une étude de Am Israël ne révélera pas ses rouages profonds si la recherche n’examine que les aspects superficiels ou seulement une ou deux générations.

 

Les secrets du peuple juif reposent dans le cœur, non seulement de l’individu mais dans le cœur de l’ensemble de la nation. Au plus profond des arcanes pures du cœur israélien, un phénomène est en cours dont une personne peut n’avoir pas conscience. Elle peut n’avoir même pas conscience d’être liée au Am Israël et à la vie éternelle bien au-delà de son existence particulière.

 

Comme le mot « israélien » est puissamment associé au Juif israélien moderne d’aujourd’hui, il faut préciser que lorsque nous utilisons l’expression « les cavités du cœur israélien », nous ne distinguons pas les Juifs d’Eretz Israël – mais bien tous les Juifs. Par essence, tous les Juifs sont israéliens[421]. A cause de l’exil, certains Juifs sont nés au Mexique, en Amérique ou en France, mais de cœur, ils sont tous des Enfants d’Israël.

 

De par sa nature la plus profonde, un Juif est toujours pur et saint. Comme nous le disons en nous réveillant, le matin, « O mon Dieu, l’âme que tu as mise en moi est pure… » Dans les arcanes de notre âme, une flamme brûle qui ne peut s’éteindre. L’âme israélienne est qadoch. Rien au monde ne peut souiller l’huile qui l’alimente. Cette flamme est éternelle[422]. C’est la voix de Dieu qui appelle. L’âme d’un Juif et l’âme de la nation est une flamme constamment alimentée par un ardent désir pour Dieu. C’est la quête qui consume le roi David : « En ton nom, mon cœur dit : “Recherchez ma face ! c’est ta face que je recherche ô Seigneur[423]” ! »

 

Cette flamme intérieure de la nation israélienne est le secret de la survie juive. Cette source vient de Dieu. Les autres nations apparaissent sur la scène de l’histoire mondiale, brillent avec éclat et disparaissent bientôt[424]. Israël demeure et devient plus fort. Sa flamme ne s’éteint jamais. Sa lumière illumine les profondeurs de la vie juive, accompagnant Am Israël tout au long de son histoire, depuis le buisson ardent dans le désert[425], jusqu’à la flamboyante révélation du mont Sinaï[426], à la colonne de feu qui éclairait les marches des Bnei Israël[427], jusqu’à la flamme éternelle qui brûlait sur l’autel du Temple « un feu continuel sera entretenu sur l’autel, il ne devra point s’éteindre[428] ».

 

Donc, pour découvrir ce qui motive le peuple juif à un moment quelconque de son histoire, il faut se souvenir de l’appel intérieur propre à notre nation et adopter une perspective plus élevée, plus empreinte de sainteté.

 

La nation d’Israël possède une qualité particulière de qedoucha[429]. Nous sommes le peuple juif, non pas parce que nous avons reçu la Torah – nous avons reçu la Torah parce que nous sommes le peuple juif[430]. La Torah est spécifiquement adaptée à notre nature. Nos Sages ont ainsi enseigné que si, Dieu préserve, il n’y avait pas de peuple juif dans le monde, il n’y aurait pas de Torah[431]. Comme l’explique le Kouzari, le peuple juif n’est pas empreint de grandeur du fait de la grandeur de Moïse, c’est Moïse qui doit sa stature à l’envergure du Am Israël[432].

 

Nous avons mentionné à plusieurs occasions que chaque âme juive est liée à l’âme éternelle du Clal. Une personne vie et meurt, mais la vie du Clal est éternelle. Il s’agit d’une création divine, rayonnant éternellement, unie pour toujours à Dieu. Cette relation à Dieu est notre spécificité propre.

 

La voie qui mène à cette union, nous dit le Rav Kook, à la quintessence de l’être israélien dans sa plénitude, passe par « toutes les mitsvot de Dieu », « dans les nombreux réceptacles qui leur sont propres. » Il s’agit des commandements tels qu’ils sont vécus par la nation d’Israël en Eretz Israël. Comme l’enseigne le Kouzari : les  actions à accomplir là où elles doivent l’être[433]. Ce sont les réceptacles qui apportent au monde la lumière divine : le Chabbat, les tefillin, les souccot, la britmila, la pureté familiale, les sacrifices, les lois concernant le Pays d’Israël et tous les autres commandements. Cette union divine est la vie véritable que réclament en permanence le cœur israélien. Cette nostalgie profonde est l’aspiration réelle de notre âme. Rien ne peut la remplacer. Rien d’autre ne peut nourrir nos âmes de façon authentique et significative. Mouvements et idéologies vont et viennent, offrant une diversion temporaire, mais la quête ardente de notre véritable vie de Torah en Eretz Israël, nous pousse sans cesse en avant[434].

 

“הרשפים מתגברים בלב הצדיקים, יקוד אש קדש יוקד ועולה, ובלב כל האומה הוא בוער מימים ימימה, ‘אש תמיד תוקד על המזבח לא תככבה’.”

 

« Les étincelles brillent avec plus d’éclat dans les cœurs des tsadiqim, la flamme du feu de sainteté resplendit et s’élève ; et dans le cœur de toute la nation, elle continue à brûler depuis les temps lointains “un feu continuel sera entretenu sur l’autel, il ne devra point s’éteindre”. »

 

L’aspiration de l’âme à s’attacher à Dieu est présente en chaque Juif. Dans les foules, cependant, cette aspiration sommeille. Les gens cherchent la satisfaction par des milliers d’illusions : l’argent, le pouvoir, l’honneur, le succès, les réalisations et la renommée. Leur quête représente le culte des idoles d’aujourd’hui. Intérieurement motivé par la quête de Dieu, le cœur juif peut temporairement se perdre en chemin dans des détours attrayants.

 

La recherche de la satisfaction peut également trouver une expression bien plus noble : l’aspiration à la justice mondiale, à l’universalisme, à la paix. Sans réaliser que tous ces objectifs sont les rétributions de la Torah, les théories et politiques laïques sont formulées pour amener l’homme à ces hautes aspirations. Cependant, si altruistes que soient ces visions, ce n’est que lorsqu’elles se fondent sur le modèle d’harmonie et de paix donné par Dieu qu’elles portent des fruits durables.

 

Ainsi, Théodore Herzl n’avait pas conscience de la force intérieure qui le poussait vers le congrès sioniste mondial. Trotski et Marx n’avaient pas conscience que leur aspiration à une société parfaite était sous-tendue par quelque chose de bien plus grand. Moïse Mendelssohn cherchait en fait une expression complète du judaïsme alors qu’il proposait l’opposé. Freud procédait à un examen pénétrant de son âme et n’allait pas plus loin que son père et sa mère. Einstein reconnaissait les forces d’énergie inhérentes à tous les atomes de vie, mais pas les lettres hébraïques. Leurs voies étaient différentes, mais relevaient toutes d’une même motivation. Leur flamme israélienne intérieure brûlait ardemment, exigeant l’ultime vérité. Les vieilles explications et les anciens cadres ne convenaient pas. Les murs du ghetto imposaient trop de bornes. Ils aspiraient à de vastes horizons. Les quatre coudées de la halakha[435] ne satisfaisaient plus leurs âmes. Ils voulaient la nation. Ils voulaient la liberté, l’égalité, la justice et la moralité universelle. Ils voulaient un développement intellectuel. Ils voulaient une vie nouvelle, plus complète, plus stimulante dans le cadre des nations du monde.

 

Il est important de comprendre pourquoi le judaïsme du ghetto n’est pas parvenu à attirer ces âmes dynamiques. En même temps, il faut rappeler que le même Dieu qui oriente l’ensemble de l’histoire juive agit en coulisse, dirigeant également cet épisode – bien qu’il semble constituer un rejet de la tradition juive et de la Torah. Cependant, pour souligner la véritable beauté et la splendeur de la Torah, ses fondements doivent être mis à l’épreuve ; ses adeptes doivent être motivés à enseigner dans un éclairage plus exaltant et expliquer dans un langage susceptible d’être entendu par la nouvelle génération.

 

Ceux qui cherchent une expression plus élevée ne trouvent pas l’inspiration souhaitée. L’utopie mondiale qu’ils recherchent ne peut se réaliser dans un ghetto à Varsovie. La justice et la moralité universelles qu’ils veulent voir dans le monde ne peuvent provenir d’un shtetl en Russie. La véritable lumière du monde, la justice et la moralité, ne peuvent provenir que de Sion, lorsque la nation juive reconstruite est souveraine en Eretz Israël.

 

Ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent dans la Torah, parce que la Torah n’a jamais eu pour vocation d’être vécue dans un ghetto. Le Chabbat n’a jamais eu pour vocation d’être passé à Berlin. Au lieu de découvrir l’âme globale de la Torah, ils découvrent sa coquille. En effet, quelle loi pourrait être plus juste, plus morale et plus éclairante que la Loi divine ? Que pourrait-il y avoir de plus universel que le modèle originel de la Création tout entière ? Mais dans la diaspora, les réceptacles de la Torah sont brisés. Sa lumière est atténuée. Privée de son cadre national, de sa terre nationale, la Torah perd tout impact international. Au lieu de la prophétie et d’une élévation universelle, l’accent est mis sur le rituel.

 

Ailleurs dans OROT, le Rav Kook écrit : « La foi ne brille pleinement que dans une Knesset Israël solide, en pleine possession de sa puissance, de son gouvernement, de son Temple, de son pays et de tous ses biens spirituels et matériels. Toutes les mitsvot, qu’il s’agisse de leur forme ou de leur objectif profond, sont liées à l’état suprême et ce n’est qu’alors qu’elles apparaissent dans tout leur éclat. Á cause de la descente stupéfiante en galout, nous ne pouvons exiger de la foi religieuse et des mitsvot tout leur éclat ; mais seulement cette petite étincelle qui continue à brûler même au niveau le plus bas du déclin. Ce point est maintenu par un rayon de lumière brillante du glorieux passé et de l’avenir qui brille de loin… Toutes les mitsvot pratiques, ainsi que celles qui concernent le comportement propre entre l’homme et son prochain, et les traits de caractère vertueux liés à un mode de vie religieux – leur pleine lumière ne brille que lorsque la nation atteint son statut le plus élevé. Au point que si la nation demeure dégradée, la lumière est atténuée[436]. »

 

Les membres de la nouvelle génération ressentent à juste titre un manque. Ils aspirent à quelque chose de plus élevé. Ils souhaitent une Torah plus grande, plus apte à parachever le monde. Les réponses qu’ils reçoivent à leurs questions ne satisfont pas leurs âmes. La flamme intérieure de la nation israélienne veut davantage que le Dieu exilé, désarmé du ghetto – elle demande une pleine expression – une relation au divin dans tous les domaines de la vie – une relation qui n’est possible ni dans le ghetto, ni dans les salons de la bourgeoisie d’Europe, ni dans la Russie communiste, ni sur le divan de Sigmund Freud, ni dans les ateliers clandestins d’East Side, ni dans les tours de Wall Street, ni dans le cadre utopique d’un kibboutz socialiste, mais seulement par une vie pleine de Torah de la nation en Eretz Israël.

 

Lorsque les membres de cette nouvelle génération de Juifs commencent à rechercher la pleine expression de leurs cœurs, d’aucuns se tournent vers la politique,  vers la philosophie, vers le judaïsme réformé, certains vers le sionisme, la science, mais, derrière cette quête, se trouve l’exigence profonde subconsciente d’une vie israélienne authentique, nationale – une vie d’adhésion à Dieu. C’est la force que voit le Rav Kook lorsqu’il regarde au-delà des expressions superficielles de ces mouvements. Alors que cette profonde aspiration intérieure demeure cachée aux foules, les rabbins les plus liés à la segoula divine de la nation sont conscients de la présence de cette flamme intérieure. Ce sont eux les gardiens des secrets de la Torah qui sont les véritables psychologues de la nation. Ils sont les charbons ardents dont la grande nostalgie et l’amour pour Israël nourrit et embrase la nation tout entière. Le mouvement sioniste ne commence pas avec Herzl, mais avec le Gaon de Vilna qui envoie ses élèves en Eretz Israël quelque quatre-vingts ans avant la naissance de Théodore Herzl. Cette nostalgie lucide se répand dans le monde juif et incite d’autres Juifs, religieux ou non, à brandir l’étendard de Sion.

 

Cette connaissance des profonds mécanismes psychologiques de la nation est le trésor des tsadiqim[437] d’élite qui s’efforcent de maîtriser les enseignements ésotériques de la Torah. Les rabbins qui enseignaient que le chemin vers la délivrance du monde passe par le retour de la nation d’Israël en Eretz Israël, se heurtèrent à une véhémente résistance de la part des défenseurs spirituels du statu quo de la galout, peu désireux de changer leur façon d’enseigner. Par exemple, l’attitude positive du Rav Kook envers les sionistes laïcs fut vigoureusement condamnée. Son amour généralisé pour l’ensemble du peuple juif, qui s’exprime dans cet essai, fut qualifié de déformation et de défaut de sa personnalité. En réponse, son fils, le Rav Tzvi Yehouda, commenta :

 

« En vérité, il faut savoir que cet amour que mon père et maître זצ”ל ressentait pour Am Israël, n’était pas ce que l’être humain ordinaire comprend par amour. Il nourrissait une profonde compréhension du Am Israël, et son amour en dérivait[438]. »

 

Paradoxalement, le Rav Kook voyait les défauts de sa génération aussi clairement que n’importe qui à son époque. En dépit du grand amour qu’il éprouvait pour la nation, il n’ignorait pas les imperfections[439] du nouveau yichouv. Nombre de ses écrits et de ses lettres révèlent la profonde angoisse que suscitait en lui le mode de vie laïc des pionniers sionistes[440]. À plusieurs reprises, il critiqua âprement leur comportement extérieur. Il lança des avertissements sur le grave danger qu’encourait la nation en s’éloignant de la Torah : jeunesse séduite par des cultures profanes, impureté familiale, haine entre frères et par la suite un relâchement des liens à Eretz Israël[441], maux dont nous sommes témoins de nos jours. Il s’évertuait cependant à rapprocher chaque Juif de la Torah, non pas en le condamnant et en le contraignant, mais par une attitude de tolérance et d’amour sans limites.

 

La ahavah pour la nation juive tout entière n’est pas une déformation, mais le signe même qu’il s’agit d’un véritable berger d’Israël, comme le montre l’ouvrage Messilat Yecharim :

 

« Tels sont les vrais bergers d’Israël qui sont si chers à l’Éternel, bergers qui se sacrifient pour Son troupeau, qui s’inquiètent et s’efforcent de lui procurer paix et bonheur par tous les moyens et qui montent constamment à la brèche afin d’intercéder en faveur [des enfants d’Israël], d’abolir les mauvais décrets et de lui ouvrir les portes de la bénédiction[442]. »

 

C’est animé par cette compréhension totale et cet amour incommensurable que le Rav Kook écrit :

 

“ובלב כל ריקנים שבישראל ובלב כל פושעי ישראל האש בוער ויוקד בפנימי פנימיות, ובכללות האומה כלה כל חפץ החרות וכל תשוקת החיים, כל תשוקת חיי הכלל והפרט, כל תקווה של גאולה, רק ממקור מעין חיים זה נובעים, כדי לחיות את החיים הישראליים במלואם בלא סתירה ובלא הגבלה.

 

« Et dans les cœurs de tous ceux qui sont vides en Israël, et dans les cœurs de tous les fauteurs en Israël, le feu brûle et flambe dans les profondeurs les plus intimes ; et dans la nation tout entière, tout le désir de liberté et toute l’aspiration à la vie, toute l’aspiration à la vie du Clal et de la personne, tout l’espoir de la Délivrance, ce n’est que de l’origine de cette source intérieure de vie qu’ils affluent afin de mener une vie israélienne pleine et entière sans contradiction ni limitation. »

 

C’est ainsi que le Rav Kook décrit les Mendelssohn, Trotski, Herzl, Brenner, Ahad Haam et même les fauteurs manifestes qui se rendirent en Israël pour participer à la reconstruction du pays. Au plus profond du cœur de ceux qui ont rejeté toutes les formes extérieures de la religion et des préceptes de leur peuple, la flamme israélienne de sainteté continue à brûler. C’est précisément cette flamme qui nourrit leur reconstruction d’Israël. Dans leur quête d’une patrie nationale pour les Juifs, pour une vie affranchie de l’oppression et de la domination étrangère, sans contradiction ni limitation, ils agissent dans le droit fil du profond mouvement de la nation revenant vers sa pleine vie divine en Israël. Bien qu’ils ne soient pas conscients du rôle saint qu’ils jouent dans le plan divin, ils sont eux-mêmes les pionniers de la Délivrance.

 

Paradoxalement, les commandements mêmes qui relient l’âme d’Israël à la lumière infinie de Dieu sont les « chaînes » que les nouveaux pionniers rejettent, puisque selon eux, les préceptes de la Torah font partie des entraves, du refus de la vie et de l’étouffement du ghetto qu’ils ont abandonnés « pour vivre une vie israélienne pleine et entière, sans contradiction ni restriction ». Ils ne réalisent cependant pas que ce sont précisément les mitsvot et la vie de Torah qui nous est propre qui permettent d’instaurer dans ce monde la moralité et la justice universelles auxquelles ils aspirent. Ils ne comprennent pas que la paix et la perfection règneront dans le monde non pas par le socialisme, la démocratie, l’humanisme, ni par la capitulation aux ennemis d’Israël, mais seulement par la parole de Dieu qui jaillira de Sion lorsque nous mènerons à nouveau une vie de Torah en Israël. L’unité du monde qu’ils recherchent ne proviendra pas du bâtiment des Nations unies à New York ni du rêve d’un homme politique sur un « nouveau Moyen-Orient », mais du Sanhédrin, du Temple et du Royaume d’Israël. Ils ignorent la voie véritable de la Délivrance, mais dans leur subconscient, ils sont animés par la même aspiration sainte qui fait battre le cœur de la nation dans son ensemble.

 

Les sionistes laïcs peuvent diffuser des enseignements hérétiques, mais leurs refus, leurs rejets et leurs façons de tourner la Torah en dérision ne peuvent éteindre la flamme divine présente dans les arcanes de la nation juive. Dans un autre passage, le Rav Kook enseigne que même le Juif incroyant le plus résolu a plus de foi en Dieu que le plus pieux des Gentils – non dans les manifestations extérieures de sa foi, mais dans sa relation au Clal Israël qui est l’expression nationale de Dieu sur terre[443]. La relation à Dieu peut être brisée, mais le potentiel demeure, et par l’éducation, elle peut être restaurée. Toute aspiration d’un Juif non religieux à Eretz Israël est une aspiration au pays de Hachem. Même s’il croit venir en Israël pour échapper à l’antisémitisme, pour construire une société utopique ou pour être souverain sur sa terre, au plus profond de son être, il est entraîné vers une nouvelle vie à Sion par l’aspiration intérieure de son âme à être plus étroitement lié à Dieu.

 

Chir haChirim est un cantique d’inspiration divine qui exprime l’amour éternel entre Israël et Dieu. Dans ce cantique que Rabbi Akiba appelait le « Saint des Saints[444] », Israël est décrit comme étant lié au cœur de Dieu. L’amour qu’éprouve Israël pour Dieu est éternel, plus fort que la mort. L’éclat de son feu est indestructible, résistant à tous les efforts pour séparer le peuple juif de son Créateur.

 

« Place-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras, car l’amour est fort comme la mort, la passion terrible comme le Schéol ; ses traits sont des traits de feu, une flamme divine. Des torrents d’eau ne sauraient éteindre l’amour, des fleuves ne sauraient le noyer. Quand un homme donnerait toute la fortune de sa maison pour acheter l’amour, il ne recueillerait que dédain[445]. »

 

Nos Sages enseignent que le Chir haChirim est une allégorie de l’histoire d’amour entre Israël et Dieu[446]. Ses versets poétiques décrivent l’amour juvénile d’Israël pour Dieu, sa course après Dieu dans Désert, sa faute et la séparation durant la longue nuit de l’exil, sa honte et ultérieurement son retour à son amour d’origine. Israël implore les nations du monde de ne pas juger sa relation avec Dieu d’après sa sombre apparence extérieure. Il ne s’agit là que d’une tache extérieure temporaire causée par sa faute, comme la peau s’assombrit par suite d’une surexposition au soleil. « Ne me regardez pas avec dédain parce que je suis noirâtre ; c’est que le soleil m’a hâlée[447]… » Au plus profond de son cœur, cependant, Israël demeure pur et fidèle à son Bien-Aimé.

 

Dans la Guemara, Rabbi Shimon Bar Yohaï est interrogé sur la question de savoir pourquoi les Enfants d’Israël furent maudits au moment de Pourim[448]. Parce qu’ils s’inclinèrent devant l’idole de Nabuchodonosor. Dès lors, pourquoi ne furent-ils pas détruits par Haman ? Parce que Am Israël, intérieurement, n’avait pas fauté en s’inclinant devant Haman. Ils n’avaient agi ainsi que par peur et non par conviction.

 

Dans son livre Netsa’h Israël, le Maharal décrit l’éternelle pureté intérieure d’Israël qu’une faute extérieure ne peut jamais entacher ou atteindre[449]. Il insiste à plusieurs reprises sur le fait que la faute est quelque chose d’extérieur au peuple juif. La lumière divine intérieure qui caractérise l’âme d’Israël existe sur un plan d’existence différent du monde physique. Sur un plan divin plus profond, il n’y a aucune rencontre ni aucun contact avec la faute.

 

C’est la compréhension en profondeur du Am Israël qui animait le Rav Kook lorsqu’il observa les habitants laïcs, voire antireligieux en Israël. Il voyait qu’eux aussi étaient motivés par une aspiration à Dieu d’un niveau supérieur. Dans cette perspective grandiose, comme un père aimant, patient envers un enfant désobéissant, le Rav Kook voyait leur détachement de la pratique des mitsvot comme un désordre temporaire. Sa foi dans leur pureté intérieure l’incitait à les inclure dans son amour pour l’ensemble du Clal et à apprécier leurs contributions à la réédification du pays et à la Délivrance de la nation.

 

Lorsqu’il expliquait la sainteté de chaque Juif, le Rav Tzvi Yehouda Kook aimait à rappeler une Guemara disant que même les membres « vides » d’Israël sont remplis de mitsvot comme une grenade est remplie de graines[450]. Une grenade est un fruit intéressant en ce que les graines constituent le fruit lui-même. Il en va de même du peuple juif. Le Zohar enseigne que la Torah et Israël ne font qu’un[451]. Bien que les mitsvot puissent être en sommeil dans le cœur juif, tout Juif en est rempli potentiellement. Un champ en repos en hiver, cultivé et arrosé au printemps, commence à produire des fruits ; de même, le temps et une éducation appropriée feront surgir les mitsvot endormies au sein du peuple juif. Les commandements mêmes qui semblaient limiter et entraver notre vie en galout, emprisonnant les Juifs dans une existence étroite, isolée, apparaîtront soudain dans leur lumière vivifiante comme le sentier éclairé vers Dieu que cherche le cœur israélien.

 

“וזאת היא תשוקת ארץ-ישראל, אדמת הקדש, ארץ ד’, שבה המצוות כלן מתגלמות ומתבלטות בכל חטיביותן. והתשוקה הזאת של הוצאת צביון רוח ד’, של נשיאת ראש, בעצם גדולתו, היא פועלת על הלבבות כלם והכל חפצים להתאחד עמו, לטעם נעימת חייו, ‘על כן אהבתי מצוותיך מזהב ומפז’.

 

« C’est la nostalgie pour le Pays d’Israël, le pays de la qedoucha, le pays de Hachem, où toutes les mitsvot sont accomplies et s’expriment dans leur forme achevée. Et cette aspiration à révéler la qualité particulière de l’esprit de Dieu, à lever la tête dans l’esprit de Dieu, dans sa grandeur absolue, est ce qui stimule le cœur de chacun, et tous souhaitent s’unir à lui pour goûter le charme de sa vie ; “c’est pourquoi j’aime tes commandements plus que l’or et le métal fin[452]. »

 

Le retour à une vie pleinement israélienne, à une vie illuminée par la Torah à son niveau de révélation le plus élevé, se produit en Eretz Israël, le pays de notre vie. L’Esprit de Dieu qui réside dans l’âme israélienne s’unit à l’Esprit divin du pays, et l’amante bannie revient à son amour premier, renouvelant la sainteté du mariage d’antan. Cela se produit lorsque la nation, la Torah et toutes les mitsvot sont réunies à l’Esprit divin vivifiant dans le pays.

 

Il ne s’agit pas d’un nouvel enseignement. Il s’agit des fondements mêmes de la Torah que Moïse n’a cessé de répéter dans le livre de Devarim :

 

« Maintenant donc, ô Israël ! écoute les lois et les règles que je t’enseigne pour les pratiquer, afin que vous viviez et que vous arriviez à posséder le pays[453]… »

 

« Voyez, je vous ai enseigné des lois et des statuts, selon ce que m’a ordonné l’Éternel, mon Dieu, afin que vous vous y conformiez dans le pays où vous allez entrer pour le posséder[454]… »

 

« Quant à moi, l’Éternel m’ordonna en ce temps-là de vous exposer des lois et des statuts, que vous aurez à observer dans le pays où vous allez pour en prendre possession[455]… »

 

« Or, voici la loi, les statuts et les règles que l’Éternel, votre Dieu, m’a ordonné de vous enseigner, et que vous avez à suivre dans le pays dont vous allez prendre possession[456]… »

 

« Tu écouteras donc, Israël, et tu observeras avec soin, afin de prospérer et de multiplier sans mesure, ainsi que l’Éternel, Dieu de tes pères, te l’a promis, dans ce pays ruisselant de lait et de miel[457]. »

 

Le Kouzari met l’accent sur le fait que cet attachement à Dieu ne peut être réalisé qu’en Eretz Israël, le seul endroit où tous les préceptes peuvent être respectés : « Le Pays d’Israël est particulièrement distingué par le Dieu d’Israël, et la conduite humaine ne peut être parfaite que dans ce pays…le cœur et l’âme ne peuvent être parfaitement purs et sans tâche que dans ce lieu spécialement choisi par Hachem[458]. »

 

Dans le service de Dieu, l’intention pure et l’accomplissement ne suffisent pas. Pour que le culte rendu par un Juif soit complet, le lieu où il accomplit les préceptes doit être celui que Dieu a choisi.

 

L’histoire qui se déroule sous forme de dialogue dans le Kouzari atteint son point culminant avec l’aliyah du Rabbi en Israël[459]. L’aspiration à la vie parfaite dans le Pays d’Israël est exprimée de façon particulièrement poignante. Cette flamme éternelle qui conduit les Juifs à vivre libres sur notre terre est « le courage du cœur » qui soutient le peuple juif tout au long de l’exil.

 

האומץ שבלב, המראה לעולם כלו את גבורת ה. האומץ שבלב, המראה לעולם כלו את גבורת האומה בשמירת צביונה, שמה וערכה, אמונתה, ומשאת נפשה, כלול הוא בתשוקת חיי האמת, והחיים של המצוות כולן, שיהל עליה אור התורה בכל מלואו וטובו

 

« Le courage du cœur qui montre au monde entier la vaillance de la nation à préserver son caractère, son nom et ses valeurs, sa foi et l’élévation de son âme fait partie de l’aspiration à la vie de vérité et à la vie de toutes les mitsvot qui seront entourées de toute la lumière de la Torah dans toute sa plénitude et dans tous ses bienfaits. »

 

Ce triomphe de la volonté de la nation à demeurer fidèle à elle-même, à son héritage, à sa vérité, à son pays et à son Dieu constitue notre vaillance aux yeux du monde. Ce courage est notre héritage légué par Avraham Avinou qui, jeté dans une fournaise ardente, demeura fidèle à sa foi en Dieu[460]. C’est le courage de Rabbi Akiva proclamant joyeusement Chema Israël alors qu’il était torturé à mort par les Romains[461]. C’est le courage des Juifs entrant dans les chambres à gaz d’Auschwitz drapés dans leur talith et portant leurs tefillin. C’est l’aspiration à une pleine vie israélienne qui a donné aux pionniers laïcs le courage de s’installer dans des marécages infestés de malaria, d’assécher la région au profit des générations suivantes.

 

“אם יפלא בעיני כל עומד מרחוק: איך אפשר, שכל הרוחות, אשר לכאורה גם מאמונה הם רחוקים, יפעם בהם רוח החיים בכוחו הפנימי לא לבד לקרבת אלוהים כללית כי-אם לחיי ישראל האמיתיים, להחטבתן של המצוות בציור וברעיון, בשירה ובפועל, – אל יפלא בעיני כל הקשור במעמקי רוחו בתוך עמקיה של כנסת ישראל ויודע את נפלאות סגולותיה.”

 

« Si un observateur à distance s’étonnait : comment est-il possible que l’esprit de la vie dans sa force intérieure souffle dans tous les esprits qui sont apparemment éloignés de la foi – non seulement quant à une proximité générale de Dieu mais, mais quant à la vraie vie d’Israël, à un cadre des mitsvot dans la forme et l’idée, dans le chant et l’action ? – cela ne sera pas étonnant aux yeux de tous ceux qui, dans les profondeurs de leur esprit, sont attachés aux profondeurs de Knesset Israël et qui connaissent ses merveilleuses segoulot. »

 

Le Rav Kook pose la même question que celle que nous nous posons lorsque nous prenons connaissance de son éloquente présentation. Comment peut-on dire que ceux qui sont éloignés de la foi découvriront un regain d’amour pour le judaïsme, et que les kibboutzniks purs et durs danseront un jour, les rouleaux de la Torah dans les bras ? Le Rav Kook et tous les amants d’Israël attachés de tout leur être au Clal Israël, comprennent que tout Juif, au plus profond de son cœur, aspire à participer à la véritable vie de la nation dans le Pays d’Israël, animé non seulement par une foi générale en Dieu, mais par un engagement à respecter l’ensemble de la Torah et des mitsvot.

 

S’il en est ainsi, comment expliquer que tant de gens en Israël semblent extrêmement loin du judaïsme et des commandements de la Torah ? La philosophie du Rav Kook est exaltante, mais où voyons-nous son application dans la vie ? La réponse est « savlanout ». Patience. La Délivrance d’Israël se révèle lentement[462], par étapes qui peuvent s’étendre sur plusieurs générations. L’authentique et l’éminent mettent des années à se développer.

 

Nos Sages comparent la Délivrance et la lumière du Machia’h à une gazelle[463]. La gazelle bondit sur une montagne, de rocher en rocher, échappant à la vue à tel moment pour revenir dans le champ de vision un instant plus tard pour disparaître à nouveau et réapparaître escaladant un plateau. De même, un torrent de montagne dévale les pentes avant de disparaître dans une nappe souterraine. On ne distingue alors plus que des rochers, des broussailles et le terrain rocailleux jusqu’à ce que le torrent réapparaisse encore plus puissant. De son poste d’observation, un randonneur pourrait penser que le torrent a disparu. Ce n’est qu’en montant plus haut pour avoir une perspective plus générale qu’il apercevrait le torrent à un autre endroit de la montagne. Ce qui semblait être une fin n’était en fait que le prélude à un nouveau début. Ainsi, après la Shoah, l’État juif fut recréé. Ainsi également, l’attaque arabe généralisée aboutit à une miraculeuse victoire.

 

Après la guerre des Six Jours, une courageuse période de peuplement fut suivie par le navrant retrait du Sinaï. Le sionisme laïc commença à perdre son élan[464]. Aujourd’hui, la force contre nos ennemis s’est transformée en reddition et en faiblesse. Conformément aux avertissements du Rav Kook, les reconstructeurs du pays ont commencé à trahir la charte historique de la nation. Les généraux qui ont reconquis nos villes bibliques signent des traités pour en faire don. Qu’advient-il de la Délivrance ? La gazelle semble s’être enfuie. Le torrent de montagne semble être tari. Mais le secret de notre histoire, de notre flamme éternelle, nous garantit qu’une lumière encore plus éclatante, celle du Machia’h est au prochain tournant.

 

Nos retraites ne sont que temporaires. Elles nous aident en fait à avancer en nous montrant, par les épreuves et les erreurs, la voie à suivre. Lorsque nous revenons dans le droit chemin, une conviction encore plus forte nous propulse en avant. Les difficultés et la lutte déboucheront sur un amour plus grand pour notre pays et notre sainte Torah.

 

Nous ne devons pas porter un regard superficiel sur la nation d’Israël. Nous ne devons pas juger seulement de l’instant présent. L’histoire juive est un continuum. Le passé, le présent et l’avenir ne font qu’un. Les prophéties du passé recèlent la Délivrance de l’avenir :

 

« Et je mettrai en vous mon esprit et je ferai en sorte que vous suiviez mes statuts et que vous observiez et pratiquiez mes lois. Vous demeurerez dans le pays que j’ai donné à vos pères, vous serez pour moi un peuple, et moi, je serai pour vous un Dieu[465]. »

 

Durant près de 2 000 ans, nous étions traumatisés en galout. Le processus de guérison ne se produit pas en une nuit. Il y a moins de cinquante ans, nous recouvrions la souveraineté sur notre pays. Il nous fallut dans un premier temps reconstruire le corps physique de la nation : assécher les marécages, planter des forêts, cultiver les déserts, combattre les ennemis, construire des maisons et des routes. Avec encore un peu de patience, nous continuerons à progresser. Israël est d’ores et déjà le centre mondial de la Torah. Les yéchivot constitue le centre de chaque nouvelle localité, qu’il s’agisse de Hébron, Beit-El, Chilo, du Golan ou du Gouch Katif. D’autres miracles se produiront, d’autres épreuves et revers suivront, et d’autres pas de géant seront de toute évidence effectués. Sachant que notre sainte flamme continue à brûler, nous sommes confiants qu’elle arrivera à illuminer tous les recoins de notre cœur. Le sionisme laïc fera la paix avec son frère religieux, et la lumière de la Torah brillera sur l’ensemble du pays[466].

 

“זהו רז הגבורה, רוממות החיים אשר לעד לא יתמו. ‘ושמרתם את חוקתי ואת משפטי אשר יעשה אותם האדם וחי בהם אני ד’’.

 

Tel est le secret de la bravoure, l’éminence de la vie qui ne cessera jamais. « Vous observerez donc mes lois et mes statuts, parce que l’homme qui les pratique obtient, par eux, la vie : je suis l’Éternel[467]. »

 

Dans les phrases de conclusion de son ouvrage, le Rav Kook révèle les vérités les plus profondes de l’existence. Tout d’abord, il précise ce qu’est le véritable courage – l’effort investi en permanence pour élever la vie vers Dieu. Le véritable courage est celui de la sainteté. La véritable vaillance est l’interminable combat mené pour se rapprocher sans cesse de Dieu.

 

Pour nous dire ce qu’est la vie, le Rav Kook cite un verset de la Torah qui nous enseigne que la vie, la vraie, ne consiste pas seulement à manger, travailler, élever une famille et tous les autres aspects généralement considérés comme faisant partie de la vie – mais plutôt le respect des commandements de Dieu. « Vous observerez donc mes lois et mes statuts, parce que l’homme qui les pratique obtient, par eux, la vie. » C’est cela et seulement cela qui constitue la vie éternelle. D’autres choses peuvent ressembler à la vie, mais, pour Dieu, la seule vie qui compte est celle qui est vécue en conformité avec Ses commandements. C’est exactement ce qu’enseigne le roi Salomon dans la conclusion de l’Ecclésiaste : « La conclusion de tout le discours, écoutons-la : “Crains Dieu et observe ses commandements ; car c’est là tout l’homme[468]“. »

 

Être en harmonie avec la Volonté de Dieu pour Son peuple – telle est la vie. Comment y parvenir ? En suivant la voie que Dieu a  ordonnée. C’est la liberté authentique. C’est la vie qui transcende l’existence terrestre en se reliant à la vie éternelle du « Monde qui vient » [traduction d’Edmond Fleg]. Plutôt que de restreindre la vie, la Torah sera redécouverte comme étant la porte de tout idéal.

 

Quel est le secret de ce courage ? Comment un Juif peut-il constamment s’élever pour se rapprocher de Dieu ?

 

”להתהלך לפני ד בארצות החיים, זו ארץ-ישראל”.

 

« “pour marcher devant l’Éternel dans les pays de la vie, il s’agit d’Eretz Israël[469]“. »

 

C’est en menant une pleine vie de Torah en Israël qu’on trouve la voie et l’échelle menant à Dieu. Le verbe להתהלך signifie non seulement marcher, mais également se diriger vers soi-même, vers l’indépendance, la liberté, avancer constamment vers le progrès. « Pour marcher devant l’Éternel dans les pays de la vie[470] ». Le mot pays est écrit au pluriel parce qu’Eretz Israël relie deux niveaux de vie – la vie de ce monde-ci et la vie du suivant. C’est le pays où les morts reviendront à la vie[471]. Cet idéal transcendant, la porte de la vie éternelle, ne peut se produire qu’en Israël. C’est le seul endroit au monde où s’unissent le spirituel et le matériel[472].

 

C’est l’exemple même du courage et le secret d’Eretz Israël.

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre 8

 

 

RÉCAPITULATIF

 

 

 

 

  1. L’âme d’Israël est pure et éternellement reliée à Dieu.
  2. Au plus profond du cœur, est tapie une nostalgie constante pour Dieu et pour une vie remplie de toutes les mitsvot, dans leur expression édifiante et complète.
  3. La nation d’Israël est animée par de profonds facteurs spirituels non visibles au premier regard. Les études du développement historique du peuple juif qui n’englobent pas cette compréhension en profondeur conduisent à des perspectives superficielles.

 

  1. Les éminents rabbins ressentent de tout leur être les profondes aspirations spirituelles de la nation. La flamme qui brûle en eux donnent de l’énergie spirituelle à la nation tout entière.

 

  1. L’aspiration à une véritable vie israélienne brûle même dans l’âme des Juifs éloignés de la Torah et des préceptes. Toutes leurs aspirations à la vie, à la liberté, à la culture et à la délivrance, quelle que soit la forme qu’elles empruntent, proviennent de la nostalgie sainte que la nation éprouve pour Dieu.

 

  1. Les mitsvot elles-mêmes, que bon nombre considèrent comme des limitations étouffantes de la vie, sont en réalité la porte de la vie transcendante à laquelle aspire tout cœur d’Israël.

 

  1. Le courage de s’attacher à notre identité, à nos valeurs, à notre pays et à notre croyance tout au long de l’histoire révèle la flamme indestructible de notre âme et notre aspiration insatiable pour notre vie véritable, sainte.

 

  1. La véritable vie est une vie remplie de Torah en Eretz Israël, la porte et le pont reliant ce monde-ci au suivant.

 

 

 

 

 

 

 

GLOSSAIRE

 

 

 

 

Aliyah* : Montée. Eretz-Israël est considérée comme le sommet du monde. De partout, on ne peut qu’y monter. La quitter, c’est descendre, d’où le terme de yérida qui désigne le départ des Juifs allant d’Israël s’installer ailleurs.

Ahavah : amour.

Am Israël : le peuple, la nation d’Israël.

Aron haQodech : l’arche abritant la Torah.

Avinou : notre père.

 

Beit haMiqdach : le Temple de Jérusalem

Brit milah : circoncision.

Brit : alliance.

 

Cacherout : l’ensemble des lois alimentaires juives.

Chekhinah : Présence divine.

Chema : prière juive centrale proclamant l’unité de Dieu.

Chemona esré : prière composée de 19 bénédictions, récitée trois fois par jour.

Choulkhan Aroukh : le code de la loi juive compilé par Rabbi Yossef Caro.

Clal : l’ensemble de la communauté ; terme souvent utilisé pour le Clal Israël.

Clal Israël : la communauté d’Israël dans son intégrité physique et spirituelle, passée, présente et future. Le Clal a une vie et une âme qui lui sont propres et dépassent de loin la somme des individus qui composent la nation.

Cohanim* : Descendants d’Aaron et de ses fils, ils sont investis de la charge du culte sacrificiel du Temple. On traduit généralement par prêtres, mais ce terme est inadéquat…

Cohen gadol : le grand prêtre.

 

Devarim : le livre du Deutéronome.

 

Emounah : fréquemment traduit par croyance ou foi, emounah désigne la profonde compréhension de la relation entre Dieu, la Torah et la nation d’Israël.

Eretz Israël : le Pays d’Israël.

Etrog : cédrat, fruit de la fête de Souccot.

 

Gaon* : En hébreu moderne, ce terme a pris le sens de génie. Le radical du mot le rattache aux notions de supériorité et d’élévation. Il désignait à l’origine une fonction de souveraineté. Dans le langage des académies talmudiques, on appelait ainsi celui qui possédait la maîtrise absolue des soixante traités du Talmud, la valeur numérique du mot gaon étant de soixante… L’usage immodéré qui en est fait aujourd’hui, par la dévotion que les élèves portent à leurs maîtres, a fini par lui ôter toute signification.

Galout : l’exil du pays d’Israël.

Guemara : Talmud.

Gueoula : Délivrance.

 

HaChem : Dieu (littéralement le Nom).

Halakha : loi juive, littéralement, la marche à suivre.

Hassidout* : Mouvement qui se développe en Pologne et en Russie vers le milieu du XVIIIe siècle autour de la personnalité charismatique du Baal Chem Tov….  le terme désigne une forme de la vie juive axée sur le bonheur d’être Juif, la joie que procure la vie selon la Torah, la joie que le Juif doit insuffler à sa pratique de la Torah. La ferveur y remplace l’érudition.

‘Hilloul haChem : profanation du nom de Dieu.

‘Hochen : le pectoral porté par le grand prêtre.

‘Houtz laAretz : la diaspora (littéralement, hors du Pays d’Israël).

 

Kidouch haChem : sanctification du Nom.

Klipot : enveloppe ou écorce d’impureté entourant une essence pure.

Knesset Israël : voir Clal Israël.

 

Lachon hara : médisance.

 

Maguid : un messager céleste.

Machia’h : le Messie juif, roi suprême.

Michkan : le Tabernacle.

Michpat : loi, justice ou jugement.

Mitsraïm : Égypte.

Mitsvot : commandements, étymologiquement ce qu’il est ordonné de faire.

Motsé Chabbat  : la soirée concluant le Chabbat.

 

Nidah : les lois concernant le cycle de la femme.

 

Oleh : immigrant en Israël.

Orot : lumières.

Ourim et Toumim : le nom secret de Dieu attaché au pectoral du grand prêtre.

 

Pilpoul : débat talmudique.

 

Qadoch : saint

Qedoucha* : La notion de sainteté comporte en connotation première la séparation. Rapportée à Dieu, elle renvoie à la catégorie de la transcendance…. Dans l’ordre des vertus morales, la sainteté se perçoit dans l’unité des valeurs.

 

Rav : rabbin ou enseignant.

Roua’h haQodech : inspiration divine ou sainte.

 

Sanhédrin : le tribunal de Jérusalem.

Sefirot : manifestations de la présence de Dieu dans le monde.

Segoula : spécificité d’Israël ; son lien au divin et sa bénédiction, souvent traduit par trésor unique.

Sidour : livre de prières.

 

Talith : châle de prière.

Techouva : repentance, retour.

Tefillin : phylactères.

Tehilim : Psaumes.

Toume’a : littéralement impureté, dans les catégories hébraïques, tout ce qui éloigne de la vie et rapproche de la mort.

Tsadiq : une personne juste, vertueuse, terme souvent utilisé pour décrire une personne d’une piété et d’une érudition remarquables.

 

Yérida* : Descente, contraire de aliyah, la montée au pays d’Israël, la yérida décrit le fait de quitter le pays.

Yichouv : localité, ou le peuplement. Terme désignant également la population juive du Pays d’Israël.

Yi’houd : l’unité de Dieu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. BeYom Hailekha, volume à la mémoire de Yo’hanan Yismach, p. 39 et sq.
  2. OROT, Orot HaTekhiya, 44 (passage traduit par le Rav Askénazi).
  3. Ibid., 5.
  4. Ibid., 72.
  5. De même, Rachi commence son commentaire de la Torah en soulignant que le Pays d’Israël est un héritage unique du Am Israël, Genèse I, 1.
  6. Lettres du Rav Kook, lettre 555.

 

  1. Olat Reiya, Rav Avraham Yitzhak HaCohen Kook, Vol. 1, p. 203.
  2. Lamentations II, 9. Rav Moshé Kaplan, « Techouva: National Goal or Private Matter ? » Merhavim,

vol. V, p. 3.

 

  1. Genèse XII, 3 ; Isaïe IL, 6.
  2. Zohar, 3, 221 b.
  3. Isaïe II, 3.
  4. Midrash Tehilim, 20 et 128.
  5. Anaf Yossef in Yoma, 54 b.

  1. Ézéchiel III, 12. Guide des Égarés, 1, 8. Également ‘Hessed leAvraham, Source 3, Rivière 7.
  2. Kouzari, 4, 17 : «  Il est appelé Dieu du pays (d’Israël) parce qu’il possède dans son air un pouvoir particulier contribuant à la réalisation de la prophétie et, associé à cette segoula sont les conditions du sol et du climat qui, en liaison avec le travail de la terre stimule l’amélioration des espèces. »
  3. Psaumes CXXXII, 13-14.
  4. Nefech Ha’Haïm, 4, 11 se fondant sur le Zohar, Lévitique, 73 a.
  5. Deutéronome XI, 12.
  6. Ramban, commentaire de la Torah, Lévitique XVIII, 25. Également, Derekh Hachem, Moshé Haïm Luzzato, 2e partie, ch. 4, 8.
  7. Ketoubot 110 b.
  8. cf. Orot, Eretz Israël, Essai 4, et le commentaire dans le présent ouvrage.
  9. Moed Katan, 25 a, Rachi : « Car la Chekhina ne réside pas hors du Pays d’Israël ».
  10. Kouzari, 2, 14 ; 2, 16 ; 4, 17.
  11. Ibid., 2 : 14. Sifre, Ekev: « Il n’est pas de Torah comme celle d’Eretz Israël. »
  12. Ramban, Lévitique XVIII, 25 : Car l’essence de tous les préceptes est qu’ils soient accomplis dans le pays de Hachem». cf. le Rav Kook, Introduction à Etz Hadar. Également, Celebration of The Soul, Genesis, Jérusalem Publications, du Rav Moshé Tzvi Neriah, traduit de l’hébreu par Pessa’h Yaffe, p. 106. Voir responsa du Rashbah, 1ère partie, n° 134 en réponse à une question sur la Guemara dans Ketouvot 110 b : un Juif qui vit en ‘houtz laAretz est comme quelqu’un qui n’a pas de Dieu : « Le principal dans l’accomplissement des commandements de la Torah est en Eretz Israël au point que certains ne peuvent être respectés qu’en Israël. » Voir également, LiNetivot Olam, Harav Tzvi Yéhouda HaCohen Kook, édition 5727), 1ère partie, p. 197, concernant le ‘Hafetz Haïm qui soutenait que les commandements accomplis en ‘houtz laAretz n’ont que le vingtième de la valeur qu’ils recèlent en Eretz Israël.
  13. Sifri, Ekev, 11, 18. Rachi, Deutéronome, 11, 18. Également, Ramban, Lévitique XVIII, 25.
  14. Deutéronome I, 8, 21, 26 ; III, 18 ; IV, 1, 5, 14, 40 ; V, 20-27 ; VI, 1-3, 18 ; VII, 13 ; VIII, 1 ; XI, 9 cf. également Zohar, Emor 93 b. Ibn Ezra, Deutéronome XXXI, 16. Haskamah du Natsiv à Ahavat ‘Hessed, sur Rois II, 17, début : « Les loi du Maître du pays… »
  15. Sifri, Réeh, 80.
  16. 25. Likoutei HaGra à la fin de Safra deTzniouta. Ézéchiel, XXXVII, 12 à 14.
  17. Pour un débat en profondeur sur le Clal, voir l’ouvrage Torat Eretz Yisrael, The Teachings of HaRav Tzvi Yéhouda, Torat Eretz Yisrael Publications, ch. 2.
  18. Béréchit Rabba, 1 § 8.
  19. Zohar, Lévitique, 73 a. Néfech Ha’Haïm, 4, 11. Hafetz ‘Haïm, parachat Bo. Également, HaShla, Genèse, 11 a considérant la Torah comme l’âme d’Israël.
  20. Ézéchiel XXXVII, 11, Radaq.
  21. Ibid., XXXVII, 12-14.
  22. Bamidbar Rabbah 23 § 7 : «Le pays M’est cher … comme l’est Israël… Je placerai Israël qui M’est cher dans le pays qui M’est cher». Voir l’ouvrage Torat Eretz Israël, op. cit., ch. 5, Eretz Israël.
  23. II, Samuel VII, 23, et prière de la amida de min’ha de Chabatt « Et qui est comme ton peuple Israël, nation sur la terre. » Voir Zohar, Emor, 93 b.
  24. Proverbes XIX, 21.
  25. Le Maharal de Prague, Netza’h Israël, ch. 1.
  26. Lévitique, XXVI, 32 et Ramban sur ce verset.
  27. Ézéchiel, XXXVII, 12, 13. Kouzari, 2, 12.
  28. Exode, XIX, 5. Également, Deutéronome XXVI, 18-19.
  29. Deutéronome XXVIII, 10. Isaïe, XLIII, 21.
  30. Psaumes, CXXXII, 13.
  31. Ibid., CXXXV, 4.
  32. Ibid., XCIV,14.
  33. Ibid., CV, 10-11. I Chroniques, XVI, 17-18.
  34. Shabbat Haaretz, Harav Avraham Yitzahk HaCohen Kook, p. 62-63. Kaftor vePera’h, ch. 10. Également, responsa, ‘Hatam Sofer, Yoreh Déah, 234, « La qedoucha d’Eretz Israël est intrinsèque et ne s’explique pas par les préceptes la concernant. »
  35. Commentaire de la Torah par le Ramban, Lévitique XXVI, 32.
  36. Isaïe, LXII, V. Ketoubot 111 a.
  37. Kouzari, 1, 95 ; 2, 32.
  38. Ibid., 2, 14-16; 4, 17.
  39. Meguila, 14 a. I Samuel, X, 5-11.
  40. Ézéchiel, I, 3. Voir le commentaire du chapitre VI, Eretz Israël, du présent ouvrage.
  41. Kouzari, 2, 14.
  42. Netsa’h Yisrael, ch. 1.
  43. Voir le commentaire du chapitre VIII de Lights on OROT, vol. 2, War and Peace, Torat Eretz Yisrael Publications.
  44. En ce qui concerne les écrits du Rav Kook sur les grands sages d’Israël et leur influence sur le monde, voir Orot, Orot Yisraël, 8, 8 ; Orot Haqodech, vol. 1, p. 138 ; vol. 2, p. 295 et 305; et vol. 3, p. 117. Lettres du Rav Kook, vol. 3, lettres 753, 852.
  45. Le Rav Kook, Michpat Cohen, p. 175-176 : « Comme il a été dit, bien que la prophétie ait cessé, le Roua’h Haqodech continue d’inspirer ceux qui en sont dignes pour chaque génération, comme l’a écrit Rabenou ’Haïm Vital, זצ”ל, dans Chaaré Qedoucha (3e partie, ch. 7) ». Voir également, Rav Kook, Arpilei Tohar, p. 17.
  46. Isaïe, LIX, 21. Voir chapitre II du présent ouvrage.
  47. Le Rav Kook, ’Hazone Hagueoula, ch. 1. : « L’amour de notre Pays si empreint de sainteté est un fondement de la Torah qui mène l’ensemble de la nation et le monde entier à leur perfection. Quiconque éprouve un grand amour pour le Pays d’Israël et quiconque œuvre ardemment au peuplement de ce Pays saint, est béni le premier et s’approche de la perfection. »

 

 

  1. Kouzari, 2, 24. Maimonide, Lettre du Yémen : « Le caractère obligatoire des commandements ne dépend pas de la venue du Machia’h. Nous devons plutôt nous adonner à la Torah et aux préceptes et nous efforcer d’appliquer tout ce que nous pouvons… Cependant, si un homme séjourne en un lieu où il voit la Torah décliner, où le Peuple juif sera perdu avec le temps et où il ne peut maintenir sa foi et dire : “Je resterai jusqu’à ce que le Machia’h arrive et je survivrai là où je me trouve”, ce n’est rien qu’un cœur mauvais, une grande perte et une maladie du raisonnement et de l’esprit. »
  2. Berakhot 8 a : « Depuis le jour où le Temple a été détruit, la Saint béni soit-Il n’a rien d’autre de sûr que les quatre coudées de la Halakha. »
  3. Le Rav Tsvi Yéhouda Kook précisait que cette philosophie se retrouve dans le mouvement orthodoxe allemand du XIXe siècle. Cf. les Dix-neuf lettresdu Rav Samson Raphaël Hirsch, lettre 16 : « Car la vie nationale indépendante d’Israël ne fut jamais l’essence ou la finalité de notre existence en tant que nation mais seulement un moyen de remplir notre mission spirituelle. » Voir également  Horev, p. 436.
  4. Ibid., lettre 9. « Aujourd’hui, la nation est dispersée aux quatre coins de la terre, parmi toutes les nations et jusqu’à toutes les régions du monde, afin que, dans la diaspora, elle puisse remplir sa mission. »
  5. Talmud de Jérusalem, Nedarim 6, 8. Berakhot 63 a et b. Kouzari, 2, 24; Rambam, Sefer Hamitsvot, commandement positif 153. ’Hatam Sofer, Responsa, Yoreh Deah, réponse 234. cf. Torat Eretz Yisrael, pp. 209-213.
  6. Rav Hirsch, « Dix-neuf lettres », Lettre 9 : « Il est devenu nécessaire de retirer l’abondance des biens matériels, la richesse et la terre qui a conduit Israël à s’écarter de sa mission. Israël a été contraint de quitter la bonne terre qui l’avait éloigné de son allégeance pour le Tout-Puissant. »

Voir également Ketoubot, 110 b, Tossefot à propos de l’opinion de R. Haïm HaCohen. Voir l’ouvrage Me’afar Koumi du Rav Zvi Glatt pour une réfutation de cette opinion.

  1. Ketoubot, 110 b.
  2. Rambam, Lois sur les rois et leurs guerres, 5, 2.
  3. Choulkhan Aroukh, Even Haézer, 75, 3. Rambam, Lois sur le mariage, 13, 19. Voir aussi Nahmanide, Supplément au Séfer Hamitsvot du Rambam, commandement positif n° 4 : « C’est un commandement positif qui s’applique à chaque génération. »
  4. Voir Rav Hirsch, « Dix-neuf lettres », Lettre 9 : « Rien ne devait être sauvé si ce n’est l’âme de son existence, la Torah. Aucun autre facteur d’unité ne devait dorénavant exister sauf “Dieu et Sa mission” qui sont indestructibles parce qu’il s’agit de concepts spirituels. Mais la mission d’Israël n’a pas cessé avec la fin de son indépendance nationale puisqu’il ne s’agissait que d’un moyen pour parvenir à une fin. »
  5. Deutéronome, I, 6-8.
  6. Nombres, XIV, 26-35. Voir Messilat Yecharim sur les explorateurs, ch. 11.
  7. Deutéronome, I, 26. Me’afar Koumi du Rav Zvi Glatt, chapitre I.
  8. Ramban, Supplément au Séfer mitsvot du Rambam, Commandement positif n°4.
  9. Il est très éclairant de remarquer qu’une terre en ’houts laaretz n’est pas considérée halakhiquement comme un pays mais plutôt comme un bien meuble périssable. Le seul pays considéré comme une propriété perpétuelle est Eretz Israël. Voir Tossefot, début, « Ein», Chitot Hagaonim, Traité Berakhot, 53 a.
  10. Lévitique, XXVI, 33. Deutéronome, XXVIII, 64. Ézéchiel, XXXVI, 20-24.
  11. Orot, Orot HaTe’hiya, 8 et 28.
  12. ’Haguiga, 5 b. Chabatt, 145 b.
  13. Deutéronome, XI, 16-17 ; XXVIII, 62-65 ; XXIX, 18-27.
  14. Ézéchiel, XXXVII, 1-14. Likoutei HaGra, du Gaon de Vilna, à la fin de Safra deTsniouta: « Depuis la destruction du Temple, notre esprit et notre couronne sont partis et seuls, nous demeurons, le corps sans l’âme. Et l’exil, hors du pays, est une tombe. Les vers nous entourent et nous n’avons pas le pouvoir de nous sauver. Ce sont les idolâtres qui dévorent notre chair. Partout, se sont dressées de grandes sociétés et des yéchivot, jusqu’à ce que le corps pourrisse et que les os soient dispersés sans cesse. Cependant, il demeure toujours quelques os, les talmidei ’hakhamim de la nation d’Israël, les piliers de notre corps – jusqu’à ce que même ces os pourrissent et qu’il ne reste qu’un rebut rance qui se désintègre en poussière – notre vie se transforme en poussière. »
  15. Méguila 29 a. « À l’avenir, les synagogues et les maisons d’étude de Babylonie seront réinstallées en Eretz Israël ». Voir Orot, Orot HaTe’hiya, 28 : La qedoucha dans le monde, c’est la qedoucha d’Eretz Israël. Et la Chekhina qui est partie en galout avec le Am Israël, c’est la capacité à instaurer de la qedoucha ailleurs que dans son lieu naturel. Mais cette qedoucha contraire à la nature n’est pas complète. Elle a besoin d’être immergée dans la quintessence de la qedoucha la plus élevée… Dans l’exil, la qedoucha forge un lien avec la qedoucha d’Eretz Israël, “À l’avenir les synagogues et les maisons d’étude de Babylonie seront réinstallées en Eretz Israël”. »
  16. Voir le Chlah HaKodech, Amoud HaChalom, dernier paragraphe de Soucca: « Lorsque je vois le peuple juif construire des maisons de prince, des maisons permanentes dans ce monde et dans le pays de la profanation, en dépit de ce que nos rabbins, de vénérée mémoire, ont enseigné “Les maisons des justes sont destinées à venir en Eretz Israël” … cette construction (en galout) évoque quelqu’un qui opère un divorce entre son esprit et la Délivrance. C’est pourquoi, mes enfants, puisse l’Éternel veiller sur vous et vous délivrer, si l’Éternel vous donne l’abondance, construisez des maisons seulement selon vos besoins, sans plus, et ne construisez pas des tours et des murailles par magnificence et par orgueil ; construisez plutôt une demeure en conformité avec votre situation et des pierres pour l’isolement, pour l’étude de la Torah et pour la repentance. » Voir également ’Hatam Sofer sur Yoreh Deah 138 : « Quiconque construit dans la diaspora une grande maison en pierre sans nécessité afin de disposer de davantage d’espace et qui désespère de la venue de la Délivrance, sa construction constitue un danger et non un précepte susceptible de le protéger. »
  17. XI, Deutéronome 18.
  18. Chabatt 31 a.
  19. Ibid., le Ran. Voir également le Sefer hamitsvot hakatan, mitsvah n°1, pour comprendre que l’aspiration à la Délivrance est l’un des fondements de la croyance en Dieu comme il est dit : « Je suis le Seigneur qui t’a fait sortir du pays d’Égypte», le Dieu qui nous a délivrés par le passé est Celui qui nous réunira et nous délivrera à l’avenir. »
  20. Prière de la Amida.
  21. Psaumes CXXXVII, 5.
  22. Messilat Yécharim, chapitre 19.
  23. Talmud de Jérusalem, Berakhot 1, 1.
  24. Isaïe, LV 8-9.
  25. Orot, Orot haTe’hiya, 64, p. 95, traduit en anglais par Rabbi Pessa’h Yaffé in Celebration of the Soul, Genesis Jerusalem Publications, p. 208, Orot haTe’hiya, 57, 59, 67, 69. Lettres du Rav Kook, vol. 1, p. 233. Voir Tikounei Zohar 30. Even Chlemah 11, 3, du Gaon de Vilna, « La Délivrance ne viendra que de l’étude de la Torah et l’essentiel de la Délivrance dépend de l’étude de la Kabbale. » Voir également le Rav Mordékhaï Atia, préface au Pardes de Moshé Cordorvero.
  26. Voir Messilat Yécharim et Chaaré Qedoucha de Rabbi Haïm Vital pour une étude détaillée des traits de caractère affinés nécessaires pour se préparer à recevoir le roua’h haqodech.
  27. Berakhot 8 a.
  28. Isaïe XII, 13, Targoum: « Vous accueillerez avec joie un nouvel enseignement de l’élite des tsadiqim ». Pour un examen en profondeur de cette question, voir Aryeh Kaplan, Meditation and Kabbalah.
  29. Tikounei Zohar, Tikoun 30. Orot, p. 101.
  30. Torat Eretz Israël, The Teachings of haRav Tzvi Yéhouda, pp. 248-255. Voir également le Rav Mordékhaï Atia, op. cité.
  31. Orot, p. 101.
  32. Nombres XIII, 31. Messilat Yécharim, haRav Haïm Luzzato, ch. 11, à propos de l’honneur.
  33. Le Gaon de Vilna, Kol haTor, ch. 5 : « Nombreux sont ceux qui ont commis la faute de “ils méprisèrent le pays bien-aimé”, ainsi que les gardiens de la Torah qui ne savent pas ou ne comprennent pas qu’ils succombent à la faute des explorateurs par plusieurs idées fausses et affirmations vides ; et ils recouvrent leurs idées de l’erreur déjà démontrée que la mitsvah d’habiter Israël n’est plus en vigueur de nos jours, opinion dont la fausseté a déjà été dénoncée par les géants du monde, les Richonim et les A’haronim. »
  34. Exode XIX, 5-6. Isaïe XLIII, 21.
  35. Voir Torat Eretz Israël, ch. 2, Clal Israël.
  36. Tanna Débé Eliahou Rabbah, ch. 9, Chaaré Qedoucha, 3e partie, porte 7.
  37. Orot, Orot Israël, ch. 9.

  1. Messilat Yécharim, ch. 19.
  2. Deutéronome XXVI, 5.
  3. Sifré, Ki Tavo, 26, 5.
  4. Genèse, XLVII, 27.
  5. Kli Yakar, verset cité.
  6. Midrash haGadol, ibid. Voir également le Rav Samson Raphaël Hirsch sur la Torah, loc. cit.
  7. Genèse XLVII, 29-31 ; et XLIX, 29-32. (voir les commentaires de Rabbi Munk et de Rabbi Hirsch sur ces versets).
  8. Le Gaon de Vilna, Likoutei haGra, à la fin de Safra deTsniouta.
  9. Chabatt 31 a.
  10. Le Kouzari, 2, 24.
  11. Prière du Chemona-Esré.
  12. Orot, Orot Israël, 3, 6.
  13. Ibid., 3, 7.
  14. Tehilim, XIX, 8.
  15. D’après le Talmud de Jérusalem, Berakhot 5, 3.
  16. Zohar, Lévitique 73 a.
  17. HaRav Avraham Yitshak HaCohen Kook, Orot haTorah, 13, 7.
  18. Béréchit Rabbah, 16, 4.
  19. Sidour Beit Yaacov, Introduction.
  20. Torat Eretz Israël, pp. 13-15.
  21. Voir Maguid meSharim, Ekev, à partir de « Cependant… »
  22. Nombres XIX, 13. Tikounei Zohar, Tikoun 36.
  23. Zacharie II, 10. Taanit 3 a.
  24. Jérémie XXXI, 16-17.
  25. Josué XIV, 15 ; Béréchit Rabbah 14.
  26. Genèse XII, 3 ; Yévamot 63 a.
  27. Genèse XII, 2 ; Pessa’him 117 a.
  28. Voir « Dix-neuf lettres » du Rav Samson Raphaël Hirsch, lettre 9 et 16.
  29. Isaïe, II, 3.
  30. Rambam, Lois sur les Rois, ch. 12, 5.
  31. Orot, Orot Israël, chapitres 8 et 9.
  32. Isaïe, XLII, 6.
  33. Orot, Orot Israël, p. 155, 8 ; p. 156, 10.
  34. Exode XIX, 6. Voir également The Essays of Rabbi Kook, p. 174.
  35. Berakhot 7 a. Mekhilta, Bo, ch. 1. Kouzari, 3, 22, p. 174.
  36. Deutéronome IV, 7.
  37. Orot, Orot Israël, 8, 9.
  38. Genèse I, 27.
  39. Nombres XXIV, 5 et le Malbim sur ce verset.
  40. Exode XIX, 6.
  41. Sifré, Reeh, 13.
  42. Ézéchiel, XXXVI, 23-24 : « Je sanctifierai Mon grand Nom qui a été outragé parmi les nations, que vous-mêmes avez outragé parmi elles, et les nations sauront que Je suis l’Éternel, dit le Seigneur Dieu, quand Je me sanctifierai par vous à leurs yeux. Et Je vous retirerai d’entre les nations, Je vous rassemblerai de tous les pays et vous ramènerai sur votre sol. »
  43. Berakhot 8 a : « Depuis le jour où le Temple a été détruit, le Saint-béni-soit-Il n’a rien d’autre dans le monde que les quatre coudées de la halakha. » Voir également Orot, p. 110.
  44. Likouté HaGra, à la fin de Safra deTzniouta.
  45. Voir les chapitre 4 et 5 du présent volume et les chapitres 5 et 8 de Lights on OROT, vol. 2, War and Peace.
  46. Ézéchiel XXXVI, 24-26.
  47. Ibid., 27, 28.
  48. Yoma 9 b.
  49. Lamentations I, 17. Ézéchiel XXXVI, 17.

  1. Rabbi Haïm Vital, Chaaré Qedoucha, 3e partie, Porte 7.
  2. Voir commentaire de Lights on OROT, vol. 2, War and Peace, ch. 10.
  3. Kouzari, 1, 4. Noter également que le titre complet du Kouzari est « Le livre de la défense de la religion disgraciée ».
  4. Maharal, Ner Mitzvah. Daniel, ch. 7, voir Abarbanel.
  5. Ézéchiel, XXXVI, 20.
  6. Ibid., Rachi.
  7. Sifré, Deutéronome XI, 18 et Rachi.
  8. 30. Etz Haïm, Chaaré haKelim 1, p. 2 ; Zohar, 1 : 4 a ; Taniya 36 ; voir également, Rav Aryeh Kaplan, Innerspace, p. 83.
  9. Zacharie II, 10. Taanit 3 b.
  10. Ramban, Lévitique XXVI, 32.
  11. Talmud de Jérusalem, Berakhot 1, 1.
  12. Iggeret du Gaon de Vilna lors de son départ pour Eretz Israël.
  13. Proverbes X, 25.
  14. Voir chapitre 8.
  15. Orot, Eretz Israël, Essai 3.
  16. Sanhédrin 98 a, commençant par « Et Rabbi Abba dit : “Il n’est point de signe plus évident de la Délivrance que”… »
  17. Ézéchiel, XXXVI, 8.
  18. Rachi, Sanhédrin 98 a, op. cité.
  19. Rambam, Lois sur les rois et leurs guerres, chapitre 11, 1. Meguilla 17 b. Pour plus de précisions sur ce sujet, voir le livre Torat Eretz Israël, ch. 11 et 12.
  20. Jérémie XXXI, 16-17.
  21. Genèse XXXV, 16-20.
  22. Ibid., XLVIII, 7, Rachi.
  23. Josué XIV, 15. Béréchit Rabba, 14, 6.
  24. Genèse XIII, 5.
  25. Choulkhan Aroukh, Ora’h Haïm, 139, 3. Even HaEzer, 129, 20.
  26. Genèse XV, 14 ; Exode III, 22 et XII, 36.
  27. Berakhot 8 a.
  28. Prière du matin, bénédictions précédant le Chema (rite ashkénaze).
  29. Nombres XXIII, 9.
  30. Kouzari, 2, 36.
  31. Messilat Yécharim, Introduction.
  32. Genèse, XVIII, 18.
  33. Ibid., XII, 3. Yevamot 63 a.
  34. Pessa’him 118 a.
  35. Genèse XII, 1.
  36. Ketoubot 75 a. Voir ’Hessed LeAvraham, Source 2, Rivière 33 ; Source 3, Rivière 9.
  37. Isaïe, LXVI, 10. Taanit 30 a.
  38. Introduction à Safra diTzniouta du Rav Haïm de Volozhin.
  39. Chlah haQadoch sur Chavouot, p. 30.
  40. Genèse XII, 1.
  41. Zohar, Lekh Lekha, verset cité.
  42. Yevamot 64 a.
  43. Kouzari, 2, 12.
  44. Ramban commentaire de la Torah, Lévitique XVIII, 25.
  45. Kouzari, 2, 14.
  46. Genèse XXXIII, 18.
  47. Kol haTor, 3, 7.
  48. ’Hessed leAvraham, source 3, rivière 12.
  49. Orot, Orot Israël, 7, 18.
  50. HaRav Avraham Yitzhak HaCohen Kook, Hazone haGuéoula, 1, 1.
  51. Kouzari, 4, 17.
  52. Pour une explication plus détaillée, voir chapitre 7.
  53. Orot haTorah 13, 7.
  54. Chabatt 14 b, commençant par : « Yossi ben Yoézer de Tsraïda… » ; Nazir 54 b, Tossefot commençant par : « Eretz… » ; également, le Gaon de Vilna, Likoutei HaGra, fin de Safra deTzniouta.
  55. Pessa’him 34 b.
  56. Genèse XII, 1.
  57. Exode III, 7-8.
  58. Baba Batra 158 b.
  59. Deutéronome XI, 12.
  60. Rav Yaacov Filber, Ayelet haCha’har, chapitre 8. Rav M. Kaplan, Merhavim, « La techouva: objectif national ou question privée ? » vol. V, pp. V-VI, et notes 62 et 64.
  61. Ezra IX, 1-2.
  62. Ézéchiel XIII, 24-28.
  63. Ketoubot 75 a : Mais de Sion, il sera dit : Tel et tel homme y est né ; celui qui y est né et celui qui aspire à le voir. Rachi, ibid., voir également chapitre 7 du présent ouvrage.
  64. Kouzari, 2 : 24.
  65. Rav Moshé Tzvi Neriyah, Tal haReiyah, p. 66, cité d’après Rav Méir Berlin, From Volozhin to Jerusalem. Voir également Tal haReiyah, p. 26.
  66. Isaïe, LXVI, 10.
  67. Taanit 30 b : « Quiconque pleure pour Jérusalem, mérite de partager sa joie, et quiconque ne pleure pas, ne partagera pas sa joie. »
  68. Baba Batra, 158 b.
  69. Rambam, Introduction aux Pirqé Avot, ch. 1.
  70. Osée, XII, 11.
  71. Vayikra Rabbah, I, 14. Guide des Égarés, 2e partie, chapitre 35. Rambam, Fondements de la Torah, 7,6.
  72. Messilat Yécharim, ch. 3.
  73. Moed Katan, 25 a.
  74. Sanhédrin, 11 a.
  75. Isaïe II, 3.
  76. Proverbes XXII, 6.
  77. Isaïe XLIII, 21.
  78. Lumières sur OROT, vol. 2, Guerre et paix, voir chapitre 6 (en hébreu).
  79. Ketoubot, 110 b.
  80. Lévitique XXV, 38.
  81. Mechekh ’Hokhmah, par le Ohr Samea’h, pp. 171-172 : « Si un Juif pense que Berlin est Jérusalem… alors une violente tempête le déracinera de son tronc… une tempête se lèvera et répandra ses vagues grondantes, elle engloutira, détruira et inondera sans pitié. » Voir également Introduction au Sidour, Beit Yaacov, du Rav Yaacov Emden, « Lorsqu’il nous semble dans notre existence tranquille actuelle en dehors du Pays d’Israël, avoir trouvé un autre Eretz Israël et une autre Jérusalem, c’est pour moi la cause la plus grande, la plus profonde, la plus évidente des destructions effroyables, terrifiantes, monstrueuses, inimaginables que nous avons connues dans la diaspora. »
  82. Rambam, Lois sur les rois et leurs guerres, 5, 9.
  83. Ibid., ch. 11.
  84. ’Hessed leAvraham, section 3, chap. 7.
  85. Baba Batra, 158 b.
  86. Béréchit Rabba, 16, 4.
  87. Berakhot, 8 a.
  88. Midrash Tehilim, 105.
  89. Sifré, Reeh.
  90. Sanhédrin, 24 a.
  91. Haguiga, 5 b.
  92. Hatam Sofer, Drachot, p. 374.
  93. Chabbat, 145 b.
  94. Ézéchiel I, 3. Moed Katan 25 a.
  95. Deutéronome XI, 12.
  96. Talmud de Jérusalem, Berakhot, 1, 1.
  97. Ézéchiel I, 3.
  98. Moed Katan, 25 a.
  99. Kouzari, 2, 14.
  100. Genèse XII, 1.
  101. Exode III, 7-8.
  102. Kouzari, 2, 14.
  103. Voir Orot haQodech, vol. I, p. 280. A propos des huit niveaux du roua’h haqodech, Rambam, Guide des Égarés, 2, 45.
  104. Juges XIV, 6.
  105. Ibid., XIV, 19.
  106. Kol haTor, fin du chapitre 5 (cité in HaTeqoufa haGuedolah, p. 445).
  107. Rav Moché Tzvi Neriyah, Tal haReiyah, p. 18.
  108. Ibid., pp. 60, 66, 69, 72.
  109. Ibid., p. 90.
  110. Lettres du Rav Kook, vol. 2, p. 285 : « Il m’est extrêmement difficile de prendre une décision quant à la demande de l’Agoudat Israël de me rendre au Congrès rabbinique de Berlin. Tu sais, mon fils, à quel point il me pèse de voyager à l’étranger, même pour un séjour provisoire… ». Voir également pp. 295, 296.
  111. Rav Yissa’har Chlomo Taikhtal, Em haBanim Seme’ha, première introduction, p. 25.
  112. Lévitique XXVI, 42.
  113. Sifré Reeh, 12, 29.
  114. Ramban, Supplément au Séfer haMitsvot du Rambam, commandement positif n°4.
  115. Voici une liste partielle des autorités halakhiques qui ont établi que le fait de vivre en Eretz Israël est un commandement positif incombant à toutes les générations : Ramban, Supplément au Séfer haMitsvot du Rambam, commandement positif n° 4. Rambam, Lois sur le mariage, 13, 20 ; Lois sur les esclaves, 8, 39. Séfer Haredim, ch. 7. Maharit, Responsa, 2, 28. Knesset Guedolah, Even haEzer, 75, Notes au Beit Yossef, 25. Gaon de Vilna, Yoreh Deah, 267, 161. Avné Nezer, Yoreh Deah, 454. M’il Tsedaka, Responsa 26. Rav Yaacov Emden, Mor Ouktziah, section 1, p. 16. ’Hida, Responsa Yossef Ometz, 52. Paat haChoulkhan, ch. 1, Beit Israël, 14. ’Hatam Sofer, Responsa, Yoreh Deah, 233. Ohr Samea’h, Lettre dans le livre Chivat Zion, publiée dans Kol Israël, 5687, ’Hazon Ich, Lettres, 175.
  116. Choulkhan Aroukh, Even haEzer, 75, 3, alinéa 6 et voir Pit’hé Techouva. Pour une discussion plus approfondie sur la halakha de vivre en Eretz Israël, voir Rabbi Tzvi Glatt, הי”ד , MeAfar Koumi; et voir Torat Eretz Israël, chapitres 5, 7 et 9.
  117. Rambam, Lois sur les rois et leurs guerres, 5, 9.
  118. AriZal, Chaar haGuilgoulim, Intro. 3.
  119. Rav Tsadoq de Lublin, Ma’hchevet ’harouts, 93 b.
  120. Rav Tsadoq de Lublin, Takanat haChavim, 31 a.
  121. Deutéronome XXX, 3, Rachi.
  122. Ibid. Voir également Rav Mordekhaï Atia, Lekh Lekha veSod haChevoua, p. 24, 81.
  123. Ézéchiel XXXVII, 1-14.
  124. Rav Avraham Yitzhak HaCohen Kook, Orot haTechouva,5, 8,
  125. Isaïe XLII, 6.
  126. Genèse XVIII, 18.
  127. Brochure Le 3 Eloul, paragr. 90.
  128. Psaumes, CXVI, 9, voir Rachi, Tehilim, CXLII, 6, voir le Radaq.
  129. Ketoubot, 111 a. Isaïe XLII, 5.
  130. Ézéchiel, XXXVII, 1-12.
  131. Amos, VII, 17.
  132. Kouzari, 2, 24.
  133. Deutéronome XI, 12.
  134. Ibid. XXX, 1, 10.
  135. Sidour Beit Yaacov, Introduction.
  136. Kouzari, 5, 27.
  137. Psaumes, CII, 14, 15.
  138. Choulkhan Aroukh, Ora’h Haïm, Michna Broura, 1, 11.
  139. Psaumes, CXXXVII, 1-7.
  140. Zohar, 1, 86 b, 88 a, 104 a b, 235 a pour ne citer que quelques références.
  141. Nefech ha’Haïm, Première partie.
  142. Josué VII, 10-26. Sanhédrin 43 b.
  143. Lettres du Rav Kook, deuxième partie, lettres 285, 286, 295, 296.
  144. Chemone Esrei, bénédiction pour le rassemblement des exilés.
  145. Talmud de Jérusalem, Berakhot, 1, 1.
  146. Yalkout Chimoni, Tehilim, 22, 685.
  147. Midrash Tehilim, 18.
  148. Bénédiction avant le Chema du matin.
  149. Essais du Rav Kook, p. 269.
  150. Voir chapitre 2.
  151. Ézéchiel I, 3. Moed Katan 25 a.
  152. Deutéronome XI, 12.
  153. Talmud de Jérusalem, Berakhot, 1, 1.
  154. Ézéchiel I, 3.
  155. Moed Katan, 25 a.
  156. Kouzari, 2, 14.
  157. Genèse XII, 1.
  158. Exode III, 7-8.
  159. Kouzari, 2, 14.
  160. Voir Orot haQodech, vol. I, p. 280. A propos des huit niveaux du roua’h haqodech, Rambam, Guide des Égarés, 2, 45.
  161. Juges XIV, 6.
  162. Ibid., XIV, 19.
  163. Kol haTor, fin du chapitre 5 (cité in HaTeqoufa haGuedolah, p. 445).
  164. Rav Moché Tzvi Neriyah, Tal haReiyah, p. 18.
  165. Ibid., pp. 60, 66, 69, 72.
  166. Ibid., p. 90.
  167. Lettres du Rav Kook, vol. 2, p. 285 : « Il m’est extrêmement difficile de prendre une décision quant à la demande de l’Agoudat Israël de me rendre au Congrès rabbinique de Berlin. Tu sais, mon fils, à quel point il me pèse de voyager à l’étranger, même pour un séjour provisoire… ». Voir également pp. 295, 296.
  168. Rav Yissa’har Chlomo Taikhtal, Em haBanim Seme’ha, première introduction, p. 25.
  169. Lévitique XXVI, 42.
  170. Sifré Reeh, 12, 29.
  171. Ramban, Supplément au Séfer haMitsvot du Rambam, commandement positif n°4.
  172. Voici une liste partielle des autorités halakhiques qui ont établi que le fait de vivre en Eretz Israël est un commandement positif incombant à toutes les générations : Ramban, Supplément au Séfer haMitsvot du Rambam, commandement positif n° 4. Rambam, Lois sur le mariage, 13, 20 ; Lois sur les esclaves, 8, 39. Séfer Haredim, ch. 7. Maharit, Responsa, 2, 28. Knesset Guedolah, Even haEzer, 75, Notes au Beit Yossef, 25. Gaon de Vilna, Yoreh Deah, 267, 161. Avné Nezer, Yoreh Deah, 454. M’il Tsedaka, Responsa 26. Rav Yaacov Emden, Mor Ouktziah, section 1, p. 16. ’Hida, Responsa Yossef Ometz, 52. Paat haChoulkhan, ch. 1, Beit Israël, 14. ’Hatam Sofer, Responsa, Yoreh Deah, 233. Ohr Samea’h, Lettre dans le livre Chivat Zion, publiée dans Kol Israël, 5687, ’Hazon Ich, Lettres, 175.
  173. Choulkhan Aroukh, Even haEzer, 75, 3, alinéa 6 et voir Pit’hé Techouva. Pour une discussion plus approfondie sur la halakha de vivre en Eretz Israël, voir Rabbi Tzvi Glatt, הי”ד , MeAfar Koumi; et voir Torat Eretz Israël, chapitres 5, 7 et 9.
  174. Rambam, Lois sur les rois et leurs guerres, 5, 9.
  175. AriZal, Chaar haGuilgoulim, Intro. 3.
  176. Rav Tsadoq de Lublin, Ma’hchevet ’harouts, 93 b.
  177. Rav Tsadoq de Lublin, Takanat haChavim, 31 a.
  178. Deutéronome XXX, 3, Rachi.
  179. Ibid. Voir également Rav Mordekhaï Atia, Lekh Lekha veSod haChevoua, p. 24, 81.
  180. Ézéchiel XXXVII, 1-14.
  181. Rav Avraham Yitzhak HaCohen Kook, Orot haTechouva,5, 8,
  182. Isaïe XLII, 6.
  183. Genèse XVIII, 18.
  184. Brochure Le 3 Eloul, paragr. 90.
  185. Psaumes, CXVI, 9, voir Rachi, Tehilim, CXLII, 6, voir le Radaq.
  186. Ketoubot, 111 a. Isaïe XLII, 5.
  187. Ézéchiel, XXXVII, 1-12.
  188. Amos, VII, 17.
  189. Kouzari, 2, 24.
  190. Deutéronome XI, 12.
  191. Ibid. XXX, 1, 10.
  192. Sidour Beit Yaacov, Introduction.
  193. Kouzari, 5, 27.
  194. Psaumes, CII, 14, 15.
  195. Choulkhan Aroukh, Ora’h Haïm, Michna Broura, 1, 11.
  196. Psaumes, CXXXVII, 1-7.
  197. Zohar, 1, 86 b, 88 a, 104 a b, 235 a pour ne citer que quelques références.
  198. Nefech ha’Haïm, Première partie.
  199. Josué VII, 10-26. Sanhédrin 43 b.
  200. Lettres du Rav Kook, deuxième partie, lettres 285, 286, 295, 296.
  201. Chemone Esrei, bénédiction pour le rassemblement des exilés.
  202. Talmud de Jérusalem, Berakhot, 1, 1.
  203. Yalkout Chimoni, Tehilim, 22, 685.
  204. Midrash Tehilim, 18.
  205. Bénédiction avant le Chema du matin.
  206. Essais du Rav Kook, p. 269.
  207. Voir chapitre 2.
  208. Voir Rav Yitzhak Haver, Ohr Torah; Raavad, Séfer Yetsira, 3, 1 ; Chlah, parachat Béréchit; ’Hessed leAvraham, 2e partie, 21, 4 et 6 ; Ohr ha’Haïm, début de parachat Kora’h.
  209. Isaïe IV, 3.
  210. Ketoubot, 75 a.
  211. Psaumes LXXXVII, 5-6.
  212. Midrash Rabbah, Michpatim, 30, 3. Rabbenou Yonah, Avot, 1, 1 « Ses serviteurs devant et derrière elle. » Également, Maharal, Tiféret Israël, ch. 46.
  213. Exode XXVIII, 30.
  214. Lamentations IV, 20. Jérémie XXIII, 6. Baba Batra 75 a. Avoda zara 5 a, Tossefot.
  215. Yoma 73 a.
  216. Chabbat, 104 a.
  217. Chlah, Bayit A’haron.
  218. Exode XXXI, 13.
  219. Exode XIII, 9, 16. Deutéronome XI, 18.
  220. Genèse XVII, 11.
  221. Ibid., I, 14.
  222. Exode III, 12.
  223. Berakhot, 55 a.
  224. Chlah, Pessakhim, Matsa achira, 15 b. Méor veChemech, Nombres I, 2.
  225. Ramban, Introduction à la Torah.
  226. Megaleh amoukot, 210.
  227. Lévitique XVIII, 5.
  228. Voir la méditation avant l’observance des mitsvot des tefillin et des tsitsit: Éternel, notre Dieu et Dieu de nos pères, qu’il te soit agréable de considérer l’acte que j’accomplis en me couvrant du taleth garni de tsitsit comme étant accompli dans tous ses détails, implications et intentions ainsi que les 613 mitsvot qui en dépendent.
  229. Chabatt, 88 a ; Jérémie XXXIII, 25. Nefech ha’Haïm, chapitre 4, 11 et 25.
  230. Au nom de l’unité du Saint béni soit-Il et sa Chekhina, avec crainte et amour, pour unifier le nom Youd avec Vav d’une union parfaite, et au nom de tout Israël.
  231. Deutéronome IV, 4.
  232. Rambam, Lois sur la techouva, 3, 1; Kidouchin 40 b : « Quiconque accomplit l’une des mitsvot apporte du mérite au monde. »
  233. Nefech ha’Haïm, chapitre 1, 3.
  234. Psaumes LXVIII, 35.
  235. Psaumes CXXXVII, 4.
  236. Ibid. CXXVI, 2.
  237. Ohr ha’Haïm, Deutéronome XXVI, 1.
  238. Ramban, Supplément au Séfer haMitsvot du Rambam, commandement positif n° 4.
  239. Ketoubot 75 a.
  240. Orot, Orot Israël, 7, 18 : « L’âme générale du Clal Israël ne repose pas sur l’individu juif, sauf en Eretz Israël. Dès qu’un Juif arrive en Israël, son âme individuelle est plongée dans la grande lumière de l’âme générale dans laquelle il a pénétré. »
  241. Samuel I, 17, 26 et 45. Chavouot, 35 a, b. Orot, p. 24, ch. 8.
  242. Sifre, Reeh, 12, 29.
  243. ’Hatam Sofer, Yoreh Deah, 138.
  244. Ketouvot, 111 a.
  245. Isaïe IV, 3.
  246. Ramban, Lévitique, XVIII, 25 : « Car, de par leur nature, tous les préceptes doivent être accomplis dans le pays de Hachem. » Voir également Kouzari, 5, 22.
  247. Voir le commentaire des chapitres 4 et 5 du présent ouvrage.
  248. Béréchit Rabbah, 16, 7. Sifri, Ekev, 1.
  249. Midrach Tehilim, 105.
  250. Ketoubot, 75 a.
  251. Psaumes LXXXVII, 5-6.
  252. Exode XXVIII, 30.
  253. Orot, ch. 3, p. 23 ; ch. 6, p. 23.
  254. Chemot Rabbah, Michpatim. Introduction à Tikounei Zohar. Également, Avot, I, 18. Rabban Chimon Ben Gamliel a dit : le monde repose sur trois choses : le michpat, la vérité et la paix, comme il est dit : “rendez des sentences de vérité, de michpat et de paix dans vos portes” (Zacharie VIII, 16). Ici, le mot michpat figure comme un pilier central entre la vérité et la paix.
  255. Genèse, I, 1, Rachi.
  256. Maharal, Netsa’h Israël, ch. 1.
  257. Exode XXVIII, 9 ; XXI, 28.
  258. Yoma 73 b.
  259. Ramban, Exode XXVIII, 30.
  260. Jérémie IX, 23 ; XXIII, 5 ; XXXIII, 15.
  261. Rambam, Lois sur les rois et leurs guerres, ch. 12.
  262. Ibid., 4, 10.
  263. Ibid., 12, 5.
  264. Lévitique VI, 6. Zohar, Tsav, 28.
  265. Psaumes, CXIX, 127.
  266. Lévitique XVIII, 5.
  267. Midrach Tehilim, 56.
  268. Voir Rav Moché Tzvi Neria, Celebration of the Soul, traduit par le Rav Pessa’h Yaffé, Genesis Jerusalem Publications, p. 265.
  269. Voir le Admor de Ostrovtsa, Hassidout and Zion, The Masters of Poland Return to Zion, on Devarim Rabbah, 2, 5.
  270. Maharal, Netsa’h Israël, ch. 11 ; Orot, Orot Israël, 9 ; Essais du Rav Kook, sur Hanoukka, p. 152.
  271. Psaumes, XXVII, 8.
  272. Voir commentaire de Lumières sur OROT, vol. 2, Guerre et paix, chapitre 8. Voir également le Maharal, Ner Mitsva.
  273. Exode III, 2.
  274. Ibid., XIX, 18.
  275. Ibid., XL, 38.
  276. Lévitique VI, 6.
  277. Orot, Orot Israël, 9 ; Maharal, Tiféret Israël, ch. 1 ; Torat Eretz Israël, ch. 2, 4, « La qedoucha du Clal. » Lettres du Rav Kook, lettre 555.
  278. Torat Eretz Israël, ch. 3, Israël et la Torah.
  279. Kouzari, 2, 56.
  280. Ibid.
  281. Ibid., 2, 12.
  282. C’est le thème du Psaume CXXXVII qui exprime la nostalgie éternelle du peuple juif pour une véritable vie juive à Sion.
  283. Berakhot, 8 a.
  284. Orot, Orot Israël, p. 163.
  285. A propos du verset d’Isaïe XII, 3 : « Vous puiserez avec allégresse les eaux de cette source salutaire», le Targoum explique « Vous accueillerez avec joie un nouvel enseignement des tsadiqim d’élite. »
  286. Voir Torat Eretz Israël, ch. 5, Ahavah.
  287. Orot, Orot Israël, 4, 3.
  288. Lettres du Rav Kook, 2e partie, 187. Voir également Selected letters, Maalot Publishers, édité par Tzvi Feldman, pp. 250-269.
  289. Lettres du Rav Kook, vol. 1, p. 183.
  290. Messilat Yecharim, ch. 19, Éditions Ramhal, 1994, p. 212
  291. Orot, Orot Israël, 1, 2 : « Knesset Israël est la révélation de la main de Dieu dans le monde, dans toute l’existence, sous une forme nationale. »
  292. Rabbi Akiva sur Chir haChirim, Michna, Yadayim, 3, 5.
  293. Cantique des Cantiques, VIII, 6-8.
  294. Voir Rachi sur Chir haChirim.
  295. Cantique des Cantiques I, 5-6.
  296. Meguilla, 12 a.
  297. Maharal, Netsa’h Israël, ch. 11.
  298. Berakhot, 57 a.
  299. Zohar, Lévitique, 73 a.
  300. Psaumes CXIX, 127.
  301. Deutéronome IV, 1-2.
  302. Ibid., IV, 5.
  303. Ibid., IV, 14.
  304. Ibid., VI, 1.
  305. Ibid., VI, 3. Voir également Deutéronome, V, 28 et V, 30.
  306. Kouzari, 5, 23.
  307. Ibid., 5, 22-28.
  308. Béréchit Rabbah, 39,3.
  309. Berakhot, 61 b.
  310. Talmud de Jérusalem, Berakhot, 1, 1.
  311. Chir haChirim Rabbah, 2, 14.
  312. OROT, Orot HaTe’hiya, 44 : « Nous reconnaissons qu’une révolte spirituelle surviendra en Eretz Israël au début de la renaissance de la nation. Le confort matériel qui sera atteint par un pourcentage de la nation, les persuadera qu’ils ont totalement atteint leur objectif, rétrécira leur âme, et des jours viendront qui sembleront dépourvus de tout esprit et de toute signification. L’aspiration à des idéaux élevés et saints cessera, et l’esprit de la nation sombrera et chutera jusqu’à l’apparition d’une tempête de révolution, et le peuple en arrivera à voir nettement que la puissance d’Israël réside dans sa sainteté éternelle, dans la lumière de Dieu et de Sa Torah, dans l’aspiration à la lumière spirituelle qui est l’ultime courage qui triomphe des mondes et de toutes leurs puissances… Lorsque le courant matérialiste arrivera à la surface, il éclatera avec la fureur des tempêtes, et ce sont les élancements du Machia’h qui vient affiner et purifier le monde entier par les douleurs qu’ils causeront. »
  313. 46. Ézéchiel XXXVI, 27-28.
  314. Orot, Orot Hate’hia, 43.
  315. Lévitique XVIII, 5.
  316. Kohélet XII, 13.
  317. Midrach Tehilim, 56.
  318. Psaume CXVI, 9, voir Rachi. Psaume CXLII, 6, voir le Radaq. Isaïe XXVI, 20 et LIII, 8. Ketoubot 111 a.
  319. Ketoubot, 111 a.
  320. ‘Hazone Haguéoula, ch. 1 : « Et nous apprenons de ceci le niveau extrêmement élevé d’une personne qui aspire à revenir dans le pays de la sainteté, même pour l’aspect matériel de la nation, car, dans sa relation au Clal, toute manifestation matérielle se transforme toujours en spirituel. »

* La définition des mots comportant une astérisque est empruntée à Pierre Eliaykim Simsovic dans son livre Israël, cinquante ans d’État, Éditions R. Hirlé, 1998.

Share:

Facebook
Twitter
Pinterest
LinkedIn

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

On Key

Related Posts

LUMIÈRES SUR OROT – ERETZ ISRAËL

L’ignorance des secrets de la Torah donne une compréhension floue et confuse de la qedoucha d’Eretz Israël. Lorsqu’on est coupé du secret divin, les segoulot les plus élevées de la vie divine profonde deviennent des aspects étrangers, secondaires qui n’entrent pas dans les profondeurs de l’âme et, en conséquence, la force la plus puissante de l’âme de l’individu et de la nation fera défaut, l’exil apparaîtra sous un jour plaisant.

THE PASSOVER SEDER

A concise and easy-reading guide to the laws of the Seder and its underlying concepts and themes.

The Sanctification of Hashem – HaRav Shlomo Aviner

Just as the first part of Yechezkel’s prophecy is coming true before our eyes, i.e. the return of the Nation of Israel to its Land, so too is a new, idealistic, ethical, and spiritual spirit manifesting itself in our time.  We must not despair that the process is a slow one. It will be perfected in later stages of our Salvation, and it will lead us to complete and supreme unity with Hashem and His Torah.

TZAV – Haftorah

The intrinsic value of the State of Israel is not dependent on the number of observant Jews who live here. Of course, our aspiration is that all of our people will embrace the Torah and the mitzvot. Nonetheless, the State of Israel is a mitzvah of the Torah, whatever religious level it has.